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Sommaire
Étude de cas de trois villes européennes: Rotterdam, Glasgow, Duisburg sur Rhin
A propos de Rotterdam....
Contexte historique, rappel
Changement de politique
"Le nouveau Rotterdam": trois projets
Rotterdam et la politique d'Aménagement du territoire
La réforme de l'administration territoriale: un modèle proposé
Quelques remarques et questions
A propos de Glasgow....
Contexte historique, quelques éléments
Premier virage
Deuxième changement : la politique de communication
Les campagnes d'images
"Glasgow, capitale culturelle de l'Europe 1990": événement et effets...
L'emploi à Glasgow aujourd'hui
Occultation spatiale, décalage des compétences, volatilité des entreprises
A propos de Duisburg....
État des lieux
Politique de projets et restructuration administrative
En accompagnement: la communication-image
Spécificité municipale: lobbying et visée européenne
Quelques remarques sur l'image, le positionnement, les modes d'actions
A propos de quelques comparaisons....
Rotterdam, Glasgow, Duisburg et l'AMM
Développement économique, espace et questions d'emploi
Un compromis métropolitain introuvable ?
La coopération: singularités, risques, précautions, conditions, vertus
La dynamique des projets: enthousiasme, désir de croire et rationalité différée
Traitement des centres-villes et villes polarisées
AMM: la question du positionnement externe sous-estimée
Potentiel touristique original: ressort de communication et de développement
Développement métropolitain, développement durable, questions
A propos de l'aménagement coopératif ou "communicatif"....
Le concept et les applications dans l'aménagement en Allemagne
Sources des approches coopératives ou "communicationnelles"
La communication, la résolution alternative des conflits
Systémique
Les principes de fonctionnement
Un nouveau profil: aménageur-animateur
Le contexte allemand
Les exemples de processus de concertation: Hanovre, Rhénanie-Nord Westphalie
En manière de conclusion ouverte
A propos du travail de réflexion sur la DTA de l'AMM....
La méthode en marchant
Un manque de données à l'échelle pertinente
A propos de quelques caractéristiques métropolitaines....
A propos des enjeux dans un contexte élargi....
A propos de présentation et de rédaction de la pré-étude....
Étude de cas de trois villes européennes: Rotterdam, Glasgow, Duisburg sur Rhin
Préalable
Par politique de positionnement international, on entend un ensemble
de mesures prises explicitement pour mettre en valeur un espace
pour une implantation économique et lui donner une visibilité
internationale. Ces politiques sont en général le
fait de très grandes villes. La problématique de
l'intercommunalité et donc l'échelle supra-communale
sont tout de même présentes dans les discours.
Ces démarches de positionnement international doivent être
situées dans un contexte d'objectifs multiples et non pas
uniquement économiques.
Trois types de stratégies différenciées ont
été étudiées. Rotterdam a été
choisie pour ses opérations d'urbanisme, sa restructuration
administrative et le soutien qu'y apportent l'État et sa
politique d'aménagement du territoire. Le cas de Glasgow
est significatif d'une politique de communication externe, axée
sur la performance culturelle de la ville et l'opération
de réhabilitation du centre. Quant à Duisburg, il
s'agit d'y étudier la démarche de restructuration
administrative et les questions d'intercommunalité.
Historiquement, Rotterdam est la ville industrielle et ouvrière
des Pays-Bas, façonnée par le port, la présence
de la pétrochimie et la construction navale. Elle est le
"noyau dur" du système urbain du Pays. Les fonctions
administratives comme les fonctions économiques de décision
sont, elles, situées dans des villes plus attrayantes,
la Haye et Amsterdam.
Largement détruit en 1940, le centre-ville a été
reconstruit dans l'esprit de l'architecture moderne, dont la ville
était un foyer important (groupe De Stilj). De grands immeubles
de bureaux s'y sont multipliés, tandis que les grands ensembles
de logements étaient construits à la périphérie.
Par ailleurs le port s'est étendu de plus en plus vers
l'ouest et les bouches du Rhin (40 km à l'ouest de la ville).
S'éloignant du centre-ville, il laisse derrière
lui de nombreuses friches industrielles. Dans les années
70, on pratique une politique " progressiste" et
un aménagement participatif qui cherche à préserver
les structures existantes et à ranimer le centre comme
zone d'habitat.
La crise économique et celle de la construction navale
soumise à une concurrence croissante, et celle de l'hinterland,
s aggravent par la suite, et le chômage connaît un
très forte progression.
Au déclin de l'industrie s'ajoute la péri-urbanisation,
en particulier celle des populations aisées.
Dans un tel contexte, la politique des années 70 est remise
en cause. On considère dés lors, qu'il faut reprendre
la construction de locaux à vocation tertiaire et travailler
à la reconversion économique en articulant un secteur
de services autour du port qui est le premier potentiel de la
ville, et la clé du développement de Rotterdam;
il s'agit d'améliorer son organisation interne, ses liaisons
avec l'hinterland( ferroviaires) et de diversifier ses activités.
La politique de restructuration de la ville à mettre en
oeuvre vise donc à développer le secteur tertiaire
tout en attirant au centre-ville des populations aisées,
soit pour y résider soit en tant que touristes journaliers.
L'Aménagement du territoire néerlandais, redéfini
à la fin des années 80, soutient Rotterdam dans
ces choix de développement.
Un premier projet concernant le centre-ville prévoit le
développement du tertiaire, du commerce, la création
d'une zone de loisirs et de culture à proximité
du fleuve. A l'activité économique doit s'ajouter
la réurbanisation de populations jeunes et aisées
et le tourisme quotidien. Celui-ci vise autant les clients de
la région (shopping, restaurants, sorties) qu'une clientèle
plus lointaine attirée par le tourisme urbain (hôtels,
offres culturelles, patrimoine architectural...)
Le deuxième projet est celui du Kop van Zuid (la pointe
du sud). Cette opération porte sur une friche portuaire
de la rive sud du Rhin, de forme péninsulaire. Au programme:
5000 logements, 325 000 m2 de bureaux, 95 000 m2 consacrés
à l'hôtellerie-restauration et aux loisirs. Cette
zone jouxtant au sud un quartier concentrant les problèmes
socio-économiques, on y construira également du
logement social. Le nord de la zone, lui, accueillera des logements
de standing.
Destiné à être un lieu-phare du tertiaire,
l'opération s'articule à la fois au port, à
un grand marché spécialisé ( fruits exotiques),
et à la création d'habitat de luxe au centre.
Soutenue par l'État, la ville s'est engagée dans
l'opération en faisant au préalable de gros investissements
sur la voirie et une station de métro.
Les choix urbanistiques faits pour les deux opérations
sont très affirmés: le projet du centre-ville prévoit
une high-rise-zone qui concentrera des buildings de bureaux et
de logements au bord du fleuve et le long d'un axe routier principal.
Pour relier le centre au Kop van Zuid, le nouveau pont Erasmus
a fait l'objet d'une esquisse futuriste de grande qualité
qui a reçu un large accord de la population, malgré
son coût sensiblement plus élevé qu'un projet
concurrent, plus classique. Enfin, le Wilhelmina Pier (quai du
Rhin, côté sud) confirmera l'allure de waterfront,
par une architecture de qualité et à haute élévation.
Les choix architecturaux veulent exprimer la dynamique, la croissance
et la force de la ville...
Enfin, le troisième projet du Noordrand Rotterdam (marge
septentrionale de Rotterdam) a été conçu
et décidé, mais n'a pas pu être réalisé
en raison des investissements considérés comme trop
lourds. Dans la mesure où il avait fait l'objet d'un véritable
choix politique, il est toutefois intéressant de le décrire.
A proximité de l'aéroport régional de Rotterdam
et malgré sa position périphérique, ce site
est bien desservi par les transports collectifs régionaux.
Le projet consiste:
- à proposer des terrains de qualité à des
entreprises de production innovantes. Cette zone d'activités
n'est pas une fin en soi, mais on en attend des effets structurants,
une impulsion technologique pour le tissu économique de
toute l'agglomération
- à résoudre des problèmes d'infrastructures.
Vu l'importance de l'aéroport d'Amsterdam, on ne prévoit
pas l'extension de celui de Rotterdam; il s'agit donc de renforcer
son rôle d'aéroport régional, en prolongeant
les pistes d'atterrissage (opération complexe vu la proximité
de l'habitat). Des infrastructures autoroutières s'y ajouteront
(également problématiques...).
- à créer enfin une zone résidentielle haut
de gamme, complétée par une zone naturelle de loisirs.
Rotterdam et la politique d'Aménagement du territoire
La politique d'expansion de la Ville de Rotterdam s'inscrit dans
la logique de l'État néerlandais qui soutient et
participe à des projets de ce type à plusieurs endroits
(Amsterdam, La Haye). Ses choix expriment fortement la réorientation
de sa politique d'aménagement du territoire et se traduisent
également par l'initiative de restructuration des administrations
locales.
