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Compte-rendu du 17/02/94

A propos de la Basse Durance et de la zone de Manosque




Ont participé à la visite de site en Basse Durance

Maurice BATAILLE, Marc BEAUCHAIN, André BIGO, Jean BONNIER, Marie-Annick BRAS, Christian CHALVIDAN, Edith CHOURAQUI, Michel DRAIN, Jean ECOCHARD, Thierry FELLMANN, Bernard JEANMET, Lucien GALLAS, Jacques GARNIER, Christian GIORDANO, Joel HERBULOT, Philippe LANGEVIN, Michel LAURENT, Dominique MALDONADO, Christian MIHIERE, Bernard MOREL, Jean PHILIPPE, Alain PRUNEYRE, Marie-Claire RUBINSTEIN, Jean-Louis SCHWENDIMANN, Jean-Pierre SIMON, Etienne TUSLANE, Pierre VERGES

Cet aide-mémoire a été rédigé par Bernard MOREL

L'objet de cette réunion était d'examiner la place de Manosque et de la basse vallée de la Durance dans l'Aire Métropolitaine Marseillaise. C'est donc toute la question de l'étendue de l'Aire Métropolitaine Marseillaise qui était posée à travers cette réflexion.

Ce compte-rendu n'a pas pour objet de reprendre chronologiquement le déroulement de cette réunion. Son objet est d'essayer de répondre, à travers les contacts que nous avons eus, à la question qui a conduit le club à Manosque.

Manosque n'est encore qu'un chef lieu de canton. Digne est la préfecture des Alpes de Haute-Provence; Forcalquier en est la sous-préfecture. Mais c'est la première ville du département. Sa position géographique, excentrée par rapport au département des Alpes-de Haute-Provence et à proximité relative de l'ensemble aixois, explique ce paradoxe. On peut donc, dans une première approche, lier le développement manosquin au développement général de l'ensemble Aix-Marseille.



Manosque, évolution et mutation d'une petite ville rurale

Dans les années 1950, Manosque est encore dominée par l'agriculture et l'élevage. Agriculture riche, même si on note une absence de grands propriétaires.

La croissance manosquine (économique et démographique) est fondamentalement liée à l'intervention masssive de l'Etat à partir de 1960. Cette interwention s'est opérée à la fois par l'installation du Centre d'Etudes Nucléaires de Cadarache et par la création de nombreuses infrastructures : routes, chemin de fer, canal de Durance, EdF. La plupart des industries traditionnelles de Manosque (tuileries et mine) qui employaient, à la fin des années 1950, 200 personnes ont cessé leurs activités au cours de la décénnie 1950-1960. Mais il n'y a jamais eu de vraie classe ouvrière à Manosque, même à l'époque des tuileries. Par la suite, les cadres moyens et supérieurs se sont agrégés avec les professions libérales.

La croissance démographique se situe entre 1960 et 1975. Mais la vraie vague démographique a eu lieu entre 1960 et 1965 sous l'effet conjugué de la création de Cadarache et de l'arrivée des rapatriés d'Afrique du Nord. En 1962, Manosque comptait 9 500 habitants. En 1975,19 120 habitants. CJette croissance s'est stabilisé, puisque au recensement de 1990, la population était de 19 100 habitants. En périphérie, on compte en périphérie 15 000 habitants en 1990. Manosque représente donc une agglomération de 35 000 habitants.

La composition sociale et ses conséquences

La composition sociale et le fonctionnement sociologico-politique de Manosque sont complexes et tiennent cette complexité du processus de peuplement récent qu1a connu la ville. Il y a un fractionnement social de la ville qui tient donc son origine à l'évolution démographique.

En 1975, les salariés de l'Etat représentaient 18% des actifs, et parmi ces salariés 11% étaient liés au CEN de Cadarache. Il convient toutefois de noter que la population en provenance de Cadarache relevait plutôt de la catégorie employés- tertiaire. En 1975, parmi la population qualifiée, travaillant à Cadarache, 45% des actifs habitaient Aix-en-Provence ou le pays aixois, 35% habitaient Manosque et ses environs, 20% habitaient Pertuis. En 1990, sur l'ensemble des employés de Cadarache, 18% résidaient à Manosque, 25% dans les Alpes de Haute Provence, 25% à Aix et 44% dans les Bouches du Rhône; la part des cadres était de 33% à Manosque et 50% à Aix.

