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A propos de l'avenir du grand bassin parisien et des conséquences sur l'Aire Métropolitaine Marseillaise

Compte-Rendu du 26/05/92

A propos de l'avenir du grand bassin parisien et des conséquences sur l'Aire Métropolitaine Marseillaise

Ont participe a cette réunion qui s'est déroulée en Préfecture de Région

Dominique BECQUART, Marcel BENARROCHE, Jean BONNIER, Edith CHOURAQUI, Nathalie DELPIERRE, Pricilla DE ROO, Evelyne DUDOGNON, Jean ECOCHARD, Thierry FELLMANN, Jean-Paul FERRIER, Lucien GALLAS, Daniel GRANDE, Michel GUTSATZ, Anne-Marie HENRIOT, Joèl HERBULOT, André JOLLIVET, Jean-Paul LACAZE*, Philippe LANGEVIN, Michel LAURENT, Arinna LATZ, Michel LORNE, Bernard MOREL, Catherine NAAR, Dominique ORSOLINI, Didier PICHERAL, Guy RAVOUX, Marie RUBINSTEIN, Claire SANJUAN, Jean VIARD, Jean-Benoit ZIMMERMANN

Ingénieur des Ponts et Chaussées. Jusqu'â l'été 1992, Directeur de l'ANAH, après s'être occupé de la ville nouvelle du Vaudreuil, de l'aménagement touristique du Languedoc-Roussillon et de l'aménagement du quartier de la Défense.

A propos de métropolisation



A propos des différents formes de métropolisation

Sur la vieille route commerciale entre Venise et le Nord, partie de l'Europe qui a le plus échappé a la vague centralisatrice des Etats, espace où le pouvoir marchand a su imposer des formes de gestion décentralisée, on assiste a une forme de métropolisation typique, sans dévalorisation des villes, par complémentarité entre elles.

A propos des emplois du Bassin Parisien

Si l'on observe les soldes de création d'emplois. on observe

Mais il faut savoir que de 1973 a .1987, l'Ile-de-France a perdu 325 000 postes de travail dans l'industrie, 110 000 emplois dans le BTP et a gagné 425 000 emplois tertiaires. Cependant la région parisienne reste le lieu de la plus grande concentration d'industries françaises et le poids de Paris dans l'emploi métropolitain national reste considérable.

A propos de la tertiarisation de l'économie et de ses conséquences sur l'espace


On observe qu'en Ile-de-France, il n'y a pas d'étalement dans l'espace des activites. Quand on remplace mille emplois industriels par mille emplois tertiaires, on aboutit a une concentration des lieux de travail et des plages horaires de travail a la Défense, dans un site de 75 hectares, on a ~0 000 postes de travail, donc près de mille postes a l'hectare, car ce type de tertiaire exige des échanges inter-personnels qui contribuent a la concentration spatiale. D'où des conséquences préoccupantes de saturation du réseau de transport en région pari sienne et un retour de la demande solvable vers le centre.

En outre, la tertiarisation appelle une population de plus en plus qualifiée, donc un "embourgeoisement de la population" avec des conséquences sur la consommation de loisirs. Entre 1951 et 1955, on a assiste a une flambée des prix immobiliers et fonciers.

On est aujourd'hui en situation de surproduction de bureaux avec 3M de m2 disponibles a la vente. Les municipalités poursuivent a tort cette inflation et ne veulent plus augmenter le rythme de construction de logements, malgré les réels besoins, en particulier de logements HLM.

La hausse des prix a accéléré le phénomène de désindustrialisation

l'extension "en tache d'huile" est bloquée en Ile-de-France pour des raisons structurelles tenant a trois phénomènes :

L 'hypothèse qui est faite aujourd'hui, c'est qu'une nouvelle Vague de croissance éventuelle conduirait a une hyper-croissance en région parisienne.

A propos de la logique économique des entrepreneurs


Si les entrepreneurs s installent en région parisienne, ce n'est pas pour le plaisir de tout payer plus cher. Leur décision est liée a la taille du marché du travail, les industriels sachant qu'ils vont vivre des a-coups. Dès que le niveau de qualification s'élève, les flux d'offres et de demandes dans les petites villes sont insuffisants. En outre, les licencements se remarquent moins quand on est dans une large marché du travail. Notons que 243 000 personnes travaillent en Ile-de-France tout en n'y résidant pas.

Les entrepreneurs sont surtout sensibles a la nécessité d'adaptabilité ; ils ont besoin de réagir vite, d'avoir des contacts, de sentir le marché, d'être proche du système de branchement sur l'international, toutes caractéristiques de ce système métropolitain.

La stratégie des grands groupes va dans ce sens

A propos du Bassin Parisien

Cet espace est constitué de 6 régions et 2 départements (La Sarthe et la Soane). C'est une partie de la France qui a comme lieu de service régional Paris, les chefs lieux de régions administratives n'ont aucun rayonnement. C'est une partie de la France qui a vécu un millénaire de centralisation.