Dans un document de 1993, l'État esquisse une politique
qui concentre les moyens sur le Randstad, au coeur fortement urbanisé
du pays. Ce pôle de croissance doit bénéficier
des meilleures conditions de développement afin d'affirmer
son rôle international, rôle qu'aucune autre région
des Pays-Bas n'est à même d'assumer. En conséquence,
les fonctions qui portent atteinte aux qualités de cet
espace seront relocalisées ailleurs; ainsi l'État
lui-même a décidé de déplacer une de
ses bases aériennes qui s'étendait dans la zone.
Parallèlement l'État a lancé une initiative
visant à élaborer, avec le niveau local, des modèles
d'administration des agglomérations de pays. Il a donc
demandé aux agglomérations de lui proposer un modèle
adapté à leurs spécificités. Après
examen de leurs propositions, il mettra en oeuvre une loi.
La réforme de l'administration territoriale: un modèle proposé
Rotterdam a été la première ville a répondre
à cette demande. L'intercommunalité y bénéficie
d'une certaine tradition, autour de l'élément fédérateur
qu'est le port.
Cinq niveaux administratifs se superposent dans l'agglomération:
l'État (Rijk), la Province, le syndicat intercommunal (00R),
les communes et, pour Rotterdam, des arrondissements. Le syndicat
intercommunal a une fonction stratégique mais se heurte
à la résistance de la Province, qui voit sa position
menacée par cette structure.
Le modèle proposé cherche à simplifier les
structures et neutraliser les conflits: il crée une ville-province
qui couvre l'agglomération du OOR et remplacera la province
(c.f schéma). Dans ce modèle, la Ville de Rotterdam
n'existe plus et ses arrondissements deviennent des communes de
même niveau -et de taille comparable- que les communes périphériques;
ce qui devrait rassurer les petites communes, inquiètes
d'être dominées par la grande ville-centre.
Le niveau ville-province a la responsabilité de l'aménagement
stratégique, du développement économique,
la mise en oeuvre de certains projets-clés (c.f supra).
Les communes seront chargées de l'action sociale, culturelle,
et de l'aménagement opérationnel (autres que les
projets-clés).
Le caractère opérationnel de l'aménagement
supra-communal dans le cadre de certains projets représente
un changement notable.
Une objection à ce projet porte sur l'exiguïté
de la circonscription: le poids d'Amsterdam pour les fonctions
de commandement économique sera toujours supérieur
à celui de Rotterdam; de sorte qu'un acteur régional
qui n'englobe pas les deux villes sera toujours trop faible pour
atteindre la masse critique...
Quelques remarques et questions
Il semble que la réorientation de l'aménagement
du territoire néerlandais perde de vue l'équilibre
territorial qui, aux Pays-Bas, a une certaine tradition. Dans
la logique des pôles de croissance, on peut se demander
si le développement de ces derniers profitera à
l'ensemble du territoire ?
La restructuration administrative est sans doute importante pour
la gestion cohérente du territoire. Elle permettra notamment
de démocratiser le niveau supra-communal. Cependant la
conscience de ce niveau ne semble pas s'accompagner réellement
d'une réflexion sur son contrôle démocratique.
Il présente en outre l'inconvénient de placer l'action
sociale à un niveau communal et opérationnel et
non pas au niveau stratégique où s'élabore
la réflexion globale sur le développement spatial
et territorial. Le social doit-il se limiter à une fonction
subordonnée, de réparation ?
En y rassemblant des fonctions et services qui ne s'adressent
pas à toute la population, l'aménagement de Rotterdam
fait du centre-ville un produit destiné à une élite.
Ainsi on ne construit plus de logements sociaux au centre, laissant
ce rôle à la périphérie.
Pour ce qui est de la commercialisation des nouveaux m2 de bureaux
tertiaires, on peut douter de son succès, dans la mesure
où le marché néerlandais de l'offre a tendance
à être excédentaire et qu'il dispose déjà
d'importants stocks. En outre, les opérations immobilières
se multiplient et l'État soutient des projets comparables
à La Haye et Amsterdam. On peut se demander quelle est
en amont la réflexion qui a pu susciter de telles options...
L'État tout comme la ville concentrent leurs investissements
sur les opérations immobilières et de mise en valeur
des espaces publics; de fait, action sociale et construction de
logements sociaux ne font explicitement plus partie des priorités.
Or, concrètement il existe un fort décalage entre
les qualifications exigées par le tertiaire et celles de
la population locale, un décalage entre les emplois qu'il
crée et les compétences qui sont disponibles sur
place. D'ailleurs, dans le cadre du projet Kop van Zuid, il est
significatif qu'un centre de qualification ait été
crée par la ville avec les concours de la CEE: il forme
une dizaine de chômeurs aux métiers du nettoyage
d'immeubles...La ville a également obtenu l'embauche d'une
quarantaine de sans-emplois dans le cadre des conventions d'opérations
immobilières.
La politique de la ville de Rotterdam est très impressionnante
par l'effort d'organisation qu'elle suscite et l'extension des
projets, en même temps elle apparaît très sélective
dans ses objectifs.
Contexte historique, quelques éléments
Ville portuaire et première ville d'Ecosse, Galsgow est
la deuxième ville du Royaume-Uni. Située sur la
côte ouest, elle a peu profité du commerce avec le
continent. Par la suite, elle devient importante avec le colonialisme.
A partir du 18 ème siècle, elle vit du tabac et
du coton et l'industrie textile y est prospère. Une très
puissante construction navale s'y développe au 19ème
siècle, approvisionnant tout l'empire britannique.
Le déclin de Glasgow commence dans les années 1930.
Son industrie textile traditionnelle, entre autres, perd sa compétitivité.
Le chômage se développe de façon inquiétante
et le nombre d'habitants baisse. Elle devient l'exemple de la
ville sans espoir. Malgré cette situation, le niveau national
hésite à réagir, d'autant qu'il promeut davantage
les villes nouvelles que l'action sur les centres-villes déclinants...
C'est alerté par les succès croissants du parti
écossais nationaliste, qu'un gouvernement travailliste
amorce en 1975, un virage dans sa politique. La démarche
consiste alors à fonder l'Agence Ecossaise de Développement
avec pour mission de développer l'économie en stabilisant
les emplois existants, et en créant de nouveaux emplois,
de rendre compétitives les entreprises en améliorant
leur productivité et enfin, d'intervenir sur l'environnement.
Dans le même temps le gouvernement réforme l'administration
locale, et met en place deux niveaux:
- le conseil régional: il a des compétences en matière
d'aménagement, de routes, de transports, de formation,
d'affaires sociales. A Glasgow, c'est le "Strathclyde regional
council" qui concerne 4,9 millions d'habitants
- le district: il a des compétences en matière d'habitat,
de culture, d'occupation des sols. A Glasgow, c'est le "
City of Glasgow district".
Dans l'application écossaise de cette réforme, aucun
niveau n'a compétence obligatoire en matière de
développement économique; l'agence Écossaise
de Développement doit donc gérer des relations multiples
entre les acteurs dans ce domaine. Son travail de reconversion
s'avère efficace, entre autres parce que son statut de
droit privé lui permet de bien coordonner les acteurs administratifs.
Dans ce cadre, la création d'entreprises, la mise en oeuvre
d'un très grand projet de rénovation urbaine (GEAR:
Glasgow Eastern Renewal) transforment l'aspect de la ville, mais
ne résolvent pas pour autant le problème du chômage.
La perte d'emplois dans le secteur productif continue tout au
long des années 80.
Deuxième changement: la politique de communication
L'arrivée au pouvoir d'un gouvernement libéral modifie
l'action nationale pour la reconversion de la région de
Glasgow. Elle doit alors s'intégrer à une logique
de marché et être plus "extravertie". Une
étude commandée à des consultants insiste
alors sur le fait que la région doit devenir compétitive
sur le marché des investissements étrangers et qu'il
faut la rendre attrayante pour des implantations.
La politique de développement s'appuie dés lors
sur une politique de communication: il faut agir sur l'image,
contre les connotations de "ville sans espoir", sur
le centre-ville, compenser la situation géographique excentrée,
et faire des bas niveaux de salaire un véritable argument
commercial.
Le gouvernement demande alors à l'Agence des résultats
plus rapides. L'Agence met en oeuvre, avec une association du
milieu économique, un programme de réhabilitation
des façades et d'éclairage du centre-ville et construit
des salles de spectacles.
(En 91, L'Agence est remplacée par un réseau d'entreprises
locales, qui s'inscrit davantage dans la logique de rentabilité
rapide.)
Ces interventions physiques sur la ville s'accompagnent de plusieurs
campagnes de communication. La première vise surtout les
habitants de la ville et ceux de la périphérie.
Son but est de freiner l'exode, en s'appuyant sur les qualités
urbaines. "Glasgow: the place to be in 83, welcome home
to Glasgow".
La deuxième, "Glasgow's miles better", développe
le message de la transformation de la ville, perceptible dans
les divers projets de rénovation. Il s'agit de se défaire
de l'image négative qui pèse encore sur Glasgow,
alors que la réalité a commencé à
changer; montrer que "Glasgow vaut bien mieux (que sa réputation)".
