Préparation du "Colloque sur l'aire métropolitaine marseillaise"
d'avril 1999
Compte-rendu de la réunion du 24 septembre 1998


Ont participé à cette réunion qui s'est déroulée à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme :

Christian APOTHELOZ, Bernard BARILERO, Emile BAYER, Jean BONNIER, Serge BOSSINI, Jean-François BRILLET, Michel CHIAPPERO, Edith CHOURAQUI, Jean-François COLIN, Roland COURTOT, Michel DELENE, Bruno de MONTSABERT, Evelyne DUDOGNON, Jean ECOCHARD, Thierry FELLMANN, Jean-Paul FERRIER, Jacques GARNIER, Gabrielle GUYE, Camille HAGEGE, Robert ILBERT, Jean-Claude JAGGER, Gilbert JEAN, Jean LAGANIER, Philippe LANGEVIN, Arinna LATZ, Michel PERALDI, Emmanuel PERRAU, Jean PHILIPPE, Didier PICHERAL, Jean PICON, Philippe POULIQUEN, Guy RAVOUX, Françoise ROCCA, Alix ROCHE, Jean-Louis SCHWENDIMANN, Michel TEULE, Etienne TULASNE, Jean VAILLANT, Pierre VERGES, Jacqueline VEYSSEYRE, Martine YVES.


En préalable

Depuis plusieurs mois, l'ensemble de changements politiques et institutionnels que connaît l'Aire métropolitaine marseillaise a renforcé le sentiment qu'elle aborde un tournant décisif pour son devenir. Parallèlement au renouvellement de personnel politique, aux nouvelles arrivées dans les services de l'état, aux changements au sein même du Club, les orientations et les perspectives nationales semblent se préciser: DTA de l'AMM, préparation du contrat de plan ("le plus possible territorialisé" dixit le gouvernement), les schémas de services collectifs (projet de loi sur l'aménagement durable), le CIAT sur Marseille, nouveaux programmes européens (Feder), etc. En même temps on s'aperçoit que de nombreuses décisions qui se profilent sont en contradiction avec un certain état de la "pensée" et semblent faire peu de cas de toutes les réflexions conduites à propos de l'AMM depuis des années... Dans cette conjoncture cruciale, il faut saisir l'occasion de mettre sur la table la réalité de l'AMM dans toutes ses dimensions et à sa véritable échelle. Sans vouloir jouer les Cassandre, il semble pourtant que si on manque cette occasion, l'horizon d'un changement positif pourrait se voir à nouveau repoussé jusqu'à 2015 ! On pourrait bien se retrouver avec les problèmes posés comme dans les années 70...

En 1998 le Club a commencé à s'intéresser frontalement à des sujets qui sont au coeur même de la réalité et de la réflexion: "les gens dans l'AMM". Souhaitant faire un nouveau point d'étape -après "la Métropole inachevée"- on avait avancé l'hypothèse d'un deuxième livre puis celles de Cahiers Périodiques. Compte tenu de la situation, on a finalement retenu l'idée d'un "colloque" en février 1999. S'appuyant sur neuf ans de production du Club, c'est l'occasion de confirmer ce qui au départ était une intuition: il y a aujourd'hui effectivement un territoire de l'AMM et il fonctionne. Plus encore, dans le choix de politiques contractuelles, structurantes et les mutations qui s'annoncent, cette réalité doit être prise en compte à l'échelle pertinente et dans toute son extension. Vu les échéances proches, pour le Club c'est le moment où l'on doit dire des choses fortes et le dire "intelligemment", afin que les décideurs prennent la mesure d'une responsabilité "historique" dans ce qu'ils feront pour l'avenir pour l'AMM. Comment trouver l'outil adéquat pour faire passer le "message"...Quel "message" ?

Quelle légitimité pour le Club...et quelques précautions

Dés lors qu'il est question d'agir collectivement, il est logique que se pose le problème pour le Club de se donner une structure propre, une personnalité morale (association 1901 par exemple). Une telle idée a du être abandonnée parce qu'elle remettait en cause directement les modalités mêmes d'existence et de fonctionnement du Club. Dans ces conditions, sans statut propre, comment organiser un "colloque", à quel titre ? Et plus largement, au delà de la "signature" de l'événement: qui peut parler, de quoi, jusqu'où ? pour qui et pour quoi faire ?