Le Bassin Parisien est un révélateur intense de tous les problèmes d'aménagement du territoire : les problèmes qui se posent aux villes de la grande couronne, au-delà de 50 Km. de Paris, sont similaires a ceux de la Province. Rouen n a eu son université qu'en 1965. Paris était si près... et on v a tous les services.

Hors Ile-de-France, le Bassin Parisien a 9 millions d'habitants les prestataires de services ont alors un marché de près de 20 millions d'habitants.

Le Bassin Parisien est traversé par beaucoup d'infrastructures mais est en fait mal desservi ce phénomène est aggravé par la priorité au TGV ; le TGV est fait pour mettre en relation des centres villes a grande distance les dessertes grandes banlieues sont moins fréquentes et les petites villes moins bien desservies.

Même a population constante, le développement de la maison individuelle se reporte a 50-60 Km. de Paris et les populations vont consommer beaucoup plus d'espace-temps.

  • Dans la moitié Est, on trouve plutôt les fonctions de transport-stockage

  • Dans la moitié Ouest et en particulier a la Défense l'attractivite est forte pour les chefs d'entreprises, car leurs cadres y habitent (10 Km. autour du Bois de Boulogne),

  • Liés a la commodité, se sont développés des phénomènes technopolitains "spontanés" vers Saclay, issy-les-Moulineaux etc...

    Certaines politiques publiques contribuent a accentuer la concentration

    Les deux Livres Blancs du Bassin Parisien espacés de 20 ans restent identiques, sans doute pour des raisons culturelles et historiques mais aussi car cet espace représente un énorme marché qui plus est, fermé sur lui-même.

    Il n'y a plus aujourd'hui dans le Bassin Parisien d'offre alternative lisible et perceptible par les industriels comme l'ont été en leur temps Orléans-la-Source et le Vaudreuil. Le vide du Bassin Parisien commence aujourd'hui aux portes de l'agglomération car les dynamismes commerciaux nécessaires pour attirer les créateurs d'activités ne sont pas suffisants, alors que Toulouse ou Montpellier ont su le faire.

    Les régions administratives du Bassin Parisien n'ont pas d'épaisseur. sont en recherche d'identité. kêne frange est sous influence parisienne, le reste dans une problématique identique aux autres régions de France.

    Certains espaces du Bassin Parisien ont des atouts importants

    L'approche par le marché dans la région parisienne est essentiel. Quand on a voulu sortir du marché, on a fait les UP. Or la vraie façon de faire du logement social, c'est de prendre place sur le marché foncier, de trouver des opérateurs, de faire une part de logements sociaux et de revaloriser l'image des quartiers pour ses habitants et ceux qui y passent.

    Quand on concentre le logement social, on crée des images sociales "diaboliques" a modifier ensuite.

    Le Bassin Parisien ne produit pas l'offre qui pourrait permettre de dégager le centre de Paris. Le desserrement du tertiaire n'a jamais dépassé Marly Le Roy (ex : la Société Générale) car l'offre n'était pas valable au delà, mais aussi parce que la logique du tertiaire n'est pas la même que celle de l'industrie qui a accepté d'éclater dans l'espace ses différentes activités.

    A propos du Livre Blanc du Bassin Parisien

    "Le Livre Blanc a eu pour fonction de stimuler des réflexions dans un espace ou il y en avait peu.

    Le Livre blanc du Bassin Parisien -premier Livre Blanc de chantier a être publié- a proposé trois scénarios différenciés d'organisation spatiale. Sont joints, a titre d'information, les trois schémas correspondants resitués sur une carte de l'Hexagone. Au-delà de l'exemple fourni par cette approche spatialisée, chacune de ces esquisses fait apparaître un impact fort sur le maillage urbain des autres grands chantiers : l'exemple du projet de réseau métropolitain maillé contenu dans le Livre blanc du Bassin parisien n'a de sens qu'en liaison avec des métropoles de niveau européen a l'extérieur du Bassin Parisien. Il y a donc intérêt a confronter les propositions d'organisation urbaine spécifique a chacun des grands chantiers pour parvenir a une cohérence et un renforcement de la structure urbain de l'ensemble de l'hexagone." (cf. annexe).

    Le premier scénario prolonge les tendance naturelles sur les franges. Rien ne change,

    Le deuxième scénario élargit le modèle concentrique en intervenant dans toutes les villes,

    Le troisième scénario aboutit a constituer des aires polynucléaires plus fortes on métropolise et on fait trois réseaux de villes.

    Pour lutter contre la métropole concentrée du scénario I, le Livre Blanc encourage la défense du scénario 2 tout en gardant "en ligne de mire" le scénario 3 qui risque de conduire a l'abandon de l'idée de communauté urbaine. L'absence de leader dans le Bassin Parisien est pénalisante.


