A propos de la Basse Durance et de la zone de Manosque
Ont participé à la visite de site en Basse Durance
Maurice BATAILLE, Marc BEAUCHAIN, André BIGO, Jean BONNIER, Marie-Annick BRAS, Christian CHALVIDAN, Edith CHOURAQUI, Michel DRAIN, Jean ECOCHARD, Thierry FELLMANN, Bernard JEANMET, Lucien GALLAS, Jacques GARNIER, Christian GIORDANO, Joel HERBULOT, Philippe LANGEVIN, Michel LAURENT, Dominique MALDONADO, Christian MIHIERE, Bernard MOREL, Jean PHILIPPE, Alain PRUNEYRE, Marie-Claire RUBINSTEIN, Jean-Louis SCHWENDIMANN, Jean-Pierre SIMON, Etienne TUSLANE, Pierre VERGES
Cet aide-mémoire a été rédigé par Bernard MOREL
L'objet de cette réunion était d'examiner la place de Manosque et de la basse vallée de la Durance dans l'Aire Métropolitaine Marseillaise. C'est donc toute la question de l'étendue de l'Aire Métropolitaine Marseillaise qui était posée à travers cette réflexion.
Ce compte-rendu n'a pas pour objet de reprendre chronologiquement le déroulement de cette réunion. Son objet est d'essayer de répondre, à travers les contacts que nous avons eus, à la question qui a conduit le club à Manosque.
Manosque n'est encore qu'un chef lieu de canton. Digne est la préfecture des Alpes de Haute-Provence; Forcalquier en est la sous-préfecture. Mais c'est la première ville du département. Sa position géographique, excentrée par rapport au département des Alpes-de Haute-Provence et à proximité relative de l'ensemble aixois, explique ce paradoxe. On peut donc, dans une première approche, lier le développement manosquin au développement général de l'ensemble Aix-Marseille.
Manosque, évolution et mutation d'une petite ville rurale
Dans les années 1950, Manosque est encore dominée par l'agriculture et l'élevage. Agriculture riche, même si on note une absence de grands propriétaires.
La croissance manosquine (économique et démographique) est fondamentalement liée à l'intervention masssive de l'Etat à partir de 1960. Cette interwention s'est opérée à la fois par l'installation du Centre d'Etudes Nucléaires de Cadarache et par la création de nombreuses infrastructures : routes, chemin de fer, canal de Durance, EdF. La plupart des industries traditionnelles de Manosque (tuileries et mine) qui employaient, à la fin des années 1950, 200 personnes ont cessé leurs activités au cours de la décénnie 1950-1960. Mais il n'y a jamais eu de vraie classe ouvrière à Manosque, même à l'époque des tuileries. Par la suite, les cadres moyens et supérieurs se sont agrégés avec les professions libérales.
La croissance démographique se situe entre 1960 et 1975. Mais la vraie vague démographique a eu lieu entre 1960 et 1965 sous l'effet conjugué de la création de Cadarache et de l'arrivée des rapatriés d'Afrique du Nord. En 1962, Manosque comptait 9 500 habitants. En 1975,19 120 habitants. CJette croissance s'est stabilisé, puisque au recensement de 1990, la population était de 19 100 habitants. En périphérie, on compte en périphérie 15 000 habitants en 1990. Manosque représente donc une agglomération de 35 000 habitants.
La composition sociale et ses conséquences
La composition sociale et le fonctionnement sociologico-politique de Manosque sont complexes et tiennent cette complexité du processus de peuplement récent qu1a connu la ville. Il y a un fractionnement social de la ville qui tient donc son origine à l'évolution démographique.
En 1975, les salariés de l'Etat représentaient 18% des actifs, et parmi ces salariés 11% étaient liés au CEN de Cadarache. Il convient toutefois de noter que la population en provenance de Cadarache relevait plutôt de la catégorie employés- tertiaire. En 1975, parmi la population qualifiée, travaillant à Cadarache, 45% des actifs habitaient Aix-en-Provence ou le pays aixois, 35% habitaient Manosque et ses environs, 20% habitaient Pertuis. En 1990, sur l'ensemble des employés de Cadarache, 18% résidaient à Manosque, 25% dans les Alpes de Haute Provence, 25% à Aix et 44% dans les Bouches du Rhône; la part des cadres était de 33% à Manosque et 50% à Aix.
Manosque est une ville " d'immigrés de l'intérieur". puisque, selon une enquête de 1980, 31% de la population venait d'une autre région ou d'une autre localité et 37% de la population habitait Manosque depuis une année entre 10 et 20 ans. Le choix résidentiel sur Manosque est essentiellement lié à la qualité de la vie, et dans les années 1960-1970, à l'utopie du retour à la terre.
Les agents de l'Etat, du CEA ou d'EdF, venus s'installer à Manosque ont été un facteur essentiel de "production de modernité". Très vite Manosque a joué un rôle de centre urbain à vocation de services, drainant pour les populations alentour les commerces et générant une vie culturelle très active à certains moments autour de la MJC et des cinémas. Mais il convient de savoir qu'avant même la création de Cadarache, Manosque s'était lancée dans une politique d'équipements urbains, surdimensionnés par rapport à une ville de 9 000 habitants, mais attractive lorsque les salariés du CEN sont arrivés.