Manosque est une ville " d'immigrés de l'intérieur". puisque, selon une enquête de 1980, 31% de la population venait d'une autre région ou d'une autre localité et 37% de la population habitait Manosque depuis une année entre 10 et 20 ans. Le choix résidentiel sur Manosque est essentiellement lié à la qualité de la vie, et dans les années 1960-1970, à l'utopie du retour à la terre.

Les agents de l'Etat, du CEA ou d'EdF, venus s'installer à Manosque ont été un facteur essentiel de "production de modernité". Très vite Manosque a joué un rôle de centre urbain à vocation de services, drainant pour les populations alentour les commerces et générant une vie culturelle très active à certains moments autour de la MJC et des cinémas. Mais il convient de savoir qu'avant même la création de Cadarache, Manosque s'était lancée dans une politique d'équipements urbains, surdimensionnés par rapport à une ville de 9 000 habitants, mais attractive lorsque les salariés du CEN sont arrivés.

Cela s'est traduit par une rapide politique de logements collectifs, puisque, entre 1960 et 1978, il a été construit 3 500 logements de ce type, dont plus de 700 logements sociaux. Cela s'est traduit aussi par des pratiques urbanistiques "souples". Le POS a été révisé à plusieurs reprises plus en fonction de ce qui avait été fait - plus ou moins réglementairement - qu'en fonction d'une stratégie bien déterminée, de sorte que "les accros " au POS ont été perpétuellement négociés entre la municipalité et la DDE.

C'est cette image fortement valorisée de Manosque qui a généré, au cours des années 1970-1980, une forte sociabilité associative, - non dénuée d'individualisme -, et un certain type de mode de vie, conforme à la recomposition sociale. Ceci étant, les nouveaux habitants, très engagés dans cette vie associative, n'ont pas joué le rôle actif auquel on pouvait s1 attendre sur le plan politique.

Acôté de cette nouvelle population, liée à l'implantation de Cadarache, il convient de ne pas oublier les pieds-noirs qui ont joué un rôle actif dans la recomposition des commerces en amenant des capitaux.

Les facteurs économiques de la mutation de Manosque

Conclusion.

Manosque fait-elle partie de l'ensemble aixo-marseillais?

La réponse à cette question doit être contrastée.

Positive, dans la mesure Où Si le CEA fait partie de l'ensemble aixo-marseillais, par le nombre de ses salariés qui habitent Manosque, il entraîne toute la ville dans l'espace dominant. Et le CEA appartient à la zone Aix-Marseille.

Négative, Si on s'en tient à la dynamique propre de Manosque qui reste plus un centre résidentiel, tourné sur son environnement (bien qu'il n'y ait guère de politiques intercommunales et que le SDAU fut un échec, générant une urbanisation anarchique des communes environnantes), qu'une ville en expansion économique dans une conjoncture où les activités ont tendance à se localiser dans les zones économiques denses.

En fait, on s'aperçoit que l'évolution de Manosque et sa place dans l'espace aixo-marseillais ont été fondamentalement influencées par la création de Cadarache.


CLUB D'ECHANGES ET DE REFLEXIONS SUR L'AIRE

METROPOLITAINE MARSEILLAISE
Séance du 17 février 1994

LE CANAL DE PROVENCE, ELEMENT D'INTEGRATION DE L'AIRE METROPOLITAINE MARSEILLAISE

Si le club d'échanges et de réflexion avait été créé en 1960, plusieurs séances auraient certainement été consacrées au problème de l'eau qui était dominant il y a trente ans et qui a été très largement solutionné depuis.

LE RESEAU D'IRRIGATION DE VINON- GREOUX

"L'EAU EN PROVENCE C'EST TOUTE UNE HISTOIRE" Marcel PAGNOL
Des Romains au Canal de Provence

Dans bien des régions du monde l'eau, élément indispensable à la vie, pose problème, soit qu'il y en ait trop momentanément, soit qu'elle fasse défaut pendant une période suffisamment longue pour être un handicap certain pour toutes les activités. La Provence est l'une de ces régions.


I. LA PROVENCE, TERRE DE CONTRASTE

La morphologie et la géologie de la Provence, et plus particulièrement celles des Bouches- du-Rhône et du Var, ont toujours posé aux collectivités locales des problèmes d'approvisionnement en eau. Cette région est en effet formée d'une série de chaînes calcaires Trévaresse, Sainte-Victoire, Etoile, Monts Auréliens, Sainte-Baume, Les Maures, de direction Est-Ouest, parallèles à la côte méditerranéenne, entre lesquelles sont insérées de petites plaines alluviales.