Des études d'impact montrent que ces campagnes ont des
effets positifs: les perceptions que les habitants et l'extérieur
ont de la ville changent. En 1990 une nouvelle étape du
renouveau de la ville commence avec le message "Glasgow's
alive".
"Glasgow, capitale culturelle de l'Europe
1990", événement et effets...
La Commission Européenne accorde chaque année le
label "Capitale culturelle de l'Europe" à une
ville de l'Union: de multiples manifestations sont alors l'occasion
de faire connaître son patrimoine, ses performances et compétences
culturelles. Ce label, assurant une présence et une visibilité
médiatiques peut justifier de concentrer des moyens importants
sur une durée limitée...
Le choix de faire un tel effort et une telle dépense -plutôt
que d'autres- est un pari pour l'avenir.
En 1990, Glasgow fait donc tous les efforts pour mettre en valeur
son potentiel culturel, ses infrastructures de spectacles (récentes)
et son patrimoine urbain et architectural réhabilité.
La campagne d'image valorise le potentiel touristique de la ville.
300 événements culturels composent un programme
qui nécessite un surcoût de 300 millions de francs
par rapport à l'habituel budget culturel d'une année...
Un tel événement est délicat à évaluer
dans la mesure où il est sensé avoir des effets
à long terme. Si le bilan de cette année-là
est difficile à établir, il semble qu'il soit, dans
l'ensemble, mitigé.
La venue de 550 000 touristes attirés par les offres culturelles
( entrées spectacles) est un des éléments
de cette évaluation. On sait par ailleurs que les recettes
n'ont pas couvert les dépenses publiques. Les recettes
des hôtels, des restaurants et les autres sont plus difficiles
à quantifier. Une étude sur les effets induits a
par ailleurs constaté une croissance de l'industrie culturelle
(production TV et vidéo notamment)...On peut toutefois
se demander si les 3,9% d'augmentation de ce secteur entre 1985
et 1991 sont dues à "l'année capitale culturelle",
ou s'il ne s'agit pas là de l'évolution "naturelle"
de ce secteur pendant cette période.
Quant au bénéfice image, il ne peut se mesurer
que dans la durée.
Les critiques portent sur le fait que la nouvelle industrie culturelle
n'est pas ancrée dans la ville, que son développement
est réversible et qu'elle n'apporte pas de solutions aux
problèmes de la ville (vu les types de qualifications exigées,
la culture traditionnelle, etc).
Certains constatent qu'après coup, la vie culturelle semble
avoir été épuisée par la multiplication
et la concentration de manifestations, et que ses acteurs locaux
sont aussi dispersés et aussi peu organisés qu'avant...
Les 5500 emplois crées dans le secteur touristique pour
l'occasion n'ont pas été pérennisés.
L'emploi à Glasgow, aujourd'hui
Aujourd'hui, à Glasgow 23% des emplois se trouvent dans
la production et la construction tandis que 75 % sont dans le
tertiaire. Ces emplois sont de plus en plus dépendants
d'entreprises dont le siège social est l'étranger:
c'est le cas par exemple de 49% des emplois dans la construction
électrique, 25 % des emplois dans la construction mécanique
et la chimie. Les menaces de délocalisation pèsent
sur le niveau des salaires.
Le chômage est en grande partie masculin et correspond aux
emplois perdus dans l'industrie.
Dans le tertiaire l'activité féminine est particulièrement
élevée. En outre on y mesure une forte proportion
de travail à temps partiel, dont 70 % des salariés
ne dépasse pas le seuil de pauvreté ( seuil défini
par une association locale, à défaut d'être
défini par l'État).
Ce sont surtout la restauration et l'hôtellerie qui ont
créé les emplois du tertiaire.
Peu d'emplois résultent d'une création endogène
d'entreprises, voie de développement longtemps négligée
par les politiques. Chômage de longue durée, chômage
des jeunes et création d'emplois précaires dominent
un marché de l'emploi peu favorable, malgré l'effort
des acteurs publics.
Occultation spatiale, décalage des compétences, volatilité des entreprises...
Glasgow est un exemple de ville polarisée dans laquelle
coexistent deux mondes distincts: d'un côté, un petit
monde riche et clos, de l'autre un monde pauvre, délaissé
et sans perspective. Cette polarisation s'exprime spatialement
avec un centre riche et des périphéries pauvres.
La politique de la ville et du niveau national valorise le centre-ville
comme vitrine pour les visiteurs, les clientèles du tourisme
urbain et culturel et pour les catégories aisées
des habitants, tandis que les problèmes socio-économiques
que connaît la ville sont repoussés, "invisibles",
vers la périphérie.
Comme on l'a vu pour Rotterdam, la tertiarisation de la région
pose le problème du décalage entre les qualifications
traditionnelles de l'industrie et les nouvelles offres d'emploi.
La dynamique endogène étant faible, un territoire
se trouve dépendant de stratégies conçues
à l'extérieur. La volatilité d'entreprises
qui ne sont pas ancrées dans le tissu local est un phénomène
fréquent à Glasgow.
Duisburg est la plus ancienne ville de la Ruhr. Elle a une forte
tradition commerciale du fait de sa situation à l'intersection
du Rhin et d'une route commerciale qui traverse la Westphalie,
la Hesse et rejoint la Saxe. Lorsque le Rhin, facteur permanent
d'inondations est canalisé, Duisburg perd cette importance.
Son port se trouve alors éloigné de la ville.
A partir du 19ème siècle, les industries minières
puis sidérurgiques se développent: leurs grandes
structures domineront pendant longtemps l'image et le développement
de la ville comme celui de toute la Ruhr. Pendant cette industrialisation,
la région connait une forte immigration.
Après guerre, les crises successives aboutissent à
la fermeture des mines, puis des usines métallurgiques.
Dans la mesure où tout le tissu économique dépend
de cette industrie, l'État essaie d'accompagner la transition
vers de nouvelles structures économiques en subventionnant
les entreprises traditionnelles, tout en poursuivant la politique
de reconversion (tissu de PME, services ).
A Duisburg, le tissu économique évolue plus lentement
que dans les autres villes de la Ruhr; le taux de chômage
y est parmi les plus élevé du land.
Politique de projets et restructuration administrative
Dans sa politique de développement, aujourd'hui, Duisburg
souhaite valoriser plusieurs atouts:
Duisburg est une des premières villes en Allemagne qui
a effectué une restructuration administrative en créant
des structures de droit privé pour mener à bien
ces missions, en regroupant ses employés autour de projets
plutôt qu'en départements et services. La ville a
constitué des équipes pluridisciplinaires autour
de projets d'aménagements. C'est le cas pour la modernisation
du port qui deviendra un des premiers ports francs fluviaux. C'est
aussi le cas des projets de réhabilitation de quartiers,
menés par des SEM de la ville en coopération avec
les groupes de projets de l'administration municipale.
Le développement économique est mené par
une SEM, constituée par la Ville et la Chambre de Commerce
et d'Industrie.
En relation avec l'Université, la ville veut développer
une spécialisation micro-électronique.
Enfin, dans une ancienne zone du port, un projet immobilier de
bureaux signé Norman Foster, est destiné à
accueillir les entreprises qui ne trouvent pas à s'implanter
à Düsseldorf
En accompagnement, une politique d'image
A la démarche d'ensemble s'ajoutent des efforts de communication
externe. Son objectif est de débarrasser Duisburg de son
image de ville "charbonneuse", avec son paysage urbain
de hauts-fourneaux et d'élévateurs...Pour ce fa
ire, la ville ne fait plus référence à son
appartenance à la Ruhr et s'efforce de renouer avec ses
lointaines racines pré-industrielles. Dans cette logique,
elle se positionne plutôt par rapport à la région
du bas-Rhin, avec ses petites et moyennes communes. Cette appartenance
revendiquée est sensée lui permettre d'adopter un
message de communication plus axé sur l'environnement naturel
et le contexte rural...
Une spécificité municipale: lobbying
et visée européenne
La ville s'est dotée d'un service des affaires européennes:
premier service municipal de ce type, il est destiné à
rechercher systématiquement les concours financiers européens
pour les projets de la ville et mener une action de lobbying auprès
de la Commission Européenne.
A plus long terme, il projette de devenir une fondation en étendant
ses activités autour de cette vocation européenne.
Dans ce cadre, il élaborerait des stratégies pour
la ville, ferait du transfert de savoirs, rendrait accessibles
les aides de l'U.E aux PME, et serait un lieu de contacts informels
et d'échanges. Là aussi, la politique de communication
a une place de choix.
Quelques remarques sur l'image, le positionnement, les modes d'actions
Dans sa communication, Duisburg choisit d'occulter son appartenance
au bassin de la Ruhr: cette région est symboliquement très
marquée et son image très forte tend à faire
oublier que ses grandes villes existaient avant la révolution
industrielle et qu'elles furent importantes dés le moyen-âge,
au plan commercial et religieux notamment...
Quoiqu'elle prétende, c'est bien avec la Ruhr que Duisburg
partage une grande partie de son histoire; c'est l'industrie qui
a profondément dessiné cette région, qui
a fait sa notoriété. Aujourd'hui, ce sont en effet
des friches industrielles contaminées, les fortes densités
urbaines, un certain déclin visible qui caractérisent
en partie ce territoire.