Le Club devrait-il se positionner comme un mouvement politique afin d'infléchir des décisions ? Ou bien le colloque est-il un lieu de présentation, de valorisation de ses travaux et des scénarios qu'il imagine ? Le Club n'est pas une force politique mais le fait d'une pluralité de personnes et d'opinions. Il ne développe ni Une philosophie, ni Une identité. Parce que la règle du jeu est de "laisser sa casquette à l'entrée", on y produit des idées, on y a des échanges, des affrontements et l'on peut user de provocation pour dynamiser la réflexion...Mais comment procéder dans le cadre d'un "colloque" avec un auditoire extérieur ?

Ce type d'interrogation en rejoint d'autres: au plan européen, certains membres du Club sont sollicités pour travailler sur la prospective sur l'Aire Marseillaise. Pour y répondre, doivent-ils utiliser le Club ? Peut-on en sortir un discours sur le "schéma idéal" pour l'AMM demain ?

A priori, on pourrait se réjouir des changements survenus au sein de l'état, de l'Université, à la Région ou au Département...Mais le Club ne tient pas à se trouver, par ce fait-même, en position de "conseiller du Prince". Plutôt que de chercher à donner un retentissement à ses travaux, ne devrait-il pas s'interroger sur les limites des discours qu'il produit ? Il doit en tout cas se garder des excès d'une parole et d'un positionnement d'expert. Sans doute ne faut-il pas dramatiser outre mesure ce "moment de cristallisation" mais plutôt le mettre en perspective dans la vie du Club et penser à son articulation avec la suite de ses activités.

Quoiqu'il en soit, pour le Club, qui jusque là était dans l'ombre, le projet de "colloque" représente un changement de cap. Il ne doit pas renoncer à la parole libre et forte qui se pratique en interne mais il lui faut s'en tenir à la déontologie qui l'a animé, sous peine de se saborder. En l'occurrence, le Club ne cherche pas à "régler des comptes", il a plutôt à inspirer les modalités de négociation. En outre, dans la mesure où le Club représente un milieu particulier, minoritaire (le monde économique y est peu représenté en personne), il se doit de garder une certaine modestie dans les "propositions" qu'il pourrait faire.

à partir des analyses percutantes qu'il a pu produire et qui ne doivent pas être édulcorées, le Club a quelque chose à dire et doit le dire, mais ce "dire" doit être bien construit.

A la poursuite de la (prise de) parole "idéale" ?...

"Comment réfléchir lumineusement et modestement" pour infléchir les politiques ? C'est la question récurrente, latente ou manifeste dans tous les travaux du Club ! D'ailleurs, via ses membres, il n'a de cesse de vouloir "faire passer des messages" dés qu'il peut, là où il peut, et avec plus ou moins d'impact.

Dans la question du "colloque", il y en a deux. La première question envahit tout: de quoi doit-on parler, que doit-on dire ? Les précautions préliminaires sont nombreuses et à double face: ne pas édulcorer mais ne pas être péremptoire, frapper les esprits, alerter mais ne pas fermer le débat, imaginer des scénarios mais ne pas prétendre à un schéma idéal, soumettre au débat ou "faire passer aux forceps" ?

La deuxième question est celle de la "forme" de la manifestation. N'y a-t-il pas une contradiction de fond entre les (bonnes) intentions, le souhait dynamique du Club et la forme "colloque" telle qu'elle se pratique souvent: joute d'orateurs savants ou complètement abstraits, tribune, auditoire profane, médusé, ou rongeant son frein ?...

C'est pourquoi il faut certainement essayer de trouver une forme qui mette chacun en rupture par rapport à son, à ses rôles institutionnels ou politiques. Dérouter chacun des sentiers battus afin que chacun dise ce qu'il a à dire, en étant lui-même...Sans être trop naïf, on peut imaginer poser ainsi, au moins, des conditions de possibilité d'une forme"éruptive" de la réflexion, de l'échange, où le vivant reprendrait la place centrale (comme origine, et comme projet)...permettant ainsi d'agir la métropole.

