A propos des limites de l'Aire Métropolitaine Marseillaise
Ont participé à cette réunion qui s'est déroulée à l'Institut Méditerranéen de Technologie
Maurice BATAILLE, Dominique BECQUART, Jean BONNIER, Michèle BOSCKER, Marie-Annick BRAS, Michel CARRENO, Christian CHALVIDAN, Edith CHOURAQUI, Bruno de MONTSABERT, Christian DUBOST, Jean ECOCHARB, Mario FABRE, Thierry FELLMAN, Jean-Paul FERRIER, Jean-Claude FEUILLET, Jean FOUQUQIRE, Alain FREYRIA, Lucien GALLAS, Jacques CARNIER, Bruno GUILLERMIN, Gabrielle GUYE, Camille HAGEGE, Joel HERBULOT, Jean-Claude JUAN, Philippe LANGEVIN, Bernard MOREL, Dominique ORSOLINI, Guy RAVOUX, Jean-Louis SCHWENBIMANN, Bernard TABUTEAU, Etienne TUSLANE, Jean VAILLANT, Jean VIARD
Le compte rendu de cette séance a été élaboré par Lucien GALLAS
A la recherche d'une représentation de l'A.M.M. (Exposé introductif)
Une citation de M. Roncayolo ouvre un chemin de réflexion Marseille ne construit pas ses espaces par continuité (à la différence d'Aix en Provence).
Elle n'a pas de banlieues (sauf dans la ville), et l'opposition ville-campagne tend à être remplacée par celle de local-global.
Pour situer le local par rapport à d'autres systèmes de référence, plusieurs niveaux de référence peuvent être invoqués
Le niveau des faits, des pratiques des habitants
celui des aires imaginaires,
celui des racines que l'on donne aux oeuvres de l'homme, avec des fractures entre mer et terre, alpin et méditerranéen, port et agriculture, etc...
Trois phénomènes se superposent
Le bousculement des micro-mondes de l'Etang de Berre par l'arrivée des Marseillais. des Lorrains...
Aix, phénomène d'une ville avec sa culture et son territoire qui tente d'être le centre d'un espace.
Marseille, avec les vagues successives des évolutions internes et externes, à la fois ville ségréguée avec ses communautés qui bougent : hier, autour du travail, aujourd'hui plus marquées par l'individuel (sans travail...). Mais aussi avec l'intégration comme " hauts pays". de la Corse, du Queyras, de l'Algérie, du Var, ... Marseille ville ouverte sur la mer certes, mais aussi sur le monde.
La problématique émergente est de chercher comment organiser un monde constitué d'archipels
dessiner le local dans sa fonction pour le global
y trouver un sens
Il y a une grande polysémie de possibilités. Nous sommes un espace qui offre à moins d'une heure, des modes de vie, une multiplicité. une diversité qu'il faut " mettre en musique". Comment, avec tout cela, faire un dedans qui ne soit pas nivellement des différences?
Ce qui protège cet espace, ce sont les conflits. On peut penser globalité et contours, mais peut- on faire le plan de la modernité d'une société complexe?
La France méridionale n'est-elle pas un modèle du Monde? i
A la recherche de passages entre représentations et réalités (discussion)
Il faut croiser les représentations avec les réalités: il y a peut-être autant d'espaces de référence que d'objets observés.
Vu la formation exceptionnelle de cet espace, avec un changement d'échelle très important depuis 10 ans, le problème n'est pas tellement la limite, mais de savoir Si l'on va vers un espace à l'américaine., car Si les caractéristiques de polynucléarité sont une chance, elles sont aussi une difficulté.
Si Marseille a été un comptoir grec, elle a aussi été au centre d'un archipel où elle commandait (ce qu'elle a perdu). Elle s'est aujourd'hui rabattue sur le continent (Italie, Allemagne, Suisse).
Comment faire " entrer en métropolité" des gens qui sont d'abord dans des îlots de l'archipel, autrement que par un acte volontaire, politique ?
La structure "fractale " de notre région, ou chaque concentration urbaine peut être associée à un environnement naturel à son échelle, augmente le risque de voir chacun rester chez soi: Istres est une ville, Fos est une ville, et même Si Vitrolles est un cas à part, les villes de l'Etang-de-Berre ne sont pas les banlieues de Marseille, et nous ne sommes pas une suburbia à l'américaine.
Une représentation collective adaptée à la complexité en jeu devrait être interactive : intégrer son propre regard et le regard de l'autre.
Envisager des limites, cela suppose aussi l'illimité. En outre chaque projet a un temps et un espace.