Mais avec un tel choix de communication, on peut se demander si
Duisburg a les moyens nécessaires et les potentiels pour
se développer seule.
Le contenu du concept de développement économique
choisi par Duisburg n'est pas original. Il peut sembler réaliste,
a priori, de vouloir profiter de la dynamique tertiaire et high-tech
des villes voisines (notamment Düsseldorf, centre de niveau
international). Toutefois ces créneaux ne sont pas spécifiquement
porteurs pour la ville et son potentiel d'attractivité
est relativement modeste. Pour preuve, on constate que les nouvelles
surfaces de bureaux sont en grande partie vendues à des
TPE locales.
Certes, un système administratif réformé
comme à Duisburg peut faire gagner en efficacité;
toutefois on peut se demander si l'organisation en SEM et en groupe
de projets ne risque pas de nuire à la vue d'ensemble et
à la réflexion stratégique globale...
Si le service chargé des affaires européennes a
obtenu des succès importants, il est à noter que
son action se développe en fonction directe des opportunités
d'accéder à des financements européens. La
ville adapte en fait ses projets à ces financements.
A propos de quelques comparaisons entre Rotterdam, Glasgow, Duisburg et l'AMM
Développement économique, espace et questions d'emploi...
Les trois politiques décrites précédemment
sont des politiques marketing d'implantation économique
dans lesquelles la vision des espaces n'est pas globale.
Il est vrai que le développement économique global
d'un espace et le bien-être de ses habitants sont moins
directement liés qu'autrefois. Ainsi, la croissance du
PIB ne s'accompagne pas d'une croissance proportionnelle des emplois.
La restructuration économique des agglomérations,
les pertes d'emplois dans le secteur secondaire, les créations
dans le secteur tertiaire, les emplois productifs de plus en plus
exigeants, transforment les profils des qualifications qu'exige
le marché de l'emploi. De plus, le secteur tertiaire crée
beaucoup d'emplois précaires.
Il faut sans aucun doute tenir compte de tels décalages
dans une stratégie de développement d'un espace,
même si, souvent, les décisions importantes sont
prises ailleurs. Une politique décentralisée de
qualification et une réflexion sur le type d'entreprises
à implanter peuvent apporter des éléments
de réponses.
Des pistes sont à ouvrir, à inventer, avec lesquelles
il s'agirait en quelque sorte, d'oeuvrer pour une stratégie
sociale et économique métropolitaine...
Un compromis métropolitain "introuvable"
?
Comme pour toutes les grandes villes européennes, il semble
qu'en terme de développement, l'approche métropolitaine
soit la plus pertinente.
Or, à Marseille comme à Duisburg, et contrairement
à Rotterdam, il semble qu'il n'existe pas de stratégie
globale de développement de l'espace métropolitain...Malgré
de nombreuses démarches de réflexion, il semble
qu'aucune d'elle n'ait eu la force suffisante pour engager la
négociation d'un compromis opérationnel entre les
différents acteurs. Certes toutes les grandes opérations
se réalisent "en partenariats", mais ceux-ci
n'englobent jamais l'ensemble des positionnements face à
des projets et donc, ne produisent pas de compromis véritablement
métropolitain.
La coopération: singularités, risques, précautions, conditions, vertus...
La coopération publique-privée est un élément
essentiel de l'aménagement, comme on l'a vu dans les trois
cas; elle se réalise assez bien sur des projets précis.
Toutefois cette modalité de travail peut présenter
le risque d'entraîner les acteurs publics dans les logiques
des acteurs privés.
Elle rend nécessaire pour la ville ou la structure métropolitaine
d'afficher des objectifs autre que celui de sa rentabilité
(financière entre autres).
Dans la négociation, il importe qu'elle puisse se référer
à une stratégie globale, approuvée, consensuelle,
connue; ce qui permettra à l'investisseur de connaître
très tôt la position de son interlocuteur public
et donc d'adapter son projet et ses propositions. Un partenaire
exigeant mais fiable dans ses décisions, s'appuyant sur
un légitimité forte et contrôlée, peut
s'avérer pour l'investisseur meilleur partenaire, qu'un
interlocuteur plus souple, mais instable, changeant ou irrésolu.
La coopération dépend également beaucoup
du climat de communication entre les acteurs et de leurs traditions
et habitudes et modalités de relations.
Ainsi, Rotterdam bénéficie d'une tradition d'intercommunalité
basée sur l'enjeu commun du port. Glasgow a profité
pendant les années 80, d'une gestion très professionnelle
de la communication interinstitutionnelle, menée par l'Agence
écossaise de développement. Duisburg, par contre,
est confronté à un mode de communication assez rigide
dans la Ruhr, avec de grandes villes puissantes et apparemment
indépendantes.
Dans l'AMM, la situation interinstitutionnelle est également
particulière, et complexe. Les partenaires ont des identités
fortes et les interdépendances ne sont pas toujours visibles.
On peut se demander si une structure intercommunale peut être
efficace dans une telle constellation, si les relations restent
en l'état...
L'exemple de Rotterdam montre que la problématique de la
coopération est également verticale: elle se passe
entre les niveaux administratifs. L'État laisse une certaine
liberté dans la mise en oeuvre des politiques de développement
du territoire. En même temps, il affirme sa volonté
d'agir pour conforter les acteurs locaux, publics et privés
et imposer certains principes pour assurer le développement
équilibré et une cohérence avec les politiques
nationales. Ainsi c'est l'État néerlandais qui a
pris l'initiative de la réforme administrative (territoriale)
mais c'est aux agglomérations elles-mêmes qu'il a
confié le soin d'en élaborer la forme concrète.
A ce propos on peut se poser la question de la position de l'État
français dans le cas de la DTA: quel sera son comportement
avec cet instrument nouveau, peu défini, qui requiert et
encourage la concertation, mais qui en même temps est chargé
de la mise en oeuvre de politiques nationales ?
Quels attitudes adopter face à la tradition de centralisation
et aux collectivités qui défendent avec ardeur les
acquis de la décentralisation ?
La dynamique de projet: enthousiasme, désir de croire et rationalité différée...
Certaines des critiques faites à Rotterdam ou à
Glasgow portent sur un manque de réflexion sur les stratégies.
On peut faire l'hypothèse que l'élan que peuvent
susciter de telles opérations empêchent sans doute
un examen complètement rationnel et masque les critiques
ou les fait taire momentanément.
A Rotterdam par exemple, le langage architectural choisi pour
l'opération Kop van Zuid et le pont Erasmus s'appuie fortement
sur le contenu symbolique (croissance, dynamisme, modernité).
La perception de cette symbolique est suffisamment puissante,
mobilisatrice, positive pour qu'on accepte des surcoûts
importants et que l'on néglige l'analyse réaliste
de la commercialisation des m2...
A Glasgow, l'effort d'animation culturelle et la présence
médiatique qu'il a suscité, a fait négliger
certaines faiblesses du concept, en particulier sur les effets
à long terme. La fierté retrouvée des habitants
pour leur ville, a sans doute contribué à faire
accepter un projet, qui n'a profité en fait qu'à
un petit nombre d'entre eux.
Le chercheur allemand W.SIEBEL (W.SIEBEL/in A.BRANDT
et al."das EXPO-Projekt" Hanover 1991), a montré
que l'aménagement se sert systématiquement des grands
événements pour arriver à ses fins. S'appuyant
sur les exemples des expositions universelles, il fait le constat
que l'on se sert de l'enthousiasme suscité par les projets
pour écarter les freins, rassembler les potentiels et mener
à bien des opérations qui seraient impossibles en
dehors de cette situation particulière. Les effets à
long terme et la rentabilité sont rarement examinés
et évalués. L'opposition devient "inaudible"
dans la mesure même où l'on n'est plus prêt
à imaginer l'option d'abandon du projet...Les ambitions
de départ du projet se perdent peu à peu au cours
du processus qui réduit les moyens, tout en insistant sur
l'envergure de l'opération.
On peut extrapoler cette analyse et faire l'hypothèse que
certains projets d'envergure, concernant le développement
futur de l'AMM, semblent bénéficier d'un soutien
tel qu'ils se réaliseront peut-être sans jamais avoir
été réfléchis dans une perspective
globale, alors qu'ils présentent des inconvénients
ou des incohérences flagrantes.
Traitement des centres-villes et villes polarisées
Les exemples de Glasgow et Rotterdam illustrent la tendance à
faire des centres-villes, des lieux élitaires, dédiés
à des catégories sociales à fort potentiel
de consommation et productif; les fonctions qui s'y installent
n'en font plus des lieux intégrateurs pour toutes les catégories
de population.
L'opération Euroméditerrannée semble s'inscrire
dans cette logique de traitement des quartiers centraux; elle
vise à la transformation d'un quartier et à sa valorisation,
par sa rénovation (déplacement des populations vers
des quartiers périphériques, etc).
Ce projet intervient sur des quartiers qui représentent
une grande part du parc social, lequel joue un rôle important
sur le marché du logement à Marseille. L'augmentation
de la rente foncière changera l'affectation de ces quartiers.