Le colloque est un moment particulier pour traduire collectivement les avancées: il faut à la fois faire la synthèse de ce qu'on a à dire et se demander comment et à qui le dire. Il ne s'agit en aucune façon de la "bonne parole" commune qu'il s'agirait de porter à des "imbéciles" ! Cela demande un travail de préparation et de mise en scène. De cette question de la "forme" ou de la formule à adopter découlent les suivantes: "Qui convoque (qui) ?", à moins que ce ne soit "Qui interpelle (qui) ?" ou encore "Qui invite (qui) ?"

Des idées en commun sur l'AMM

à proprement parler le Club n'a pas d'idées homogènes sur l'Aire Métropolitaine Marseillaise et ce qui est probablement le plus original dans son activité, c'est l'accumulation et l'élaboration contradictoire de savoirs sur ce territoire. Restituer les points nodaux sur lesquels les travaux du Club ont été contraditoires et productifs est certainement un des ressorts à exploiter pour dynamiser et renouveler les approches.

Pour autant, les membres du Club ont en commun des idées-clés. Loin d'être une évidence sur le terrain, la première concerne la définition d'un même paysage, sur lequel porte la réflexion. Un territoire, c'est d'abord un espace physique et en effet, les conditions physiques dans lesquelles elle s'instaure sont fondatrices pour l'AMM.

Le Club n'a cessé de travailler sur toutes les formes de métropolité selon des entrées diverses (économie, société, transports, etc.). L'ensemble de ces travaux tendent à montrer que la façon dont les habitants vivent leur AMM ne correspond pas à la manière dont les institutions, administrations et collectivités locales l'abordent. En leur sein, une conception très répandue veut que certaines questions ne regardent que les niveaux "classiques" existants (telles que la commune). Or, il y a des phénomènes, des activités, des pratiques et des lieux qui sont métropolitains, qu'on le veuille ou non: le Théâtre de la Criée, Chateau-Gombert, Plan de Campagne, l'Aéroport et bien d'autres encore. Dire, un peu vite, que la ville de Marseille est le "centre de l'AMM" est abusif: ce n'est pas la commune de Marseille mais le Centre-ville de Marseille qui est le "centre" de l'AMM. Il est clair que l'idée selon laquelle il faut laisser les choses s'organiser selon les limites administratives et institutionnelles existantes, est un peu courte, pour ne pas dire dangereuse.

Dés lors, il s'agit de (dé)montrer que ce territoire fonctionne autrement et de façon plus ouverte que ne l'imaginent les institutions. On peut rappeler une séance du Club au cours de laquelle un consensus s'est produit sur le constat que l'AMM -ce dispositif urbain- a un caractère éruptif et inopiné par rapport au politique. Ce "débordement" par rapport au territoire se manifeste dans le "phénomène Plan de Campagne": on ne l'a pas vu venir et pourtant il existe fortement. Il constitue une des centralités de ce territoire polynucléaire. D'ailleurs, on peut se demander si, pour le colloque, il est judicieux d'employer le vocable "Aire Métropolitaine Marseillaise", dans la mesure où celui-ci suppose une organisation centre/périphérie ? Il y a ici des noyaux urbains forts qui ne se retrouvent pas dans les institutions existantes: ne vaudrait-il pas mieux parler d'une "Région Urbaine"?

Il est essentiel de montrer aux élus et aux responsables ce qu'est cette métropole concrètement et où sont ses centralités (économiques, culturelles etc.). Dresser le catalogue des centralités éruptives, celles qui nous ont "pris par surprise", mettre en évidence ces lieux, peut être décisif et pédagogique quant à la nécessité de penser ce territoire autrement...Toutefois et dans le même temps, il faut rappeler haut et fort qu'une ville se construit aussi avec des choix et des décisions politiques et techniques et montrer comment cela a été et est notoirement le cas dans l'AMM.

Malgré les découpages administratifs, institutionnels, l'AMM a une unité. Or, on entend de plus en plus évoquer le principe d'une juxtaposition des intercommunalités comme étant la solution. Quand bien même les intercommunalités seraient des "faits irréversibles"(?), on ne peut nier qu'elles vont engendrer des segmentations. Il y a grand risque que les intercommunalités qui émergent, se figent et interdisent de considérer le territoire l'AMM à l'échelle pertinente pour son développement.