Cela s'est traduit par une rapide politique de logements collectifs, puisque, entre 1960 et 1978, il a été construit 3 500 logements de ce type, dont plus de 700 logements sociaux. Cela s'est traduit aussi par des pratiques urbanistiques "souples". Le POS a été révisé à plusieurs reprises plus en fonction de ce qui avait été fait - plus ou moins réglementairement - qu'en fonction d'une stratégie bien déterminée, de sorte que "les accros " au POS ont été perpétuellement négociés entre la municipalité et la DDE.
C'est cette image fortement valorisée de Manosque qui a généré, au cours des années 1970-1980, une forte sociabilité associative, - non dénuée d'individualisme -, et un certain type de mode de vie, conforme à la recomposition sociale. Ceci étant, les nouveaux habitants, très engagés dans cette vie associative, n'ont pas joué le rôle actif auquel on pouvait s1 attendre sur le plan politique.
Acôté de cette nouvelle population, liée à l'implantation de Cadarache, il convient de ne pas oublier les pieds-noirs qui ont joué un rôle actif dans la recomposition des commerces en amenant des capitaux.
Les facteurs économiques de la mutation de Manosque
L'intervention de I'Etat à travers EdF, le canal de Provence et le CEA est essentielle pour comprendre l'évolution économique de la zone.
EdF
EdF a eu un impact local très fort en particulier à travers des entreprises de bâtiment qui par la suite sont restées sur place, mais aussi à travers des équipements sociaux, comme par exemple le centre de soins, ouvert à toute la population.
Le canal de Provence
La construction du canal de Provence a été déterminante pour l'Aire Marseillaise. Et dans ce cadre, la vallée de la Durance joue un rôle important. L'eau était le problème dominant de l'Aire Marseillaise, il y a une trentaine d'années. Il est maintenant largement solutionné. Le canal de Provence joue dans l'AMM un rôle de trait d'union et de solidarité sur le plan physique (147 kms de galeries, 520 kms d'adduction, 3 600 kms de canalisations, 64 stations de pompage...)1 sur le plan politique et juridique (associations des principales collectivités territoriales), sur le plan économique et financier (réduction des tarifs agricoles1 maintien des tarifs urbains et industriels...).
Localement, le canal a permis de développer des zones d'irrigation parmi lesquelles celle de Vinon-Gréoux mérite d'être signalée. Il s'agit en effet d'une opération exemplaire en ce sens qu'ont pu être combinés : un remembrement de la zone agricole, l'équipement de la totalité du périmètre en irrigation sous pression, la création de structures agricoles collectives (Coopérative d'Utilisation de Matériel en Commun), le développement de nouvelles cultures (semences) et l'abandon de certaines autres (vigne). En terme d'économie d'eau, le canal de Pontoise, issu du Verdon, permettait d'alimenter 300 ha avec une dotation de 8001/s. Avec le même débit, le nouveau périmètre concerne 1 700 ha (1 200 ha à Vinon et 500 ha à Gréoux). Le mode de distribution de l'eau est très varié en fonction des cultures (pivot1 enrouleur, couverture totale sur grandes cultures, goutte à goutte, aspersion sur frondaison pour l'antigel sur cultures arboricoles).
Le CEA
Le CEA a eu un impact très fort sur l'habitat, mais assez peu sur l'industrie manosquine, à quelques rares exceptions près. Les effets directs du CEA ont été beaucoup plus importants à l'égard d'Aix oû les premiêoes implantations industrielles ont été directement liées au CEN. Mais indirectement les effets furent importants en facilitant la création sur Manosque d'entreprises à technologie avancée.
"La technologisation" de l'industrie manosquine
Ce néologisme revient à Mr Jeamet, PdG de Barras-Provence qui emploie 260 personnes en France (Paris et Manosque) dont 140 sur Manosque.
Barras-Provence s'est installé en 1962 à Manosque, venant de Courbevoie, pour faire de la mécanique aux portes de Cadarache (en 1960, le CEN de Cadarache avait 88 salariés). De 1962 à 1964, Barras-Provence a eu comme activité essentielle "la location de personnels spécialisés" dans un environnement oû il n'y avait pas de main d'oeuvre industrielle formée. Dans une deuxième étape, et à partir des profits réalisés dans cette activité de gestion de personnels, Barras s'est lancée dans la chaudronnerie fine, la mécanique de précision et la maintenance des machines fabriqués pour le CEA avec un bureau d'études spécialisé dans la mécanique, la chaudronnerie et l'électronique.
Petit à petit, l'entreprise a cherché à se dégager de la dépendance avec le CEA et s'est organisée autour de quatre divisions nucléaire (équipements pour mesurer les retombées électronucléaires...), les télécommunications (mesure de trafic des lignes, centraux téléphoniques...), le militaire (contrats avec la marine nationale...), l'éducation (fabrication de robots à vocation pédagogique pour les classes de BTS automatisme...). Les clients relèvent essentiellement des marchés publics.
Outre son côté "success story", le "cas Barras" est intéressant en ce qu'il illustre d'une part l'histoire d'une implantation industrielle sur Manosque et la transformation progressive d'une entreprise de main d'oeuvre en une entreprise de haute technologie et d'autre part l'évolution industrielle de Manosque.
Pour le PDG de Barras, l'implantation sur Manosque a été entièrement positive. Elle a permis le développement de l'entreprise et sa mutation technologique. En fait, c'est plus la présence du CEA qui a conduit cette mutation que l'implantation sur Manosque. L'éloignement ne constitue pas un obstacle, dans la mesure ou l'autoroute met Manosque à 45 minutes de l'aéroport.