Les mesures de compensation en logements sociaux ou les aides
à ces habitants ne sont pas systématiquement prévues.
Par ailleurs, les 1400 logements aidés prévus dans
le programme seront insuffisants. En outre, le choix municipal
de ne localiser de logements sociaux ni au sud de la ville, ni
au centre, contribue à la même tendance générale.
De plus, l'action sur les centres-villes s'accompagne souvent
d'un sous-investissement de l'effort sur les périphéries.
C'est flagrant dans le cas de Glasgow. Les endroits invisibles
pour les cibles de la politique de positionnement (démarche
marketing), n'ont aucune place dans le discours largement économiste
et, à plus forte raison, dans les investissements...
A Marseille des opérations importantes sont néanmoins
menées sur les quartiers défavorisés (pas
forcément périphériques). A terme, on peut
se demander si ces démarches vont perdurer ou disparaître
et comment elles vont évoluer.
En tout état de cause, l'articulation que l'on fera ou
non, entre ces espaces délaissés et le développement
de toute l'agglomération et les projets économiques,
indiquera si l'on assiste ou non à la polarisation de la
ville, à la séparation de deux mondes...
AMM: la question du positionnement externe sous-estimée
?
La logique d'un positionnement externe de l'AMM semble sous-représentée
dans les débats.
Pour ce qui est de Marseille, on peut se demander, s'il est judicieux
de limiter la communication externe de la ville à la promotion
de deux grands événements: le 2600 ème anniversaire
de la Ville, et les phases de la Coupe du monde de Football 1998.
Un positionnement international semble pourtant devoir se dessiner,
impulsé par l'Union Européenne, à savoir
la vocation euroméditerranéenne de la ville.
Si le projet tertiaire porte ce nom et que le lieu physique existe,
le contenu, lui, est encore vague.
Le potentiel réel est-il aussi important que ce que laisse
supposer le terme à haute valeur symbolique de "Capitale
Euroméditerranéenne" ? Ou bien est-ce un manque
de détermination à saisir l'opportunité de
porter un message commun de l'AMM vers l'extérieur ?
On peut déplorer que par exemple, la promotion et le tourisme
ne fassent pas même pas l'objet d'une intention de coopération
horizontale entre les communes et les communautés.
Potentiel touristique original: un ressort de
communication et développement
En terme de tourisme, vu son potentiel original, authentique et
divers et la notoriété de Marseille, on peut faire
l'hypothèse que la ville n'est pas obligée de "trahir"
ses réalités et ses spécificités pour
promouvoir un positionnement touristique urbain singulier...
Une étude sur le tourisme urbain à Marseille -juin
91- met l'accent sur le fait que l'intérêt d'un touriste
urbain est en grande partie de vivre la ville, de suivre la vie
et le rythme de sa population plutôt que de consommer des
produits touristiques qu'il sent détachés de cette
réalité. Cette étude se prononce indirectement
contre un certain nombre de craintes, d'a priori, de représentations
qui semblent freiner le développement touristique.
On peut penser qu'une politique de communication s'appuyant sur
cette originalité et cet art de vivre urbain pourrait sans
doute fonctionner sans qu'on ait à y consacrer des moyens
énormes, grevant les autres budgets de la ville.
Développement métropolitain, développement durable: questions
De façon générale, la notion de développement
durable n'a que peu de place dans l'action urbaine.
Dans les débats sur l'AMM, cette notion est présente.
Toutefois s'appliquant aux seuls espaces ruraux et naturels aux
confins de la ville, elle ne limite en rien les systèmes
urbains productifs, et de transports qui représentent,
eux, les véritables enjeux. L'action sur l'environnement
se cantonne à la lutte contre le bruit, aux mesures de
protection de l'air et à la collecte sélective des
déchets.
Quand on étudie l'AMM on constate une carence de gestion
de l'espace. Entre les centres urbains, les espaces semblent "décousus"
et tandis que parallèlement, les centres perdent leurs
fonctions.
La notion de métropolité implique qu'on cultive
la mobilité quotidienne sur un large espace couvrant l'AMM.
Ne s'agit-il pas souvent d'une mobilité imposée
par la désintégration spatiale plutôt qu'un
mode de vie souhaité ? Si les comportements résidentiels
sont à l'origine des problèmes, ne faut-il pas agir
sur l'offre foncière, sur celle des systèmes de
transports, proposer des alternatives d'habitat central, abordable
et vivable ?
Si de telles idées émergent dans les discours, leur
poids semble faible par rapport à un celui de la résignation
à l'impuissance, qui touche la question de l'espace. On
ne peut d'ailleurs que déplorer le manque de concertation
intercommunale des POS et de schéma directeur permettrait
à un véritable contrôle de ceux-ci.
La logique d'urbanisation dispersée est encore en vigueur
dans l'AMM: plusieurs projets d'actualité prévoient
la création de nouveaux pôles hors des centres. C'est
le cas du plateau l'Arbois, aisément accessible en voiture,
mais sans desserte véritable par transports collectifs;
la gare dont on prévoit l'implantation devrait donner
lieu à la création d'une zone d'activités.
Il ne suffit pas qu'une structure métropolitaine favorise
le développement économique: elle doit en répartir
les effets, entre autres par la localisation ciblée des
activités, la politique de transports, une politique de
qualification, une politique de l'habitat...
A propos de l'aménagement "coopératif" ou communicatif....
Le concept et ses applications dans l'aménagement métropolitain en Allemagne
En Allemagne, le débat méthodologique sur un développement
consensuel de l'espace prend de plus en plus d'importance. On
considère en effet que les ressources de l'espace sont
mieux utilisées dans ces conditions et que les aménageurs
ne peuvent réellement influencer les dynamiques spatiales
que s'ils sont capables de dialoguer réellement avec tous
les acteurs.
Né autour de l'aménagement infrastructurel, ce débat
s'applique aussi au développement régional et métropolitain.
Les méthodes de travail, souvent issues de la pédagogie,
s'appuient sur la communication et la dynamique des groupes. Depuis
longtemps utilisées dans le management de projets, elles
le sont plus récemment dans les questions d'aménagement.
Elles se révèlent fécondes, ouvrent des pistes,
soulèvent des questions, et montrent aussi leurs limites.
L'aménagement métropolitain et le développement
régional allemand présentent de nombreux exemples
de ces modalités. C'est le cas d'un projet stratégique
métropolitain pour la région de Hanovre. Son processus
d'élaboration s'est structuré de manière
intéressante et a été animé par un
bureau d'études d'aménageurs et de psychologues.
Un deuxième exemple concerne une politique territorialisée
de développement en Rhénanie-Westphalie: le Land
a incité les acteurs de la région à élaborer
une stratégie et à la traduire en projets. Le Land
considère que le savoir des acteurs régionaux et
leur coopération sont des gages importants pour la réussite
et le développement de l'économie régionale.
Sources des approches coopératives ou "communicationnelles"
Techniques de communication, "résolution alternative des conflits"
Les techniques de communication apparaissent systématiquement
dans l'aménagement depuis les années 80. Elles sont
utilisées dans les conflits portant sur l'implantation
de grosses infrastructures à fort impact sur l'environnement
et qui suscitent de fortes oppositions. Le discours des opposants,
à motivation souvent écologique, devient plus puissant
en même temps qu'il se professionnalise (clarté,
impact, créativité, ciblages des messages, choix
des supports et des moyens...). Aussi la mise en oeuvre des projets
rencontre-t-elle souvent des difficultés et les actes régaliens
touchent alors leurs limites. Un des objectifs du processus de
concertation est d'éviter des conflits politiques, juridiques,
longs et coûteux, pouvant entraîner la faillite complète
du projet, son abandon, et souvent d'autres conséquences.
Au même moment, émerge un courant de réflexion
portant sur la "résolution alternative des conflits".
Largement pratiquée aux Etats-Unis dans de nombreux conflits,
cette méthode se base entre autres sur l'intervention
d'un médiateur, d'un tiers neutre.
Dans les processus de négociation complexes et de longue
durée, ces techniques donnent des résultats encourageants.
Certains sont devenus célèbres pour avoir résolu
ainsi des situations très figées.
Ces méthodes consistent en grande partie à établir
un réseau social entre les acteurs importants dans le conflit.
Ils vont travailler ensemble sur un temps long et ainsi former
un groupe qui va vivre des développements et des changements
tant au plan individuel qu'au plan collectif; c'est ce qui rendra
possible un compromis final.
Aujourd'hui, on considère qu'une multitude de facteurs
déterminent le développement régional. Les
disparités dans la répartition de la croissance
globale renvoient aux contextes historiques, culturels, sociaux,
relationnels (entre les acteurs de la région). Une politique
de développement régional doit englober toutes ses
donnes et établir des relations entre elles, pour produire
des synergies et lever des freins structurels à ce développement.
Pour comprendre et encourager des modes de coopération
nouveaux, les théories systémiques offrent des éléments
de réflexion utiles.