Dans le contexte actuel, ces éléments de réflexion partagée au sein du Club prennent davantage d'importance. Quelques exemples le soulignent encore. Ainsi, face à la restructuration de l'Université en cours, on ne peut que s'inquiéter d'une tendance qui se renforce de façon sensible: celle d'une segmentation croissante entre Aix et Marseille - jusqu'à la rupture (?) - alors même qu'il est vital que les deux sites fonctionnent ensemble. Quant à la question centrale, ancienne et récurrente des transports collectifs rien n'avance au plan qualitatif dans le territoire: il reste les discours, les "yaka...", quand ce ne sont pas des solutions toutes faites et à très courte vue qui sont proposées. De telles perpectives justifient qu'un événement comme ce "colloque", en prenant le recul nécessaire, permette aux responsables et aux élus d'avoir, une vue moins myope, moins partiale et plus complexe de l'ensemble AMM.

Quelle structure d'accueil ?

Pour ne pas inhiber la réflexion, le Club envisage que l'Université (i.e les trois Universités) soit le support organisateur du colloque . L'IMT Chateau-Gombert pourrait également être une possibilité intéressante dans la mesure où y sont représentés l'état, le CNRS, l'IRIA, et la Chambre de Commerce via les Ecoles...

En tout état de cause, l'Université ne veut en aucun cas se substituer au Club: elle se propose comme lieu d'accueil de la manifestation. Pour autant, elle n'est pas un lieu neutre: ses dysfonctionnements, la dichotomie entre Aix et Marseille sont patents et il y a là, pour ses responsables, d'autant plus de raisons et d'urgence de prendre position à l'échelle de ce territoire. Si l'Université se confirme comme le lieu adéquat, il ne s'agit pas pour autant d'un colloque universitaire. Le Club ne s'abrite pas derrière l'Université mais s'appuie plutôt sur elle.

Vers qui ?

S'adresser le plus possible aux"décideurs" est un des objectifs du colloque, que ceux-ci représentent le secteur public ou privé.

Au delà des chefs de cabinets, des responsables institutionnels et des techniciens, les élus sont une cible prioritaire, vu l'impact recherché sur les choix et les urgences décisionnelles. Comment donner aux élus une "bonne raison" de venir ? Très pragmatiquement, leur participation massive -et indispensable- ne peut probablement passer que par leur présence à la tribune, à un moment ou à un autre. Le problème en la matière est d'éviter la langue de bois et les discours généraux. On peut imaginer qu'invités à la tribune, ils soient d'abord tenus d'entendre les analyses sur l'AMM. Une fois ce portrait brossé, ils réagissent à chaud et sur des questions précises, concrètes. Vu d'Aix, d'Aubagne ou d'ailleurs, que pensent-ils de la métropole marseillaise ? Que connaissent-ils, que pensent-ils des déplacements, des pratiques des habitants, de l'organisation des transports ? etc. Pour sensibiliser fortement les élus à la dynamique de ce territoire et ne pas se couper des communes qui n'appartiennent pas à l'AMM, il faut sans doute se garder d'évoquer trop exclusivement l'AMM stricto sensu.

L'autre cible est celle des acteurs socio-économiques. On peut rappeler que les milieux économiques désignent ce territoire comme "une aire de pertinence économique". Ce type de définition est intéressante à retenir. Elle s'accompagne d'un élargissement des questions posées. C'est le cas du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants) qui se demande s'il doit ou non, et comment intervenir davantage dans le débat sur le territoire. Ils sont, comme beaucoup, demandeurs d'éléments de réflexion en la matière.

S'il semble peu pertinent de rassembler décideurs privés et élus sur l'idée d'un "schéma idéal" pour l'AMM, par contre, il semble possible et judicieux de faire du colloque un moment de pédagogie, de partage des analyses et de débats sur des éléments de propositions.

Pistes et principe de déroulement

Cette manifestation est un lieu de travail, de construction d'argumentaire et à la fois l'occasion d'un regard porté, de l'extérieur, sur l'AMM.