Toutefois, il faut souligner que l'autoroute n'a pas attiré autant les entreprises qu'on pouvait l'espérer. L'autoroute a créé un mouvement, mais dans les deux sens. Elle a sans doute essentiellement empêché des entreprises de quitter Manosque.
Mais cette implantation de Barras, puis d'EBIM a contribué à animer deux zones d'activités (Saint Joseph et Saint Maurice) qui, en 1990, représentaient 77 établissements et 1280 emplois pour la première, 33 entreprises et 596 emplois pour la seconde. En raison de de la présence de Barras et d'une autre entreprise de bobinage de moteur (liée au CEA, 220 emplois), l'EBIM, un peu plus du tiers de ces emplois sont industriels.
L'ambition des responsables industriels de Manosque est d'intégrer Manosque à tout le tissu universitaire et de recherches de l'ensemble aixo-marseillais, car, quoiqu'on en dise, l'EBIM et Barras n'ont pas entraîné beaucoup de retombées, du fait, en partie de l'absence d'un patronat industriel local. D'oû la création d'un centre de transfert, le CEERTE, spécialisé dans l'environnement et tourné sur les programmes de formation. Le rôle d'initiation à l'environnement auprès des collectivités locales a été un échec. Ce qui s'est traduit par une réadaptation de l'outil.
Globalement, pour les acteurs économiques et les industriels en particulier, les difficultés rencontrées tiennent plus à l'absence pénalisante dans l'espace manosquin des métiers de la maintenance et du petit service (plomberie, peinture, électricité, menuiserie...), pourtant créateurs de nombreux emplois.
Conclusion.
Manosque fait-elle partie de l'ensemble aixo-marseillais?
La réponse à cette question doit être contrastée.
Positive, dans la mesure Où Si le CEA fait partie de l'ensemble aixo-marseillais, par le nombre de ses salariés qui habitent Manosque, il entraîne toute la ville dans l'espace dominant. Et le CEA appartient à la zone Aix-Marseille.
Négative, Si on s'en tient à la dynamique propre de Manosque qui reste plus un centre résidentiel, tourné sur son environnement (bien qu'il n'y ait guère de politiques intercommunales et que le SDAU fut un échec, générant une urbanisation anarchique des communes environnantes), qu'une ville en expansion économique dans une conjoncture où les activités ont tendance à se localiser dans les zones économiques denses.
En fait, on s'aperçoit que l'évolution de Manosque et sa place dans l'espace aixo-marseillais ont été fondamentalement influencées par la création de Cadarache.
CLUB D'ECHANGES ET DE REFLEXIONS SUR L'AIRE
METROPOLITAINE MARSEILLAISE
Séance du 17 février 1994
LE CANAL DE PROVENCE, ELEMENT D'INTEGRATION DE L'AIRE METROPOLITAINE MARSEILLAISE
Si le club d'échanges et de réflexion avait été créé en 1960, plusieurs séances auraient certainement été consacrées au problème de l'eau qui était dominant il y a trente ans et qui a été très largement solutionné depuis.
1. Pourtant, la maîtrise de l'eau en Provence a été un souci ancien et permanent et il a fallu attendre de nombreux siècles pour que le Canal de Marseille en 1849 puis le Canal du Verdon en 1875, remplacé par le Canal de Provence qui alimente Marseille par la Branche Nord depuis 1971 et la branche Est depuis 1986, mette définitivement la ville et ses alentours à l'abri des pénuries.
(Cf. article joint "L'eau en Provence, c'est toute une histoire")
2. Le Canal de Provence dans l'Aire Métropolitaine Marseillaise est un trait d'union et de solidarité à plusieurs niveaux
- au plan physique d'abord
Il s'agit d'un ouvrage unique, cohérent et géré de façon unitaire. Réalisé en 30 ans , il représente aujourd'hui 147 km de galeries, 520 km d'adduction, 3 600 km de canalisations, 64 stations de pompage, 270 millions de m3 distribués, 44 000 postes d'eau et un investissement global d'environ 8 milliards de francs (valeur 1993).
- au plan politique et juridique ensuite
La Société du Canal de Provence est une société d'économie mixte dont l'actionnariat est constitué à 70 % des quatre principales collectivités régionales (Conseil Régional, Département des Bouches-du-Rhône, Département du Var, Ville de Marseille). La présidence est tournante et le système a traversé sans encombre les différents changements politiques intervenus dans ces collectivités et au niveau de l'Etat, qui continue naturellement d'exercer un contrôle étroit en tant que concédant (la SCP bénéficie d'une concession d'Etat de 75 ans).
- au plan économique et financier
Les ouvrages du Canal de Provence ont été financés à plus de 50 % par emprunt et, comme prévu dés l'origine, les recettes de vente d'eau n'ont pas permis de couvrir en totalité les remboursements d'annuités. Le décalage, appelé charges intercalaires, a été couvert par des avances consenties pendant quelques années par le Trésor Public, mais surtout pour les quatre collectivités précitées. Elles ont supporté ces charges de façon solidaire, indépendamment de la finalité et de la "rentabilité" des différents ouvrages réalisés.