Cette notion de temps est importante pour interpréter la période de trouble, d'incertitude qui marque la fin d'un cycle de 25 ans de dépression, au moment ou l'on pense que cela va repartir.
L'approche par archipel est intéressante pour l'analyse, mais les élus raisonnent avec des limites. La notion de flux, de leur intensité, est significative du besoin de limites physiques.
La notion d'archipel semble décalée avec la réalité économique et sociale que l'on connaît depuis 10/15 ans.
Notre espace à une dimension a-centrique, qui ne définit pas les périphéries d'exclusion. D'une manière générale, le vocabulaire proposé choque nos habitudes de raisonnement cartésien, qui sont mal adaptées aux problèmes complexes. L'approche systémique peut y aider.
A propos des limites port/ville dans le domaine de l'aménagement...
(exposé à partir d'une recherche en cours sur Marseille)
On sent que l'on doit percevoir ces deux entités comme un ensemble, tout en étant en présence de deux territoires, chacun avec un dedans et un dehors.
Ces territoires sont différenciés, discontinus, marqués par une autonomie des formes. Par ailleurs, ces deux entités sont reliées entre elles, un peu comme centre et périphérie. En outre, l'environnement de l'homme, longtemps regardé comme un paysage, tend à devenir l'objet de ses interventions.
On est confronté à une problématique de limite, de frontière, que le développement des réseaux n'a pas supprimée, mais entre les deux entités, il y a des liens spécifiques qu'il faut essayer d'exprimer:
Un premier ensemble de liens peut s'énoncer par les termes d'interaction d'osmose, de mixité, qui semblent pertinents comme dans la disparition de l'opposition urbain/rural, avec l'apparition de la notion de territoire métropolisé.
Il y a des liens qui découlent des représentations et de l'imaginaire : la manière dont les habitants de NICOSIE se représentent leur ville comme un tout est un bon exemple de la force de ces liens.
A contrario, les liens entre centre et périphérie sont aussi marqués par l'opposition entre les intérêts de ceux qui habitent la périphérie, et les intérêts de ceux qui la traversent.
et comment s'en affranchir ou pas
(discussion)
A Marseille, il y a une grille entre le port et la ville. C'est peut-être la dernière limite claire de la ville.
Les grilles du port soulignent une limite qui peut être franchie (par les usagers) voire transgressée (pour approcher la mer).
Si la ville a d'autres accès à la mer, le port ajoute une dimension d'accès à tous les ports, une relation avec le tourisme, voire le ludique, qui fait partie de la modernité.
Cependant, cet espace ne peut être accessible à tous : il y a là une analogie avec le monde rural, où les agriculteurs sont hostiles à une accessibilité ouverte.
La limite, c'est aussi la perspective d'une autonomie, qui fait partie des exclusions de cefte ville, un peut comme les grands murs protégeaient les riches propriétés.
Le port est pluriel, de par la multiplicité de ses fonctions C'est un espace de travail qui implique des rapports entre la ville et la mer. Mais comment jouer cefte communauté de destin?
La spécificité due à la relation avec le mode d'urbanisation s'éclaire quant on compare les bassins de Marseille et ceux de Fos, où s'est installé un tout autre type d' "opérativité".
A cet égard, la situation de Marseille s'oppose au modèle américain, comme Boston ou Baltimore, où il n'y a plus de port.
Sans entrer dans l'analyse du cas du Japon, où l'on construit des îles artificielles devant la ville...
A propos des représentations cartographiques.
La carte des 8 bassins d'habitat de la DDE 13 correspond à un découpage qui vise à être pertinent par rapport au marché du logement et qui se recoupe plus ou moins avec les migrations résidentielles, et avec les migrations alternantes.
Mais l'analyse des territoires de cohérence des actions de la DDE (habitat, infrastructure/déplacements, contraintes de l'environnement, etc...) conduit à un découpage en 10 territoires : Arles - Nord Alpilles - Salon/Ouest Etang-de-Berre - Est Etang-de-Berre - Marseille - Aix - Haute Vallée de la Durance - Vallée de l'Arc - Aubagne La Ciotat - Est du Département.
Les relations interentreprises montrent une autre dimension de l'aire métropolitaine (cf. annexes).
Les relations clients/fournisseurs des entreprises du secteur de l'Etang-de-Berre confirment le fort potentiel de "commandes" de l'Ouest de l'Etang-de-Berre et du Golfe de Fos sur l'Est du Département, et le caractère moteur de l'économie de l'ensemble du secteur de l'Etang-de-Berre.