Pour être féconde, attentive et de qualité, la participation au colloque requiert pour les publics visés des disponibilités et des efforts importants en terme d'emploi du temps: aussi a-t-on choisi de limiter les travaux à une journée et demie. Pour ce colloque-éclair - et si possible éclairant - il faut donc mettre au point une rythmique efficace des contenus et des prises de parole, de l'analyse et de la "production".

On peut imaginer qu'une première partie (1er jour, ou 1ère demi-journée) revête, par les analyses présentées, un caractère dense, sérieux, motivant, voire provocateur. Cette première partie pourrait être consacrée à une approche analytique. Elle devrait comporter également un regard géostratégique (Europe, Sud, etc.) et des regards extérieurs (régions voisines) portés sur l'AMM et ses réalités.Un intervenant pourrait ensuite proposer une trame sur les Gens de ce territoire (les débordements, les circulations, les centralités, etc). Ensuite, un travail de zoom sur certaines réalités fortes serait effectué (déplacements, logistique, économie, enseignement). Ces sujets seraient traités à plusieurs voix, comme cela se pratique de façon féconde dans les séances du Club. Une synthèse interviendrait à la suite. Quant à la deuxième partie (la deuxième demi-journée), elle pourrait être consacrée à la production de réflexion et de perspectives, basée sur une approche par scénarios (scénarios "outrés").

Plutôt que des convictions ou des préconisations ex abrupto, il s'agit de partager des points d'ancrage structurants pour la réflexion et l'action sur l'AMM. Pour cela, il faut afficher les outils de réflexion que le Club a pu accumuler et convaincre de l'intérêt de pratiquer de nouvelles approches sur ce territoire.

Première partie: des analyses, des angles d'attaque

Les thèmes transversaux

Tout en se méfiant du caractère fastidieux et réducteur du traitement thématique, il faut choisir des thèmes exemplaires et montrer à travers eux que des niveaux métropolitains ne sont malheureusement pas pris en compte.

S'ils sont presque devenus des évidences pour les membres du Club, certains angles d'analyse doivent être rappelés afin qu'ils puissent être exploités concrètement dans les prises de décision. Ils concernent par exemple: les modes de consommation, de déplacements (les flux croisés, les échanges de flux entre Marseille et Aix, etc.), la compréhension de l'économie (diffusion des pôles d'activités, grandes zones commerciales de l'Aire, diverses stratégies économiques), la logistique (localisation des entreprises, nouvelles technologies... ), les fonctions métropolitaines et leur localisation (culture, santé, université, commerce...), l'articulation de ce territoire avec les territoires régionaux voisins (Métropole Azuréenne, aire lyonnaise, ouest-Rhône) ou plus éloignés (Europe, etc.).

à différents degrés, les phénomènes observés posent problème, principalement, parce qu'ils ne sont pas régulés. C'est le cas par exemple de la politique d'implantation d'entreprises (les concurrences font perdre des implantations), de la santé, de l'enseignement supérieur, des transports ou encore des déplacements. Sur ce dernier exemple, un document comme le Schéma de Voirie ne saurait suffire à régler les problèmes et il serait indispensable de comprendre plus largement les dynamiques de déplacements.

Sur des thèmes forts, une méthode intéressante peut consister à travailler à partir de la subsidiarité. Il s'agit de repérer le niveau communal, le niveau intercommunal et de pointer là où il est devenu indispensable de penser un niveau métropolitain.

Il est également nécessaire de considérer l'AMM en relation avec son environnement (Montpellier, Toulon, et au delà) et de dégager les différents niveaux d'articulation. Concrètement cela permettrait d'évoquer les conditions nécessaires pour que l'AMM fonctionne mieux et en particulier, la question de la fiscalité. D'ailleurs manquant de données sur ce sujet , le Club aura besoin de drainer en amont des éléments d'analyse.

On l'a déjà souligné, il faut, pour ce "colloque", se garder autant que possible des travers techniques. Aussi faudrait-il s'appuyer sur des éléments descriptifs, thématisés sur des logiques de vie. Sans être forcément sociologue, il apparaît qu'une des questions centrales est celle des habitants: l'évolution du peuplement à partir des analyses d'aires urbaines (une pédagogie simple), il est important de présenter les analyses qui ont été esquissées l'an dernier sur "les classes moyennes", dans lesquelles on a posé la question des segmentations sociales et des inégalités.