    A propos de l'Etat


    La DATAR considère deux niveaux d'aménagement du territoire

    L'âge d'or de l'aménagement du territoire a reposé sur l'industrie. Ainsi a Toulouse, 25 ans d'efforts de l'Etat ont produit des résultats et la naissance de sous-traitance, même Si l'industrie reste fragile par son marché unique.

    Aujourd'hui, la politique de délocalisation en France reste très marginale

    50 000 personnes de la haute administration française, c'est très peu, alors que l'Etat tient toutes les clefs des grands systèmes d'innovation technologique, comme le CEA... et que c'est la que les opérations de délocalisation auraient des effets.

    Le problème de fond reste le parisianisme, l'interpénétration des élites...

    L'Etat, qui a Paris sous les yeux, s'en occupe sans cesse, il se sent en charge de l'urbanisme de Paris ; le déséquilibre est incessant, d'autant que l'Etat avec la décentralisation s'interdit de trop intervenir sur le terrain.

    A propos du décalage, en termes de stratégie spatiale, entre l'Aire Métropolitaine Marseillaise et le Bassin Parisien


    On peut observer. tout d'abord, que la délocalisation, fer de lance du rapport Paris Province, ne s'appuie que sur les fonctions les plus mobiles et les moins stratégique s, la déconcentration d'emplois du seul secteur public, universités, recherches ou fonctions banales des administrations, encore que la recherche qui n'est plus un monopole parisien soit un succes de l'Amenagement du Territoire.

    Les fonctions les plus stratégiques manquent en Province

    Les villes de province, telles que Milan, Barcelone, et Londres développent des modèles de centralité fonctionnelle, la région parisienne tente de déconcentrer tout en se métropolisant, alors que l'Aire Métropolitaine Marseillaise est la seule grande métropole qui se soit démétropolisée.

    C'est pourquoi la stratégie de l'Aire Métropolitaine Marseillaise doit être

    Le scénario 3 du Livre Blanc propose de rendre polycentrique le Bassin Parisien, alors qu'il est aujourd'hui étale.

    - L'Aire Métropolitaine Marseillaise doit inventer la grande région économique de Provence-Alpes-Côte d'Azur et Languedoc-Roussillon et développer pour cela une capacité d'organisation entre les villes, compte tenu de son éclatement fonctionnel et urbain. Il faut prendre acte de cette !!polycentricité", conséquence de la désindustrialisation mais aussi de la détertiarisation de Marseille.

    Damette qualifie de métropole une ville qui a des emplois métropolitains. Ceux-ci sont répartis dans l'Aire Métropolitaine Marseillaise entre Marseille, Aix et l'Etang de Berre.


    A propos des conclusions provisoires du Livre Blanc de l'Aire Métropolitaine Marseillaise


    Beaucoup s accordent a dire que le modèle décrit correspond mal a la réalité, en particulier parce qu'il est loin du "trajet des acteurs!!, loin de ,l'histoire et de la culture locale, que les stratégies de développement proposées comportent trop de déterminisme et de volontarisme.

    Il ne faudrait pas oublier qu'on se positionne ici entre Europe et Méditerranée, qu'on est a Marseille dans une ville port très marquée par l'histoire et que l'on y vit un conflit "a la Janus". La question qui se pose est de savoir comment utiliser ces caracteristique;5 pour en faire un moteur du développement, pour "entrer dans la modernité" ? Comment créer une identité collective, une cohésion sociale, en vivant les conflits et l'antagonisme entre deux cultures

    Comment créer une communauté de villes en partant des conflits existants ? Comment dire aux élus qu'ils sont de fait dans la même métropole et n'ont pas d'autres choix ?

    On sait aujourd'hui que la métropole n'est plus une ville (sauf pour Paris) ; c'est une région urbaine, c'est un ensemble de villes entre lesquelles la mobilité est forte et pose des problèmes de transport. Une vraie métropolisation suppose que les villes gardent leur spécificité. L'aire en cours de métropolisation sur la façade méditerranéenne s'étend sans doute de Montpellier a Toulon mais souffre d'absence de pouvoir économique. Représente-t-elle la limite maximum du marché de l'emploi ? Il ne faut pas dans ce contexte que l'opportunité d'aménagement de la Joliette soit ratée car de l'hypercentre dépendra l'image de la ville et de son hinterland.

    Beaucoup souligne le rôle essentiel de l'action de l'Etat dans la construction de cette région urbaine, action dont on craint qu'elle ne soit pas suffisamment déterminée et énergique.

    En particulier, l'aménagement du territoire va-t-il permettre de modifier les mécanismes de fond, a savoir la concentration de la filière d'innovation technologique ? Certains n'imaginent pas le développement économique sans industries de pointe et sans services aux entreprises, sachant que les emplois nouveaux dynamiques sont créés plutôt par les petites entreprises sur des créneaux pointus.