Plus particulièrement, la localisation des sous-traitants de l'aéronautique donne une idée de l'impact de cette industrie sur l'économie régionale.
Le travail en oeurs sur la cartographie de la "valise" du club permet de montrer que les phénomènes liés à la démographie ne peuvent s'apprécier qu'en s'affranchissant des limites départementales (cartes des ZPIU 13, 83 et 84):
l'essor de la construction (mesuré par le % de logements de moins de 10 ans au RGP de 1990) apporte une véritable mutation des petites communes, sur un périmètre large autour d'Aix et Marseille, avec un impact très fort sur l'Ouest varois (l'accroissement sur les Saintes-Maries de la Mer étant à classer à part).
le taux d'activité de la population tend à suivre ce phénomène, mais avec un décalage, lié sans doute à l'évolution des pyramides des âges.
Les cartes des points d'origine des migrations alternantes à destination ou en provenance de Marseille montrent bien l'étendue de la zone d'influence de Marseille.
On est bien en train de voir un espace se constituer de l'Ouest de l'Etang-de-Berre à Marseille et à l'Ouest varois, avec l'intégration de l'Ouest de l'Etang-de-Berre dans la zone traditionnelle marseillaise.
L'approche "grands chantiers" de la DATAR....
(exposé)
L'approche Midi-Méditerranée inter-grands chantiers délimite trois sous-systèmes
- le système toulousain
- la métropole méditerranéenne
- le sous-système autonome Côte d'Azur
avec en commun un dynamisme démographique spécifique du Grand Sud depuis 1962.
Le sous-système central (la grande plaque) a fait l'objet d'un premier approfondissement sur les soldes excédentaires en emplois et sur les périmètres fournisseurs de ce solde. On manque d'informations statistiques pour aller plus loin, mais on peut néanmoins percevoir trois sous-espaces
- Montpellier-Nimes, avec Alès et Sète
- le grand Avignon
- Marseille-Aix, avec Toulon (la petite plaque).
....propose une théorie qui n'est pas (encore) un système (discussion)
Les cartes de la DATAR sont fondées sur une notion volontariste des réseaux urbains, sans rapport avec la réalité d'aujourd'hui, et qui oublie Perpignan dans une plaque catalane, allant jusqu'à Narbonne.
Mais c'est une vision à long terme qui est importante à travers l'idée d'une plaque centrale en cours de constitution.
Cette vision peut être utile pour permettre aux élus de se placer dans la perspective d'une "Massalie" dans 30 ans, avec le développement du double emploi des ménages dans un espace où l'ont est en tout point à moins de 45 minutes d'une grande ville (100.000 habitants ou plus).
Cet éclairage place chaque projet dans son temps propre, dans son espace propre. Par exemple, Euroméditerranée comme projet de l'aire métropolitaine, l'arbois comme projet de la grande plaque.
Mais ces deux espaces ne sont pas aujourd'hui au même niveau de réalité:
- l'aire métropolitaine apparaît dans cette conception comme étant déjà à un haut niveau d'intégration.
- La métropole méditerranéenne semble plutôt relever de l'intuition géniale que d'une réalité.
Sur le premier espace, l'absence d'organisation actuelle est d'ores et déjà un frein au développement économique et social : on prend du retard sur le plan politique.
Sur le second espace, on doit réfléchir en termes d'aménagement du territoire, de grands projets à l'horizon 2000/2010.
Les concepts globaux recouvrent des différences marquées dans les relations ville-campagne :
- En Languedoc~Roussilon, les villes ont un rapport avec leur environnement proche, qui donne du territoire à la ville.
- Dans l'aire métropolitaine, il y a surtout une forte présence de la Méditerranée n'y-a-t-il pas trop de villes pour un département?
Vu du Nord, on doit se demander s l'on voit vraiment ces espaces dans une même entité.
Par ailleurs, le système urbain va un peu au-delà de ce qu'on peut traiter avec les données, et l'on ne doit pas s'affranchir de la relation à l'espace rural, ni ramener l'urbain à la ville. Par exemple, les migrations alternantes entre Toulon et Marseille ne croissent pas plus vite qu'à l'intérieur de l'agglomération Toulonnaise, et elles restent faibles. Il y a une autre richesse d'échange avec Le Luc, Le Muy, Fréjus, Saint-Raphael.
Les territoires ont parfois intérêt à garder leur mystère...
Le politique prend des décisions qui pèsent sur la forme des territoires, hors du champ de nos analyses.
Il y a moins de zones où l'emploi et les entreprises se concentrent que de zones où la population se concentre. Avec Aubagne, les migrations alternantes avec Marseille se sont ralenties avec Vitrolles, c'est l'inverse : il faut plus travailler sur les flux que sur les stocks.