De plus, le système tarifaire mis en place dés l'origine s'est traduit par une réduction délibérée des tarifs agricoles (de l'ordre de 50 %) et un maintien des tarifs urbains et industriels. Il y a donc eu péréquation tarifaire parfaitement délibérée.
3. La Société du Canal de Provence représente dans l'aire métropolitaine Marseillaise un certain poids dû à
- son accrochage régional très fort,
- l'emploi (elle représente 450 emplois dont plus de 100 cadres)
- son chiffre d'affaire annuel (500 MF)
- son rayonnement en France et à l'étranger dans les domaines techniques de sa compétence.
LE RESEAU D'IRRIGATION DE VINON- GREOUX
4. A l'occasion du déplacement en oer entre Aix et Manosque, le périmètre d'irrigation de Vinon-Gréouxa été traversé.
Il s'agit d'une opération exemplaire en ce sens qu'ont pu être combinés
- un remembrement de la zone agricole,
- l'équipement de la totalité du périmètre en irrigation sous pression,
- la création de structures agricoles collectives (Coopérative d'Utilisation de Matériel en Commun),
- le développement de nouvelles cultures (semences) et l'abandon de certaines autres (vigne).
En terme d'économie d'eau, le Canal de Pontoise, issu du Verdon, permettait d'alimenter 300 ha avec une dotation de 800 I/s. Avec le même débit, le nouveau périmètre concerne environ 1 700 ha (1 200 ha à Vinon et 500 ha à Gréoux). Le mode de distribution de l'eau est très varié en fonction des cultures (pivot, enrouleur, couverture totale sur grandes cultures, goutte à goutte, aspersion sur frondaison pour l'antigel sur cultures arboricoles).
Michel LAURENT
"L'EAU EN PROVENCE C'EST TOUTE UNE HISTOIRE"
Marcel PAGNOL
Des Romains au Canal de Provence
Dans bien des régions du monde l'eau, élément indispensable à la vie, pose problème, soit qu'il y en ait trop momentanément, soit qu'elle fasse défaut pendant une période suffisamment longue pour être un handicap certain pour toutes les activités. La Provence est l'une de ces régions.
I. LA PROVENCE, TERRE DE CONTRASTE
La morphologie et la géologie de la Provence, et plus particulièrement celles des Bouches- du-Rhône et du Var, ont toujours posé aux collectivités locales des problèmes d'approvisionnement en eau. Cette région est en effet formée d'une série de chaînes calcaires Trévaresse, Sainte-Victoire, Etoile, Monts Auréliens, Sainte-Baume, Les Maures, de direction Est-Ouest, parallèles à la côte méditerranéenne, entre lesquelles sont insérées de petites plaines alluviales.
Du fait de leur orientation, ces chaînes montagneuses constituent une barrière qui repousse vers l'Ouest les eaux de la Du rance et du Verdon et éloigne les ressources des zones côtières où les besoins sont les plus forts.
En effet, bien que bénéficiaire d'une pluviométrie convenable, cette région est pénalisée par le caractère irrégulier et brusque de pluies qui s'écoulent torrentiellement ou s'infiltrent dans les massifs calcaires sans pour autant créer des sources pérennes. Elle ne dispose dans ces conditions d'aucune ressource locale importante et sûre. De plus, les torrents alpins détruisent les plaines ; le Rhône, fleuve puissant, déborde sur les basses terres et de larges zones plates sont envahies par les eaux pendant de longs mois. Les précipitations orageuses atteignent, par leur puissance localisée, une capacité dévastatrice.
II. LA MAITRISE DE L'EAU : UNE PREOCCUPATION PERMANENTE
Confrontée depuis toujours à ces problèmes, la Provence présente aujourd'hui toute une gamme de réalisations résultant d'une accumulation séculaire de travaux progressivement réalisés, remodelés, transformés, développés avec toutes les phases que cela implique de dispositions novatrices, mais aussi d'échecs surmontés et de réajustements permanents aux nécessités de l'époque.
Dès l'occupation romaine de nombreux ouvrages hydrauliques ont été réalisés mais la fonction essentielle de ces aqueducs était d'apporter l'eau aux villes pour les besoins des populations.
Les invasions qui ont suivi la chute de l'Empire Romain ont souvent conduit à la dégradation des ouvrages réalisés mais, dès le début de l'actuel millénaire, les problèmes de maîtrise des eaux ont préoccupé les populations provençales afin de contribuer à la protection des terres contre les inondations, la desserte en eau des populations et la satisfaction des besoins des activités agricoles et économiques.
II. 1 - Protéger la terre provençale des inondations
La protection contre les inondations a donné lieu depuis des siècles à des travaux réalisés par les riverains et leurs collectivités.
Le statut de la République d'Arles témoigne que dès le XIIième siècle, des corps de levadiers étaient organisés pour réaliser et entretenir des chaussées (digues) pour se protéger des débordements du fleuve. Au fil des décennies ces chaussées étaient plus ou moins bien entretenues et il arrivait toujours un moment où une crue plus brutale que les autres survenait, débordait au dessus des digues ou les contournait. Les protections ainsi mises en place conservaient un caractère aléatoire et une fragilité certaine.
Après les grandes inondations du XIXième siècle, l'Etat décida de prendre les chose en mains et de réaliser enfin un système de digues insubmersibles. De ce fait dans le Delta du Rhône qui était le plus exposé, un système efficace a été mis en place qui depuis n'a connu aucune submersion. Ce système a été complété pour la Camargue par la réalisation d'une digue à la mer qui protège les terres d'une entrée violente d'eau maritime à l'occasion des grandes tempêtes.