De façon synthétique, les thèmes horizontaux ne pourraient-ils pas être libellés ainsi: la citoyenneté, la subsidiarité, les socialités éruptives, la régulation ?

Un regard en terme de système

Actuellement huit schémas de services collectifs sont en cours de définition au niveau national ! : deux schémas sur les transports (marchandises / voyageurs), un schéma sur l'enseignement supérieur et la recherche, un schéma services culturels, un schéma espaces naturels et ruraux, un schéma énergie, un schéma santé, un schéma nouvelles techniques de communication (mais aucun Ministère n'est dédié à cette question). Bien sur nombre de questions recoupent plusieurs de ces schémas: par exemple les médecins sont concernés par le schéma de l'Enseignement Supérieur, comme par celui de la Santé, mais comment situer la question des CHU ?

Comment tous ces schémas vont-ils bien pouvoir être attachés ensemble et à plus forte raison à l'échelle du territoire "local" ?! Si on examine par exemple le schéma de l'enseignement supérieur, on est "terrifié" de l'échelle à laquelle il est pensé: celle-ci est si énorme que les documents n'ont plus aucun sens. On s'aperçoit qu'il s'agit là non pas d'un changement d'échelle, mais véritablement d'un changement de nature.

Néanmoins ne pourrait-on pas examiner ces schémas et pour chacun des huit, indiquer ce qui est de l'ordre du possible en terme de négociation et trouver le partage de ces enjeux ? La première partie du colloque ne pourrait-elle pas être aussi l'occasion de faire une analyse stratégique des enjeux structurants de l'AMM et de déterminer quels sont les leviers actionnables ?

Cette piste de travail consistant à revisiter les huit schémas demande toutefois des précautions: si l'on reprend ces schémas, on se retrouve en effet dans une vision programmatique qui indiquerait que le Club est capable de produire des programmes pour la région. Or il ne travaille pas de cette façon et n'ayant pas de proposition politique à faire, il n'a pas à fournir des réponses hiérarchisées telles que des programmes.

En tout état de cause, il faut se méfier d'une approche par trop fonctionnaliste (celle de l'état), d'autant que le Club a mis en évidence une certaine épaisseur de ce territoire. Il y a sur l'AMM des noeuds de problèmes qu'il faut restituer. La question des déplacements, du territoire physique et du territoire économique est essentielle et mérite qu'on argumente sur les enjeux métropolitains. Dans cette logique, il faut probablement insister sur le fait que l'AMM est une métropole en cours de métropolisation et qu'elle est en quelque sorte la version territorialisée de la mondialisation économique, avec comme points forts: la mobilité, la diffusion des biens et des services (ingénierie politique). D'un certain point de vue elle marche bien parce qu'elle est suréquipée en infrastructures pour les transports individuels ! Elle est un atout formidable pour sa région. Comme partout ailleurs, c'est aussi une métropole qui se fait toute seule, et "ça marche d'autant mieux que c'est justement, le désordre, le b...", que ça circule beaucoup.

En terme systémique, ce qui compte c'est de réguler et de prendre en compte les "noeuds" du système. Peu importe le grand "désordre" dans ce système complexe, il faut se concentrer sur les noeuds qui semblent le plus pertinents et sur lesquels agir. Entre autres exemples, il faudrait une régulation avec les institutions sur les transports collectifs, ou sur les grands services qui créent de l'intelligence collective (Ne pourrait-on pas imaginer une "école" de régulation méditerranéenne ?)...

Mettre l'accent sur le fonctionnement des décisions politiques

Le fonctionnement du territoire doit être analysé de plusieurs façons. Il y a certes un discours de type aménagiste et de contrôle du territoire, mais on peut également tenir un autre type de discours : il concerne le fonctionnement politique et institutionnel. En la matière, il faut se garder de séparer trop vite et de façon trop commode d'un côté, "l'élu" avec sa légitimité et de l'autre, la technocratie. De fait, les élus sont entourés de techniciens qui préparent leurs décisions.