On peut considérer une région comme un système
social, porté par ses sous-systèmes que sont les
acteurs économiques, sociaux, publics et privés:
ce système dépend de la cohérence d'action
de ses sous-systèmes. L'analyse systémique pose
que ces sous-systèmes sont autonomes, qu'ils règlent
leur comportement dans l'unique objectif de sa propre survie (autopoïèse).
C'est dans ce but aussi qu'ils définissent et règlent
leurs relations avec l'extérieur, tout en reconnaissant
l'interdépendance avec les autres. Ils veulent préserver
le bénéfice que représente pour eux l'intégration
dans le système. Tout signal de malaise dans le système
engendre une réaction dans les sous-systèmes. Ces
relations dynamiques entre sous-systèmes produisent un
méta-équilibre, maintenu par le pouvoir autorégulateur
du système et des sous-systèmes.
La réalité des systèmes sociaux est toutefois
plus complexe que ce modèle. Les relations entre sous-systèmes
sont contrastées, difficiles, contradictoires, très
étroites ou distendues voire indifférentes. Le défi
consiste à mettre en relation les secteurs de la société
pour éviter le cloisonnement et améliorer la performance
de l'ensemble par les synergies. La capacité des acteurs
régionaux à coopérer est une condition du
développement.
Au delà de la systémique traditionnelle, une nouvelle
génération de théoriciens met l'accent sur
la subjectivité des comportements des acteurs, liée
à leurs perceptions et leurs représentations. Dans
une approche "communicationnelle", il est important
de considérer les sous-systèmes de la société
en tant qu'ils sont portés par des individus déterminés
par leur histoire personnelle, leur position, leurs appartenances
à un groupe, une institution etc...
En pratique les concertations régionales ont souvent des
objectifs plus restreints.
Les principes de fonctionnement
Les acteurs que l'on intègre à la procédure
sont ceux dont dépend la réalisation du projet:
soit du fait de leurs contributions nécessaires, soit du
fait de leur rôle d'opposant potentiel.
Les différents acteurs se trouvant en situation de désaccord
par rapport au projet, la communication reste bloquée et
la négociation impossible. Pour que celle-ci puisse s'engager,
il faut l'intervention d'un tiers neutre, capable à la
fois d'analyser le contenu du problème posé et les
positions respectives des acteurs.
L'objectif est d'arriver par la discussion à une prise
de décision collective. La communication relancée
et structurée par un animateur, doit permettre alors d'aboutir
à un consensus.
Pour que cette méthode soit efficace, il faut bien comprendre
le processus même de la communication afin de pouvoir remédier
aux dysfonctionnements. Il faut considérer les dimensions
verbales et non-verbales qui interviennent dans le message entre
"destinateur" et "destinataire" (émetteur,
récepteur).
Les différences de langages peuvent constituer de gros
obstacles à l'échange d'idées et à
la discussion; il convient donc de les repérer et de clarifier,
à défaut de quoi les participants risquent d'abandonner
un débat frustrant, un "dialogue de sourds".
Pour bénéficier de toute la dynamique possible,
le groupe de discussion doit être stable et son but clair
et partagé. Le processus interne au groupe connaîtra
alors plusieurs phases: la phase de formation, celle de conflit,
ensuite celle de normalisation, suivi de la phase de travail,
et enfin la phase de clôture.
Pour que ce type de processus donne tous ses résultats
les participants doivent être prêts à argumenter,
présenter leurs positions, mais aussi à travailler
sur leurs représentations, leur vision de la réalité,
leurs conceptions, valeurs, sur des projections, etc.
Pour ce faire, et selon les situations et la progression, l'animateur
utilise et alterne des outils, méthodes, procédés
divers: techniques créatives (brainstorming, jeux de rôles,
etc) techniques de résolution de problèmes, techniques
d'exploration, ateliers, travail sur le climat du groupe etc
Dans ce type de démarche, aucun des acteurs ne peut préserver
entièrement son opinion et sa position de départ.
Il doit en être conscient et l'accepter délibérément
pour participer de manière constructive. Il peut néanmoins
quitter le groupe à tout moment. Selon l'expression de
D.Fürst, ce travail en commun suppose que le groupe se soit
forgé par "la pression d'une souffrance commune"...
En plus de la véritable intention de coopérer qui
doit être à la base du travail commun, un tel processus
exige que l'organisme qui a souhaité une telle démarche
soit véritablement ouvert aux résultats qu'elle
va produire. Sinon, il causera des dégâts irrémédiables
dans ses rapports avec les acteurs impliqués.
Un nouveau profil: "aménageur-animateur"...
La prise de conscience de l'importance de l'action coopérative
et donc de l'animation de l'aménagement entraîne
un débat sur le profil de l'aménageur. Outre une
solide formation dans son domaine, il doit avoir des connaissances
en matière de communication, de dynamique de groupe, d'animation
de groupe de travail coopératif. C'est pourquoi, depuis
1996, la formation continue proposent un cursus de qualification
en un an.
Évidemment la personnalité de l'animateur compte
beaucoup: ouvert, capable de percevoir et d'analyser rapidement
et finement les comportements, les infléchissements, les
enjeux, capable de réagir rapidement aux situations nouvelles,
aux changements etc.
En pratique dans certains cas, pour que le processus soit crédible,
il est utile que l'animateur ne soit pas le responsable direct
de l'aménagement.
Le rôle de l'aménageur ne peut se limiter à
l'animation d'un débat, sans intervention ni prise de position
sur le contenu. Il doit naturellement porter les objectifs que
le seul développement spatial spontané ne peut remplir.
Mais en tout état de cause l'aménagement doit prendre
l'initiative de constituer un réseau social des acteurs
pertinents. En animant l'élaboration d'un projet stratégique
de développement, il donne des repères et une perspective
cohérente pour l'espace. En amont du "processus coopératif"
(de concertation) il fixe des règles de base: sur la préservation
des espaces libres, les centralités urbaines, etc.
En Allemagne, l'État n'a pas de compétence en matière
d'aménagement du Territoire. Cette mission est assurée,
en général par les Länder qui élaborent
les Schémas d'aménagement du Land, le cas échéant,
précisés dans un schéma dit régional.
Ces schémas s'ajoutent à des "principes"
définis par l'État et exigent la compatibilité
avec l'aménagement communal.
L'aménagement supracommunal est un point crucial du système
allemand: il est à l'intersection de la liberté
des communes de gérer les affaires locales, et le devoir
de l'État et des Länder plus particulièrement,
de proposer un cadre pour le développement cohérent
du territoire.
L'aménagement supra-communal et donc, en l'occurrence métropolitain,
n'a pas de cadre juridique, excepté à un niveau
formel d'aménagement pour la circonscription métropolitaine.
Des exemples de processus de concertation: Hanovre et Rhénanie-Nord Westphalie
Le territoire, les responsabilités
Un système urbain spécifique, un système métropolisée, une métropole de fait
La population: mouvements, évolutions
Des centres-villes à revitaliser, une vocation particulière pour le centre de Marseille
Habitat, mobilité: des questions à corréler
Les transports: le parti-pris automobile
Maillage industriel, choix territoriaux: conditions de métropolisation
Le système d'éducation et de formation: adapté ? bien réparti ?
Une agriculture métropolitaine importante dans des espaces discontinus
Tourisme: un secteur sous-estimé, un levier sous-exploité
DTA et métropole de fait
Quels qualificatifs pour l'AMM
La métropole "représentée": des outils à construitre
Des questions nationales: quelle métropole au Sud ?
Potentialités géographiques, incohérences, hypothèses
Premiers éléments de problématique
"Stratégie" de rédaction: les atouts différenciateurs
En conclusion très provisoire
"Le nouveau Rotterdam": trois projets
Hanovre: le contexte
Hanovre est la capitale de la Basse-Saxe.Vu son histoire et sa position, elle est la première ville allemande pour les foires, les salons professionnels. En 2000, elle accueillera l'Exposition Universelle. L'industrie automobile, des pneumatiques et le tertiaire -notamment public- sont des secteurs importants.
Autour de la ville-centre qui compte 500 000 habitants se trouve une couronne de villes moyennes (entre 20 et 50 000 habitants). Le syndicat intercommunal regroupe l'ensemble qui représente environ 1 million d'habitants. Depuis la fin des années 70, la Ville-centre vit une difficile phase de reconversion alors que les villes limitrophes profitent de la suburbanisation résidentielle et d'activités.
Les relations entre ces deux pôles sont relativement figées; la périphérie ne perçoit pas la nécessité d'une coopération et la ville-centre n'a pas vraiment d'occasion de dialogue avec ses voisines.
Le Syndicat intercommunal est reconnu pour ses compétences
en matière de transports, mais peu sur le développement
économique.
Élaboration du projet d'agglomération
En amont d'un schéma régional d'aménagement dont il est responsable, le Syndicat intercommunal de Hanovre a lancé un processus coopératif pour élaborer un projet stratégique pour l'agglomération. Celui-ci guidera ensuite le travail sur le Schéma, sans en faire partie, ni être voté.
L'objectif est de permettre le débat et de préparer le consensus sur un développement futur.
Le Syndicat a donc chargé un bureau d'études de mener cette démarche complexe. L'équipe composée d'aménageurs et de psychologues a travaillé en trois étapes.