L'Etat assure la surveillance du système des digues et les cotisations annuelles de petit entretien ont été mises à la charge des propriétaires riverains.
Les inondations du Rhône n'étaient pas le seul fléau auquel avait à faire face la région éprouvée aussi par les crues dévastatrices de la Durance qui, non seulement noyaient les terres, mais encore emportaient des surfaces cultivables considérables ne laissant à la décrue que des champs de cailloux. Il fallut attendre la première moitié du XIXième siècle pour qu'un système de protection par des digues et des épis soit progressivement constitué avec comme principal objectif de s'opposer à l'érosion des terres, la seule submersion étant en fait un moindre mal. Aujourd'hui les grandes réserves constituées par l'aménagement hydro- électrique sur le bassin de la Durance réalisé par EDF et les reboisements réalisés à la fin du XIXième siècle permettent de réduire la fréquence des crues moyennes. Les riverains éprouvent de ce fait un sentiment de sécurité mais il faut souligner que le risque de crues exceptionnelles demeure tout aussi important.
Enfin, après les protections contre les submersions ou contre les érosions de terre, il était un autre type de problème auquel il convenait de porter remède : la stagnation des eaux pendant de longs mois dans les zones où le relief est trop plat et le système hydrographique inexistant. L'exemple le plus important est celui du bassin du Vigueirat et des Marais d'Arles qui représentent près de 60.000 ha. Pour tenter de résoudre ce problème, la communauté arlésienne fit appel, au début du XVIIième siècle, à un ingénieur hollandais Van Ens qui réalisa un premier système d'évacuation directe à la mer par des canaux dits à "fond plat" de plusieurs dizaines de kilomètres. Une partie des terres desséchées lui étaient attribuées en compensation des dépenses réalisées. Au fil des siècles ce système connut des périodes de dégradation, puis de remise en état et actuellement les axes principaux fonctionnent toujours sous la responsabilité d'associations de propriétaires.
Mais alors qu'il s'agissait à l'époque de protéger des terres agricoles exploitées en extensif, aujourd'hui le système est confronté à une plus grande imperméabilisation des sols liée au développement urbain et au développement des serres agricoles et il devra certainement faire face à une évolution importante.
II. 2 - Mobiliser et distribuer l'eau, source de vie
La croissance considérable de la population au XIIIième et XIIIième siècles a contraint les territoires de Provence à rechercher des ressources nouvelles en eau, en énergie et en aliments.
Pendant des siècles les besoins des populations furent en effet satisfait pas les modestes ressources locales, mais l'idée d'utiliser les eaux du bassin de la Durance pour alimenter convenablement la région a germé très tôt dans les esprits.
Ainsi les communautés situées à proximité de la Durance se préoccupèrent d'utiliser au mieux cette ressource. Compte tenu de la pente élevée de la rivière, la première utilisation envisagée fut destinée à la production d'énergie. La dérivation se faisait alors avec un canal à pente très faible et très rapidement on a ainsi disposé d'une chute suffisante pour faire tourner les moulins à moudre ou à fouler. Les agriculteurs constatèrent très vite tout le bénéfice qu'ils pouvaient tirer de l'irrigation et les usiniers leur permirent d'utiliser les eaux pour l'arrosage "du samedi soir, soleil couché, au lundi matin, soleil levé". Le jour du seigneur étant aussi celui de l'irrigant : c'est ainsi que furent créés le Canal de l'Hôpital dans le Vaucluse au XIIième siècle, le Béal du Moulin de Sénas au XIIIième siècle.
Dès 1507, François 1er accordait alors à la Maison d'Oppède une concession pour la création d'un "Canal de Provence".
Quelques dérivations se poursuivirent ainsi au cours des ans, mais il fallut attendre le milieu du XVIième siècle pour qu'Adam de Craponne se lance dans une oeuvre beaucoup plus importante et audacieuse en dérivant les eaux de la Durance en dehors de son bassin versant direct pour les transférer en Crau, vers Salon de Provence, avec pour principaux objectifs produire de l'énergie et développer les irrigations.
Mais le promoteur avait surestimé ses capacités financières et sous-estimé la faculté de ses concitoyens à contribuer financièrement à un investissement qui, par ailleurs, était pour eux tout a fait rentable. Il mourut ruiné, comme ce fut d'ailleurs le cas pour bon nombre de promoteurs d'ouvrages hydrauliques.
A la fin du XVIIIème siècle, et surtout dans la deuxième moitié du XIXème siècle, les canaux se sont multipliés en conservant l'objectif énergétique, mais avec une destination agricole qui devenait de plus en plus importante.
Ainsi, au fil des siècles s'est développée une série d'ouvrages à buts multiples assurant la meilleure valorisation des eaux de la Durance et de ses affluents.
Mais amener vers Aix, Marseille et Toulon les eaux de la Durance et de son principal affluent le Verdon allait par la suite devenir une préoccupation majeure et permanente des collectivités provençales ainsi d'ailleurs que de toute une série d'ingénieurs promoteurs.