Il y a un risque de confondre observation et projet:
L'observation tend à faire apparaître un stade de post-urbanisation qui doit nous alerter : on aura mis 30 ans pour arriver à un "haut niveau" d'intégration dans l'aire métropolitaine, mais on a pris 30 ans de retard pour s'en saisir, et aujourd'hui elle n'existe pas encore vraiment.
Ne prenons pas 30 ans de retard pour prendre la mesure de cette Massalie, même s'il semble qu'il y ait encore beaucoup à faire pour en cerner la signification : on est là au stade de l'observation, sûrement pas encore au stade du projet.
Sur l'aire métropolitaine, notre sujet, on est devant une réalité, avec des projets qui nous invitent à aller vers un projet.
A propos du point de vue des Aixois....
(exposé)
Quelques analyses spatio-temporelles (cf. cartes jointes en annexe) soulignent la rapidité avec laquelle bougent les limites (les contours de quelque chose) et les frontières (qui séparent des espaces), qu'il s'agisse des unités urbaines, de l'agriculture, ou de la continuité des espaces construits.
Un regard sur les zones d'influence de villes-pôles en termes de migrations alternantes montre toute la force des liens dans l'aire métropolitaine marseillaise, comparable à ceux de l'axe Nirnes-Montpellier-Sète, et le caractère atténué des liens dans l'espace intermédiaire.
Pour les Aixois, quand on raisonne en zones d'emplois, l'aire urbaine d'Aix-Marseille s'inscrit au Sud-Est de deltas emboîtés, dont le plus grand (Toulon-Sète-Valréas) serait représentatif de l'aire métropolitaine méditerranéenne.
On revient sur la problématique action/représentations (discussion)
Le resserrement de plus en plus fort des relations entre Aix et Marseille et de chacune avec sa périphérie fait qu'il s'agit aujourd'hui d'un bipôle.
En termes de fonctions métropolitaines, Marseille gagne du terrain, mais subit des effets négatifs au niveau des mouvements d'entreprises : 750 entreprises (et 20.000 emplois) sont sorties et dans le même temps, 50 sont arrivées (pour 500 emplois).
Aix commence à se positionner comme partenaire, mais son image (favorable) et l'offre d'espaces aménagés dont elle dispose, la poussent à jouer un jeu propre.
Finalement on a du mal à saisir ce que souhaitent les Aixois dans le cadre de l'aire métropolitaine, et on n'a pas de discours de l'Etat pour clarifier les choses.
La représentation (est-ce un modèle de développement ?) des deux espaces aire métropolitaine/métropole méditerranéenne, semble vouloir dire que la zone est "tirée" plutôt vers le Nord-Ouest.
Peut-on analyser, explorer le futur d'un espace selon ses potentialités et non à partir de son passé?
L'Arc méditerranéen est un espace d'enjeux, qui peut nous éclairer pour l'aire métropolitaine marseillaise
La métropolisation reste à confirmer au niveau de la petite plaque si on se réfère à un espace sud-européen
Les grandes communications (TGV, autoroutes) sont à l'échelle de la grande plaque en termes de capacité à maîtriser et gérer les flux, mais la logistique a des implications sur les projets de la petite plaque (PAM, plateforme logistique...).
La connaissance du bassin méditerranéen est à l'échelle de la grande plaque, mais la fonction du pôle de gestion d'une politique méditerranéenne pour le compte de l'Europe relève de la petite plaque.
La pétrochimie est plutôt à l'échelle de la petite plaque.
Il faudrait arrêter de concevoir des territoires à plat, mais en réseaux, dans une logique "archipelagique".
Mais la logique des choses est différente de la logique du politique qui agit. Il faudrait se situer par rapport à la logique de puissance du monde qui s'organise, trouver avec qui faire la représentation collective de ce qu'on discute ici.
Et la création (l'innovation) d'une unité spatiale à gestion politico-administrative peut entraîner des effets pervers.
On peut souhaiter que l'Etat soit porteur de projet, mais il ne va pas dans ce sens. Cela peut sans doute remonter à partir du terrain, et peut-être conduire à une entité en réseau de systèmes hiérarchisés.
Le projet peut être un élément fédérateur, mais on a vue que des contestations qui ne sont pas dE simples intérêts particuliers, sont nées sur des projets.
Il faut aussi des mécanismes de régulation, des lieux de cohérence et d'arbitrage. Mais la cohérence est-elle vraiment ressentie comme un besoin?