En premier lieu de nombreux interviews auprès des collectivités et aussi acteurs socio-économiques ont été menés, pour recueillir les véritables positions et idées de chacun sur l'avenir de l'agglomération et son développement.
Ensuite différents scénarios de développement ont été élaborés: les trois scénarios, aussi contrastés que les prises de positions manifestées dans les interviews, ont ensuite servi de base à la discussion. Englobant l'ensemble des points de vue et suffisamment accessibles et simples, ils permettent que s'expriment des réactions fortes dans des ateliers coopératifs (au cours de séances plénières et travaux de groupes thématiques).
La troisième étape consiste pour l'équipe,
en s'appuyant sur les résultats de la phase de discussion,
d'élaborer le scénario stratégique dont les
acteurs se sont peu à peu rapprochés au cours du
processus.
Les effets
Le processus a déclenché la réflexion sur une intégration plus forte: ainsi les chefs des administrations des collectivités ont présenté un modèle de restructuration administrative qui va plus loin que toutes les formes d'intercommunalité existant en Allemagne. Il y a là probablement aussi la volonté de réaliser un "gros coup" dans la région, en tant qu'entité intercommunale.
La réussite de cette concertation est peut-être également
liée au fait qu'elle n'a pas porté sur les aspects
très concrets et opérationnels; ce type d'objectifs
aurait sans doute amené d'autres difficultés...
Rhénanie-Westphalie: politique territorialisée
de développement régional
Le développement économique, hormis local, relève largement de la compétence des Länder.
La Rhénanie-Westphalie lance à partir de 1987, un
nouveau type de politique de développement, d'abord pour
la reconversion du bassin de la Ruhr, et ensuite pour tout son
territoire.
1987 marque une étape importante dans le mouvement de fermeture des usines sidérurgiques de la Ruhr; la population se mobilise fortement et oblige le gouvernement du Land à agir.
Partant de l'idée que ce sont les acteurs de la région
qui connaissent le mieux sa situation, ses potentiels et ses besoins,
le Land leur confie un rôle important dans l'affectation
de ses concours financiers (Fonds européens, ministères
du Land, etc). Il demande l'élaboration coopérative
d'un concept régional de développement et sa traduction
en projets opérationnels. Il octroie des financements à
ceux qui présentent des projets. Par cette incitation à
la démarche et au débat coopératifs, à
un large "regionaler Konsens", le Land souhaite une
coopération synergique des acteurs, au delà du concret,
sur des concepts de développement futur. Ceux-ci sont élaborés
et discutés, votés par des conférences regroupant
les acteurs participant au processus de concertation, puis approuvés
par les conseils municipaux, dans la mesure où ceux-cis
auront à mettre en oeuvre les projets. Les propositions
approuvées ainsi n'ont pas valeur juridique, mais le Land
s'engage à justifier toute action de sa part qui viendrait
à l'encontre de ces propositions-préconisations.
Les effets
Les effets et le succès de ce type de démarche varient d'une zone à l'autre. Dans certaines parties du Land où la coopération était peu développée, l'initiative du Land a déclenché une véritable dynamique. La plupart des régions ont crée une Agence de Développement, ou d'autres organismes de droit privé, portées par les partenaires. De façon générale ces structures sont chargées de la promotion de la région mais aussi de la pérennisation du discours de coopération.
Dans aucune région, y compris celles où la démarche
a eu un grand succès, n'a été crée
un groupement intercommunal: la coopération a gardé
son caractère informel, tout en étant dynamique
et stable à certains endroits...
Des critiques
Cette modalité a fait l'objet de critiques dans la mesure
où, d'une certaine façon, elle a posé la
coopération des acteurs comme condition de l'octroi de
financements. Il est vrai que c'est un moyen d'encourager effectivement
la démarche de coopération. A l'usage, on constate
que celle-ci est très pragmatique, que la discussion reste
superficielle et la négociation consiste davantage à
trouver rapidement un accord pour obtenir les moyens financiers,
qu'à comprendre et transformer les conflits en dynamique.
Bien que le Land ait affiché une multitude d'objectifs
et de dimensions pour le développement futur (développement
économique, équilibre social, environnement, égalité
des sexes, etc), c'est le Ministère de l'Économie
qui a eu en charge ce programme: celui-ci a pris de fait un caractère
très fortement économique. Le poids de ces acteurs
dans le processus était souvent prépondérant.
Des participants moins organisés, plus marginaux sur les
thèmes de travail ont eu du mal à prendre leur place
dans les débats...
On a fait remarquer également que cette démarche
prend une importance telle, qu'elle se pose en concurrente de
l'aménagement. On l'a vu, en effet, les décisions
sur lesquelles se basent pour une grande partie des projets opérationnels
n'ont pas de légitimité démocratique. Certes,
c'est le Land qui contrôle les concepts proposés
et peut ainsi assurer leur cohérence avec ses Schémas
d'Aménagement du territoire; néanmoins, la réalité
de ce contrôle semble plutôt légère...
En manière de conclusion ouverte...
Depuis la fin des années 80, le débat sur la coopération intercommunale a repris de l'importance dans la mesure où l'on a "découvert" que l'échelle métropolitaine est le niveau adéquat du développement économique, dans une économie qui se mondialise de plus en plus, hors du contrôle des États.
Dans ce contexte, on discute beaucoup pour essayer de sortir de
la contradiction entre le besoin de coopération et les
conflits inter-communaux. En France, les initiatives du Législateur
sont nombreuses pour inciter à, voire imposer, des démarches
dans ce sens.
En amont d'une démarche institutionnelle, ne pourrait -on
pas, par exemple, s'essayer à une "gestion" consciente
et méthodique de la communication entre les acteurs impliqués,
pour les amener à construire un consensus sur certaines
questions ? Il faudrait sans doute promouvoir une véritable
"culture" de la coopération...
A propos du travail de réflexion
sur la DTA de l'AMM....
Avec son statut de décret pris en Conseil d'État, la Directive Territoriale d'Aménagement est un acte qui s'impose à toutes les collectivités publiques. C'est une nouveauté du droit Français.
La DTA de l'AMM est l'une des cinq DTA expérimentales.
Elle semble offrir une véritable opportunité d'intervenir
sur la réalité du territoire.
Pour les techniciens-rédacteurs de l'avant-projet, en présenter
une première version dans le cadre du Club est un exercice
difficile du fait de leurs doubles casquettes. Cet inconfort est
contrebalancé par le fait que la légitimité
du Club se trouve reconnue dans la réflexion et par l'intérêt
d'une confrontation sans complaisance avec les autres membres
du Club.
Dans la mesure où la DTA est expérimentale, il n'a pas de directives méthodologiques imposées par l'Etat. La méthode appliquée s'est voulue très concertative: travail ouvert avec des élus, des politiques territoriaux, des professionnels et leurs représentants. On a essayé de faire de la communication et de mobiliser le plus possible en amont".
Toutefois 60 % des participants à ce processus sont membres
du Club. "Les "ténors" ne sont pas beaucoup
venus" et de fait, les techniciens ont surtout travaillé
entre eux. Les études antérieures ont nourri également
la réflexion.
Vu l'état d'avancement de la DTA Métropole-Côte
d'Azur, le Préfet a souhaité faire activer le processus
pour l'AMM. Les délais impartis pour la réflexion
et la rédaction du rapport préliminaire ont été
relativement courts.
Les groupes ont travaillé sur les thèmes suivants:
habitat et implantation des activités, revitalisation du
centre de Marseille et de ses fonctions métropolitaines,
port et logistique, politique de l'espace non-urbanisé,
emploi - formation, relations avec les territoires environnants.
Dans sa première ébauche, le plan du texte a une forme classique:
A partir de la réflexion menée sur la métropolisation, une première partie analyse la situation territoires, hommes et économie. La deuxième partie dégage les enjeux: risques, chances, opportunités de mettre à l'étude la DTA, définition de son périmètre
Enfin la dernière partie présente les grandes orientations
et objectifs sur lesquels la DTA devrait porter.
D'emblée, des questions fondamentales se posent: les décideurs
ont été relativement absents de ce travail, comment
les convaincre ? Comment se servir de la DTA pour amener les décideurs
à faire des choix ?
Un manque de données à l'échelle pertinente
L'organisation institutionnelle -y compris avec les nouvelles
structures intercommunales- ne permet pas d'observer finement
le phénomène d'urbanisation métropolisée
en cours: peu de données homogènes et systématiques
sont disponibles.
La donnée démographique du recensement, qui n'est pas calée sur les limites institutionnelles, est la seule qui prenne en compte l'ensemble du territoire. A l'échelle nationale on connaît les déplacements vers le lieu de travail, mais pas ceux qui sont engendrés par les autres pratiques (la consommation courante, de services, de loisirs, culturelle, etc ). "L'enquête Ménages" ne permet pas non plus de connaître ce types de données.
Toutefois les données recueillies par l'INSEE permettent
de repérer des lieux où les relations sont moins
denses.