Sur cette question du fonctionnement politique, il faut pouvoir revenir précisément sur les mécanismes de la prise de décision (en particulier de celles qui se sont avérées être de lourdes erreurs) et de l'absence de débat véritable dans l'AMM. Ces phénomènes méritent au premier chef d'être analysés. Il est nécessaire qu'une réflexion sur les milieux décisionnels soit faite afin qu'on puisse tenir compte de ces données dans l'analyse du système et montrer en quoi des fonctionnements et des dysfonctionnements l'affectent.

Parallèlement et a fortiori face à un public d'élus, il est indispensable d'avoir "quelque chose" à dire et de donner "matière à penser" sur le fonctionnement citoyen et le jeu démocratique. Au niveau de l'AMM, et au delà des logiques technocratiques, la citoyenneté doit avoir une place très importante dans la réflexion.

Parler d'intercommunalité: à quel moment et comment ?...

Pour certains, les intercommunalités sont de vrais obstacles à la métropolisation. Malgré ces réticences souvent justifiées, n'a-t-on pas intérêt tactiquement à présenter dans un premier temps un discours, si ce n'est "positif", du moins neutre et travailler à partir des exemples d'intercommunalités qui "fonctionnent" déjà...?

Pour commencer, on pourrait présenter une analyse historique, tendancielle de ces formules, avec des exemples choisis dans d'autres régions, et montrer en quoi elles ont pu avoir un intérêt, une efficacité à ce moment particulier ou dans ces conditions particulières.

On peut d'ailleurs porter au crédit des intercommunalités actuelles le fait qu'elles cherchent, dans une logique démocratique, à ne pas perdre la cellule de base commune permettant la négociation et le débat. Faire en sorte de ne pas perdre cette dimension du jeu démocratique peut être aussi important que la pertinence économique ou les "risques" que les intercommunalités font courir. De plus, si certains états de fait sont métropolitains, il ne faut pas oublier qu'ils sont pris dans le glacis des politiques et que l'organisation du territoire est effectivement portée par les élus...

Pour autant, dans le concret des activités, de la vie quotidienne et du développement de l'AMM, l'intercommunalité est loin d'être la réponse. On peut pas ne pas s'inquiéter du fait que -ès qualités- le Maire de Marseille puisse décider seul de l'avenir de l'Université ! Par exemple, en tant que citoyen aixois ou aubagnais, usager des équipements de niveau métropolitain situés à Marseille, en aucun cas on ne peut élire, faire pression ou demander des comptes à ceux qui décident du destin et des activités de ces équipements...

Tout ceci montre qu'il y a un "piège" de l'intercommunalité. D'où la question: comment en parler et à quel moment dans le colloque ? D'une part, il faut parler d'abord de ce territoire et démontrer la négativité des segmentations : marginalisation de certaines zones, activités et populations, privilège pour d'autres zones, activités, populations. Il ne faut pas non plus oublier que c'est pour des raisons diverses, multiples, opposées ou équivalentes, que des entreprises, des catégories, des personnes, choisissent ou délaissent tel ou tel espace à tel ou tel moment. D'autre part le problème fiscal est posé dans le projet Chevènement et l'intercommunalité est malgré tout au coeur du débat. à ce propos, dans le colloque, on peut imaginer que les élus n'accepteront de dire vraiment ce qu'ils en pensent que dans la mesure où les présidents des intercommunalités seront là pour l'entendre...

En terme de déroulement, il semblerait judicieux de parler d'intercommunalité plutôt en fin de colloque, afin d'éviter de s'engluer et de "plomber" toute perspective autre.

Demander des apports extérieurs

Depuis sa naissance, le Club a régulièrement sollicité des apports extérieurs pour nourrir et éclairer ses travaux. Sur plusieurs sujets, ils seront très utiles dans le cadre du colloque.

à l'égard du fonctionnement politique et de la prise de décision, il serait très intéressant qu'un politologue soit capable d'analyser de façon comparative comment se prennent les décisions politiques, quels en sont les éventuels ferments "identitaires", comment s'appuie -t-on sur les réalités locales porteuses.