Du fait de leur orientation, ces chaînes montagneuses constituent une barrière qui repousse vers l'Ouest les eaux de la Du rance et du Verdon et éloigne les ressources des zones côtières où les besoins sont les plus forts.

En effet, bien que bénéficiaire d'une pluviométrie convenable, cette région est pénalisée par le caractère irrégulier et brusque de pluies qui s'écoulent torrentiellement ou s'infiltrent dans les massifs calcaires sans pour autant créer des sources pérennes. Elle ne dispose dans ces conditions d'aucune ressource locale importante et sûre. De plus, les torrents alpins détruisent les plaines ; le Rhône, fleuve puissant, déborde sur les basses terres et de larges zones plates sont envahies par les eaux pendant de longs mois. Les précipitations orageuses atteignent, par leur puissance localisée, une capacité dévastatrice.

II. LA MAITRISE DE L'EAU : UNE PREOCCUPATION PERMANENTE

Confrontée depuis toujours à ces problèmes, la Provence présente aujourd'hui toute une gamme de réalisations résultant d'une accumulation séculaire de travaux progressivement réalisés, remodelés, transformés, développés avec toutes les phases que cela implique de dispositions novatrices, mais aussi d'échecs surmontés et de réajustements permanents aux nécessités de l'époque.

Dès l'occupation romaine de nombreux ouvrages hydrauliques ont été réalisés mais la fonction essentielle de ces aqueducs était d'apporter l'eau aux villes pour les besoins des populations.

Les invasions qui ont suivi la chute de l'Empire Romain ont souvent conduit à la dégradation des ouvrages réalisés mais, dès le début de l'actuel millénaire, les problèmes de maîtrise des eaux ont préoccupé les populations provençales afin de contribuer à la protection des terres contre les inondations, la desserte en eau des populations et la satisfaction des besoins des activités agricoles et économiques.

III. LE CANAL DE PROVENCE : UN MAITRE D'OUVRAGE ADAPTE POUR UNE POLITIQUE D'AMENAGEMENT DU TERRITOIRE

Après avoir envisagé la création d'un syndicat interdépartemental groupant les 3 collectivités pour assurer la maîtrise d'ouvrage de l'opération, cette solution fut abandonnée en raison de la lourdeur administrative à laquelle elle conduisait. Dans le cadre d'une politique active d'aménagement du territoire, le Ministère de l'Agriculture souhaitait mettrre en place un Organisme adapté aux besoins régionaux. il proposa la constitution d'une société d'économ0e mixte avec les départements du Var, des Bouches-du-Rhône et la ville de Marseille. Cette suggestion reçut un accueil favorable de toutes les collectivités intéressées.

Ainsi fut créée, le il juillet 1957, la Société du Canal de Provence et d'Aménagement de la Région Provençale (SCP) qui voyait ses statuts de société d'économie mixte approuvés le 29 septembre 1959 et recevait le 15 mai 1963 la "concession générale des travaux du canal de Provence et d'aménagement hydraulique et agricole du Bassin de la Durance".

Son capital social était souscrit, outre les 3 collectivités fondatrices citées précédemment, par la Caisse des Dépôts et Consignations, la Caisse Nationale et les Caisses régionales de Crédit Agricole, les Chambres d'Agriculture, les départements des Hautes-Alpes, des Alpes de Haute-Provence, la Société pour l'Equipement du Territoire. Le Conseil Régional devait rejoindre les 3 collectivités fondatrices en 1983 ainsi que le département de Vaucluse.

Son statut de société d'économie mixte lui confère une souplesse que toute autre forme juridique, syndicat interdépartemental notamment ne lui aurait pas apportée. La SCP ainsi constituée allait pouvoir rassembler les efforts de ces diverses collectivités locales aux fins de l'aménagement hydraulique et agricole de la région provençale, avec le concours financier du Ministère de l'Agriculture gestionnaire des crédits des grands aménagements régionaux.

Par le cahier des charges général de sa concession, la SCP se voyait confier :

Son périmètre concédé englobait la partie Est du département des Bouches-du-Rhône, le Var, les Hautes-Alpes et les Alpes de Haute-Provence.

Michel LAURENT INA 64
Paul MALLET INA PG 71
René PORCHERON INA 54
Lionel REIG INA PG 74