Ainsi, dès 1559, Adam de Craponne proposait à la Ville d'Aix un projet qui ne pût être réalisé, faute de moyens financiers. Ce projet fut repris, en vue de l'alimentation conjointe d'Aix et de Marseille, en 1645 par Colombi, en 1702 par Henri de Lacerre, en 1707 par Vauban, en 1724 par Saurin, puis de 1733 à 1771 par Floquet, puis de 1772 à 1784 par Faure, de 1785 à 1830 par Garella et Bazin. Pendant ces trois cents ans, à plusieurs reprises, des travaux furent amorcés, mais rapidement bloqués par manque de moyens financiers suffisants, de moyens techniques convenables ou d'accords effectifs entre les villes d'Aix et de Marseille.
A la suite de la sécheresse exceptionnelle de 1829 et de la terrible épidémie de choléra en 1834, la ville de Marseille décidait en 1835 de réaliser, pour son propre compte le canal de Marseille, laissant le soin à la ville d'Aix de créer un second canal pour s'alimenter.
Sous l'impulsion énergique du maire, Maximin Consolat, et de l'ingénieur suisse Franz Mayor de Montricher, les projets et travaux furent menés à "vive allure" et les eaux atteignirent Marseille le 19 novembre 1849.
Pour Aix, l'élaboratiOn et l'approbation de projets d'un canal dérivé du Verdon s'étalent de 1837 à 1863 et sa construction, qui débute en 1865, s'achève en 1875 après la défaillance de plusieurs concessionnaires. Reprise par la ville d'Aix, la concession est rétrocédée en 1926 à la Compagnie Nouvelle du Canal du Verdon, puis rachetée en 1927 par le Département des Bouches-du-Rhône qui en assurera l'exploitation jusqu'en 1964, époque à laquelle il transférera ses droits à la Société du Canal de Provence et d'Aménagement de la Région Provençale.
II. 3 - A la recherche d'une solution concertée
Marseille, Aix et les communes environnantes disposaient ainsi d'alimentation en eau à partir de la Durance ou du Verdon, mais les communes du Var se voyaient toujours séparées du Verdon et des ressources en eau qui étaient concédées au département sur cette rivière à la source de Fontaine l'Evèque dans le Haut Var.
De 1925 à 1946, de nombreux projets étaient proposés pour amener jusqu'au littoral les eaux de cette source, mais aucune suite ne leur était donnée.
En 1946 pourtant, après une dizaine d'années passées d'abord à étudier un projet de renforcement des alimentations de la région d'Aix et de Marseille et d'adduction d'eau dans l'Ouest du département du Var, puis à convaincre de son utilité les collectivités locales concernées, Joseph Rigaud, ingénieur du Génie Rural, voyait débuter les travaux d'extensions du canal du Verdon, opération qui devait intéresser, outre Marseille et Aix, diverses communes des Bouches-du-Rhône et du Var. Ce projet répondait partiellement aux préoccupations d'ensemble. Le maître d'ouvrage étant le département des Bouches-du-Rhône, la direction des travaux fut assurée par le Service du Génie Rural jusqu'en 1954, date à laquelle elle fut confiée au Service Spécial du Bassin de la Durance (S.S.B.D.), créé en 1952 par le Ministère de l'Agriculture pour assurer les liaisons nécessaires entre ce Ministère et E.D.F. en raison de l'aménagement de la Durance.
Mors que le S.S.B.D. étudiait la suite à donner à la 1ère tranche du projet Rigaud, le Var demandait que les aménagements projetés puissent aussi assurer le transit des eaux qui lui étaient concédées sur le Verdon et la ville de Marseille intervenait à son tour pour obtenir une seconde adduction capable de lui fournir 10 m3/s et de lui garantir ainsi une sécurité d'alimentation qui lui faisait cruellement défaut.
Le S.S.B.D. se voyait alors chargé d'un projet devant répondre aux besoins de trois importantes collectivités locales : les départements du Var, des Bouches-du-Rhône, la ville de Marseille. Il convenait pour ce faire, de réaliser une infrastructure hydraulique permettant d'assurer le transport des eaux brutes dérivées du Verdon, vers les zones de Toulon, Aix et Marseille, et de mettre en place un ensemble de réseaux de distribution pour les usagers agricoles, urbains et industriels.
Un tel aménagement, à buts multiples, présentait pour tous les usagers un intérêt incontestable car il permettait d'obtenir leur desserte commune dans des conditions économiques acceptables, alors que la construction d'un ouvrage consacré à la desserte de l'un quelconque de ces besoins (agricole, rural, urbain ou industriels) eut été beaucoup trop onéreux. Ce groupement permettait en outre de faire bénéficier les irrigations agricoles de tarifs préférentiels sans pour autant léser les autres catégories d'usagers.
III. LE CANAL DE PROVENCE : UN MAITRE D'OUVRAGE ADAPTE POUR UNE POLITIQUE D'AMENAGEMENT DU TERRITOIRE
Après avoir envisagé la création d'un syndicat interdépartemental groupant les 3 collectivités pour assurer la maîtrise d'ouvrage de l'opération, cette solution fut abandonnée en raison de la lourdeur administrative à laquelle elle conduisait. Dans le cadre d'une politique active d'aménagement du territoire, le Ministère de l'Agriculture souhaitait mettrre en place un Organisme adapté aux besoins régionaux. il proposa la constitution d'une société d'économ0e mixte avec les départements du Var, des Bouches-du-Rhône et la ville de Marseille. Cette suggestion reçut un accueil favorable de toutes les collectivités intéressées.