L'exemplarité est un outil pédagogique. Il faudrait pouvoir faire des comparaisons avec des "métropolités" qui fonctionnent ailleurs. Il serait ainsi profitable de solliciter élus et responsables d'autres métropoles (en France ou en Europe), afin qu'ils présentent des exemples de politiques et d'approches différentes de la question métropolitaine. Sur la question des citoyens dans la métropole, on peut s'intéresser au phénomène associatif et à la façon dont, dans certaines villes comme Lille, les associations de citoyens sont prises en compte.

Les chercheurs pourraient également apporter leur éclairage sur les effets de la métropolité en France, où l'on perçoit un début d'acceptation des phénomènes de métropolisation (cf. le Grand Lille) dans certains endroits, alors qu'en AMM, il y a une certaine résistance à ce phénomène .

Dans la mesure où il faut positionner l'AMM par rapport aux grands enjeux européens, il est indispensable qu'un intervenant extérieur, qualifié au plan européen, puisse parler de l'AMM de ce point de vue et en débattre.

Dans l'idéal, il faudrait faire en sorte que ce qui se dira lors de la première partie -l'éclairage général- ait fait l'objet d'un texte écrit et distribué auparavant aux élus et invités.

Deuxième partie: approche par scénarios

Après le travail d'analyse et de confrontation la deuxième partie est consacrée à une réflexion en terme de scénarios très contrastés pour l'avenir de l'AMM. Ils répondent à ce type de questions: qu'est ce qui se passe si on en reste à des segmentations - croissantes, multipliées - ? si on ne fait rien du tout ? si on essaie de faire autrement, etc. ? Etc. Entre un scénario-catastrophe planétaire et un scénario idéal miraculeux, le scénario de la médiocrité et donc du pire est -il le seul envisageable ?

Le travail de scénarios est évidemment nourri de ce qui a été présenté et débattu dans la première partie. Loin d'être abstrait, il intègre par exemple les modalités de la prise de décisions et des fonctionnements politiques, tels qu'ils ont été repérés dans l'AMM. Pour montrer la constitution des phénomènes à coup de décisions -et souvent prises "dos à dos" - on utilise des documents cartographiques.

Le style d'animation: à imaginer...

A ce stade de l'avant-projet, rien n'est encore arrêté quant au mode d'animation

Une formule peut consister à organiser une première séance plénière en amphi. Ensuite une règle du jeu est posée pour travailler par ateliers de réflexion. Ce travail est suivi d'une mise en commun. On peut imaginer de travailler autour d'une table et par petits ateliers parallèles sur des textes de base. Après discussion, un modérateur en fait la synthèse. Des mots-clés sont conservés. Une assemblée plénière se tient avec des "grands témoins" qui disent en dix minutes ce qu'ils ont entendu et retenu. Cela se passe dans un endroit confortable et accueillant qui donne envie de se prêter à cette pratique dynamique, impliquante et susceptible de conséquences et d'effets sur le réel. C'est l'idée d'un espace véritablement public dans lequel le face à face généralisé retrouve toute sa dynamique...

En conclusion provisoire

Quoiqu'il en soit de l'organisation retenue pour le déroulement, en terme de contenu, il faut que soit d'abord menée une réflexion sur le système et ensuite, une présentation des points forts sur lesquels on peut (et il faut) produire, avec pertinence, de la régulation.

Il y a deux pôles opposés au sein du Club et qui ont quelque chose de fondateur: pour un pôle il s'agit aller plus loin dans l'idée de territoire, pour l'autre il faut aller plus loin dans l'idée de régulation (ce qui renvoie aux élus, aux débats, citoyens de base...). Restituer la vigueur de cette parole plurielle semble important. Ces deux voix, représentatives des deux pôles de la réflexion et de la production d'idées du Club, ne pourraient-elles pas être entendues, complétées, mises en perspectives, ou en danger par des apports autres ?

Le colloque, ce doit être aussi la restitution de "paysages intellectuels", avec des témoignages vivants, des projections, etc. Plusieurs choses dés lors sont à mixer: la parole du Club (les ténors), les experts extérieurs (qui ont été déjà invités précédemment par le Club et à solliciter à nouveau) et des témoins extérieurs (extérieurs à nos mondes). Il faut agencer tout ça...