Ainsi fut créée, le il juillet 1957, la Société du Canal de Provence et d'Aménagement de la Région Provençale (SCP) qui voyait ses statuts de société d'économie mixte approuvés le 29 septembre 1959 et recevait le 15 mai 1963 la "concession générale des travaux du canal de Provence et d'aménagement hydraulique et agricole du Bassin de la Durance".
Son capital social était souscrit, outre les 3 collectivités fondatrices citées précédemment, par la Caisse des Dépôts et Consignations, la Caisse Nationale et les Caisses régionales de Crédit Agricole, les Chambres d'Agriculture, les départements des Hautes-Alpes, des Alpes de Haute-Provence, la Société pour l'Equipement du Territoire. Le Conseil Régional devait rejoindre les 3 collectivités fondatrices en 1983 ainsi que le département de Vaucluse.
Son statut de société d'économie mixte lui confère une souplesse que toute autre forme juridique, syndicat interdépartemental notamment ne lui aurait pas apportée. La SCP ainsi constituée allait pouvoir rassembler les efforts de ces diverses collectivités locales aux fins de l'aménagement hydraulique et agricole de la région provençale, avec le concours financier du Ministère de l'Agriculture gestionnaire des crédits des grands aménagements régionaux.
Par le cahier des charges général de sa concession, la SCP se voyait confier :
- la construction et l'exploitation du canal de Provence, des réserves en eau nécessaires à l'utilisation la meilleure des quantités d'eau dérivées, des autres ouvrages hydrauliques qui se révéleraient nécessaires au développement économique de la région, dans la mesure où les collectivités, après avoir été avisées de l'intérêt général de ces opérations, n'en prendraient pas l'initiative.
- l'exploitation d'ouvrages hydrauliques déjà construits qui lui seraient remis par leurs propriétaires ou par leurs concessionnaires actuels.
Son périmètre concédé englobait la partie Est du département des Bouches-du-Rhône, le Var, les Hautes-Alpes et les Alpes de Haute-Provence.
III.1 - Ses réalisations
Dès l'origine, la conception de l'ouvrage devait tenir compte de l'origine des droits d'eau détenus par les collectivités fondatrices sur la Durance et le Verdon. Ces droits d'eau étaient régis par des textes législatifs ou réglementaires difficiles dont l'application littérale eut conduit à des ouvrages d'une grande complexité. En fait, les collectivités étant associées au sein de la SCP et donc présentes au Conseil d'Administration ont trouvé beaucoup plus efficace que leurs droits soient remis à SCP par le décret de concession pour que la société assure une gestion optimale des ressources en eau dans l'intérêt de tous. Pour qui connaît la complexité des droits d'eau en région méditerranéenne et l'âpreté avec laquelle chacun défend les droits qu'il détient, il faut souligner l'importance de cette décision constructive qui témoignait de la solidarité des collectivités de base et de leur recherche permanente de l'efficacité.
Dans cet esprit les projets étaient étudiés et progressivement exécutés. Sans reprendre en détail la description d'un ouvrage qui a fait l'objet de nombreux articles, il suffit de rappeler que l'ouvrage de prise est calibré pour transporter en pointe 40 m3/s, que les dérivations annuelles peuvent atteindre 670 millions de m3 et qu'il a été nécessaire de constituer 250 millions de m3 de réserves principalement sur le Verdon en accord avec E.D.F pour assurer une régularisation interannuelle des prélèvements.
Aujourd'hui la SCP a réalisé
- 147,6 km de galeries de 5,05 à 2,20 m de diamètre,
- 27,3 km de canaux à ciel ouvert,
- 67 réservoirs et 64 stations de pompages,
- 512 km de canalisations d'adduction de diamètre supérieur ou égal à 500 mm,
- 3646 km de canalisations de diamètre inférieur à 500 mm.
Ces ouvrages desservent 45 000 postes d'eau et ont permis l'équipement à l'irrigation de 64 000 ha.
III. 2 - Une gestion technique qui économise l'eau
Une des caractéristiques techniques les plus originales du canal de Provence est la régulation dynamique du mouvement de ses eaux conjuguée avec une desserte à la demande et sous pression.
Cette association permet de répondre aux besoins des usagers en évitant les pertes d'eau qui résulteraient d'une commande par l'amont, en réduisant le coût des Ouvrages par rapport à celui qu'induirait une commande par l'aval classique, en améliorant considérablement la sécurité d'exploitation avec un personnel très réduit.
Cette régulation est basée sur l'utilisation de liaisons téléinformatiques qui font connaître, à chaque instant, au centre général de télécontrôle, la position des plans d'eau, le degré d'ouverture des vannes, les débits transités ou prélevés.
Elle est gérée par deux ordinateurs qui, en fonction des informations reçues et de l'évolution prévisible des consommations, télécommandent les vannes et autres organes de réglage de manière à éviter toute perte ou tout manque d'eau. Un tel système correspond effectivement aux nécessités d'économie de gestion, chaque fois que l'on souhaite exploiter au mieux une ressource limitée, comme c'est le cas en Provence.
III. 3 - Un outil régional né d'une solidarité efficace
Il faut souligner tout d'abord l'effet structurant sur l'aménagement du territoire induit par un ouvrage tel que le canal de Provence. Il met à la disposition des hommes et de l'économie une ressource indispensable en assurant une garantie de fourniture dans l'espace et dans le temps. Dans ce contexte il est tout à fait important que cette donnée soit prise en compte dans le cadre d'une politique nationale et que son usage en soit organisé pour être orienté au profit de la collectivité de la manière la plus large possible.
C'est pourquoi compte tenu du caractère régional conféré à l'aménagement du canal de Provence par les collectivités fondatrices, il était nécessaire de mettre en place une tarification équilibrée qui fasse supporter à l'usager les charges qui lui reviennent, mais aussi qui permette d'orienter les usages afin que la collectivité régionale et nationale en retire un profit optimum dans le cadre d'une politique cohérente. Les méthodes de tarification jusque là utilisées paraissaient dépassées car elles témoignaient d'une vue trop sectorielle des problèmes. Les développements de la théorie économique avaient montré qu'une solution rationnelle existait en matière de tarification par l'utilisation de la théorie du coût marginal. Celle-ci permet d'orienter les décisions des consommateurs dans le sens de l'intérêt général, tout en faisant supporter à chacun les charges qui lui reviennent de façon équitable.
La tarification au coût marginal a donc été appliquée sur les ouvrages du canal de Provence. Les tarifs mis en place sont différenciés en fonction des zones géographiques plus ou moins éloignées de la source, du type d'usage (agricole, urbain, industriel, usages divers), des débits souscrits, de la période de consommation (pointe et hors pointe). Les agriculteurs de profession ont bénéficié d'avantages particuliers sous forme d'abattements.
Une telle tarification qui entend faire payer à l'usager le juste prix du service rendu en conciliant son intérêt propre avec l'intérêt général entraîne pendant la période de construction de l'ouvrage et les premières années de son exploitation, des charges intercalaires importantes.
En effet, s'agissant d'équipements dont la pleine utilisation n'est atteinte progressivement qu'au bout de plusieurs décennies, il faut veiller très attentivement à trouver une solution convenable pour le financement des charges intercalaires inévitables. En effet, dans un système où les charges d'exploitation sont importantes dès les premières années et Où les emprunts sont contractés pour des durées de l'ordre de 15 à 20 ans, on ne peut sans dispositions complémentaires atteindre le plein équilibre alors que l'utilisation maximale des ouvrages n'apparaît qu'au bout de 20, 30 ou 40 ans.
Egalement, s'agissant d'ouvrages dont la durée de vie est longue, voire même très longue, puisque des ouvrages multi-séculaires existent toujours dans une configuration voisine de celle qu'ils avaient à l'origine, il importe de veiller à ce que toutes les mesures soient prises pour assurer un maintien en bon état des ouvrages. C'est à dire il faut que les capacités hydrauliques des équipements soient maintenues constantes au fil des temps. Ceci implique de réaliser en temps Opportun tous les travaux de maintenance et de renouvellement partiel qui s'imposent. Pour que ces travaux puissent être réalisés, il faut que les provisions financières correspondantes aient été réalisées en temps utile.
L'expérience du passé avait montré que compte tenu de l'importante durée de retour des investissements, les promoteurs avaient à faire face à des charges intercalaires très élevées qu'ils n'arrivaient pas à supporter.
Ce problème se réglait souvent par la faillite des promoteurs du projet. L'autre problème auquel on avait à faire face était que ces Ouvrages, qui apportaient la richesse à l'économie et le confort aux populations, étaient souvent très mal entretenus et gérés avec beaucoup de laxisme. En tenant compte de ces leçons du passé des dispositions spécifiques ont ainsi été prises.
Ces difficultés particulières propres notamment aux grands aménagements hydrauliques, doivent être étudiées en détail et trouver une solution satisfaisante qui passe à peu près obligatoirement par des mesures faisant intervenir la puissance publique.
Ainsi 1'Etat et les collectivités locales, associés étroitement dans le cadre du canal de Provence ont pu progressivement définir les conditions de financement des ouvrages, trouver les moyens, sous forme d'avances, pour faire face convenablement aux charges intercalaires, arrêter les dispositions permettant d'assurer une mission de service public avec un maintien en parfait état des ouvrages réalisés au fil des ans.
Par la création de la Société du Canal de Provence, l'Etat par l'intermédiaire notamment du Ministère de l'Agriculture et les collectivités locales ont collaboré très étroitement à la résolution des problèmes de ressources et d'approvisionnement en eau des collectivités locales du littoral provençal.
A travers l'oeuvre entreprise et l'outil qui a été créé, une charte de solidarité a en quelque Sorte été établie. Celle-ci implicitement acceptée lors de la création de la SCP, en 1957, a depuis cette date constitué le principe fondamental auquel se sont référées toutes les décisions importantes. Elle a permis que le programme des travaux ne soit soumis à d'autres considérations que l'intérêt général et a évité que l'un des partenaires ne succombe à la tentation de se dégager de ses obligations avant l'achèvement total de l'aménagement.
On peut y voir un exemple d'un travail en commun, continu, concerté et efficace entre les collectivités locales et l'Etat pour résoudre les problèmes d'alimentation en eau dans un cadre solidaire, notamment entre les divers usages, qui de tout temps, en zone méditerranéenne, se sont posés avec une acuité certaine.
Michel LAURENT INA 64
Paul MALLET INA PG 71
René PORCHERON INA 54
Lionel REIG INA PG 74