Pour bien comprendre l'AMM et pouvoir agir en connaissance de cause, il serait indispensable de connaître les pratiques sociales autres que celles liées à l'emploi, les comportements sociaux, les migrations, les déplacements non-professionnels, les stratégies de mobilités résidentielles, les relations inter-entreprises, les modes de vie et les représentations, les stratégies foncières des différents acteurs etc.
Il y a sans doute là un véritable enjeu de connaissance:
il faudrait pouvoir disposer d'un système d'observation
permanente des pratiques de l'espace.
A propos de quelques caractéristiques métropolitaines, rappel....
Le territoire, les responsabilités
Au delà des évolutions plus ou moins spontanées
et générales touchant les modes de vie, il convient
de souligner les parts de responsabilités et les choix
qui ont produit la "Métropole éclatée".
Des opérations ont été et sont menées
délibérément à l'extérieur
des villes; les centres commerciaux, les universités ont
des implantations excentriques, des zones d'activités souvent
surdimensionnées se multiplient, inductrices d'activités
hors des villes; une politique d'occupation des sols privilégiant
l'habitat individuel diffus tient lieu de politique d'urbanisme
etc. L'État a créé Cadarache. La Ville d'Aix
a créé la zone des Milles. La Société
du Canal de Provence s'est installée au Tholonet, etc.
Parallèlement les transports collectifs occupent une place
relativement marginale dans les problématiques d'aménagement.
Ce mouvement d'ensemble se perpétue.
Les phénomènes d'épandage sur l'ensemble
de la périphérie marseillaise ont mené à
une évolution dont le caractère métropolitain
a été confirmé par le dernier recensement
de 1990. Cet espace est plus large que l'agglomération
Aix-Marseille (terminologie INSEE). Celle-ci compte 10 communes
de plus de 10 000 habitants et l'aire urbaine (terminologie INSEE)
en compte 22 dont 4 compte plus de 40 000 habitants. Le recensement
renforce la conscience de l'émergence d'une métropole
qui s'étend de Bandol à Salon, de Cadarache à
Fos, et qui compte 1,7 million d'habitants.
Un système urbain spécifique, un système métropolisé, une métropole de fait
L'AMM n'est pas, comme certaines métropoles régionales, isolée au coeur d'un territoire qui ne dépendrait que d'elle. Marseille-Aix sont au centre d'un chapelet de villes anciennes et importantes dont beaucoup sont l'équivalent de chefs-lieux dans d'autres régions.
De part et d'autre d'Aix-Marseille, les croissances métropolisées de Nice, Montpellier, le développement urbain de Nîmes, Arles, Avignon, Toulon-La Seyne, font que les périphéries des unes se confondent avec celles des autres.
L'ensemble constitue une entité spatiale et territoriale que l'on peut qualifier de système métropolisé du fait des caractéristiques suivantes:
- une population importante: l'aire urbaine de Marseille (selon la terminologie INSEE) compte 2,8 millions d'habitants; c'est la troisième de France, après Paris et Lille, et devant Lyon et Strasbourg
- un haut niveau d'activités et de services urbains dans
un espace d'environ 150 km d'envergure maximum soit une densité
de 450 hab./km2
Contrairement à la suburbia nord-américaine, les
lieux de centralités historiques, symboliques, culturelles,
économiques existent sur tout le territoire de l'AMM. Les
fonctions métropolitaines, celles qui "font la Ville"
ne se trouvent pas seulement dans la Ville-Centre. Les habitants
le vivent quotidiennement et perçoivent de façon
séquentielle ces polarités multiples: il y a ainsi
un "implicite" du fait métropolitain.
La population: mouvements, évolutions
L'AMM est un territoire densément peuplé (3% de la population française). L'importance des différents apports migratoires par rapport au solde naturel caractérise le peuplement de cet espace. Un ralentissement démographique entre 1968 et 1982 est tout autant du à la baisse de natalité qu'au déclin régulier de l'immigration. Les flux migratoires sont devenus négatifs dans les années 1990.
Le renouvellement de la population de l'AMM se ralentit. Mais au delà de la seule ville de Marseille, l'AMM reste une machine à intégrer des migrants du nord et du sud.
La population active qui a cru fortement à partir de 1965, a atteint aujourd'hui certainement son niveau maximum. La diminution de la population active sera lente et progressive jusqu'en 2000 et sauf retournement des phénomènes migratoires, devrait s'accélérer jusqu'en 2020.
Paradoxalement, la ressource humaine demeure abondante à
l'échelle de l'AMM, compte-tenu du grand nombre de sans-emplois,
et sous réserve de formation.
Les phénomènes de migrations résidentielles
ont été très importants. Ils ont sans doute
contribué à accentuer la multipolarité de
l'AMM. Un quart des habitants recensés en 1990, n'habitaient
pas la même commune huit ans plus tôt. Ces migrants
sont jeunes, donc actifs. Marseille a perdu 190 000 habitants
entre 1982 et 1990, et elle en a gagné 100 000. Le même
phénomène est également observable à
Aix. Le départ d'actifs d'une commune ne signifient pas
forcément qu'ils n'y exercent plus leur activités.Les
déplacements domicile-travail se sont multipliés
fortement, soulevant la question cruciale des modes de transports
sur ce territoire...
Au début des années 90, les "sorties" (les départs) de Marseille ont produit un redéploiement économique sur tout le département: il est positif car il a structuré la métropole à une échelle plus large.
Aujourd'hui les "sorties" se font à l'intérieur
du tissu marseillais. Des populations se sont redistribuées,
vers Aix en particulier. Sont restées à Marseille,
les entreprises et les populations les moins mobiles.
Des centres-villes à revitaliser, une vocation particulière pour le centre de Marseille
Dans l'AMM, tous les centres-villes connaissent des problèmes
de dévitalisation que chaque commune s'efforce de contrebalancer.
S'ils ont à l'évidence un rôle local important, tous n'ont pas des fonctions métropolitaines comme c'est le cas pour le centre-ville de Marseille. En raison de la contribution qu'il doit apporter au développement national et international de toute l'AMM, le centre de Marseille doit faire l'objet d'une attention toute particulière.
Cet effort est d'autant plus nécessaire que l'état des lieux est problématique: la perte importante d'habitants dans les années 80 n'a pas été compensée par l'arrivée de tertiaire supérieur. La disparition de nombreux emplois et activités a laissé de nombreuses friches et un parc de logements vacants souvent dégradés. L'offre de logements est inadaptée aux jeunes et aux cadres, les espaces et les équipements publics sont de qualité médiocre.
Les fonctions économiques métropolitaines sont faiblement représentées sur le site et ne permettent pas de lui conférer un rôle stratégique et visible dans la métropole.
La volonté municipale - à terme, la volonté
métropolitaine ?- est de ramener au centre de Marseille
une population résidente, des actifs, des étudiants,
des touristes et des non-résidents et de réunir
les conditions d'une véritable attractivité, pour
que les fonctions d'envergure métropolitaine (universitaire,
judiciaire, culturelle, commerciale, financière, etc) puissent
s'y développer.
Habitat, mobilité: des questions à corréler
L'AMM présente une grande hétérogénéité sociale et économique. Les phénomènes de pauvreté repérables sont surtout liés à la perte d'emploi et au non-emploi.
La localisation des populations les plus fragiles économiquement
et socialement est corrélée non seulement aux logements
sociaux concentrés dans certaines zones de l'AMM, mais
aussi aux parcs privé et ancien souvent dégradés
qui sont facteurs de spatialisation de la pauvreté.
La spécialisation des territoires n'est pas complètement
le résultat de la programmation publique: il reste, de
fait, dans les représentations et les pratiques, des sites
valorisés et valorisants et d'autres qui sont dévalorisés
et dévalorisants.
Il semble que ce soit davantage en terme de modes de gestion de l'habitat social (modes d'affectation etc) et de flux des habitants qu'il faille agir, plutôt que dans une logique de gestion des stocks.
Les populations en situation économique difficile ne doivent pas être captives de leur lieu d'habitat. Il faut que les moyens d'une mobilité réelle soient mis en place: cela suppose que les transports en commun permettent l'accès à tous les points du territoire métropolitain: les lieux de gisements d'emploi, de formation, les équipements et services publics, les commerces, etc.
Par ailleurs, il s'agit également de remédier à
la massivité des migrations domicile-travail qui ont de
fortes conséquences sur le système de transports.
L'ensemble des questions d'habitat et de mobilité exige
un partenariat élargi qui puisse permette de les traiter
à l'échelle pertinente: celle de la métropole.
Les transports: le parti-pris automobile
Alors qu'elle est bien reliée à l'extérieur
(TGV, Port, aéroport, réseaux routiers), il y a
un gros déficit de relations de transports au sein de l'AMM.
Rappelons qu'il y a 30 ans, la SNCF desservait tous les villages des Bouches du Rhône; cela aurait pu constituer un réseau de transports en site propre...On a pris le parti du déplacement individuel; les collectivités ont cette responsabilité.
La très grande dispersion de l'habitat, de l'emploi, des universités, de l'école, des activités de loisirs, de commerce s'accompagne de la prédominance quasi exclusive de la voiture individuelle: elle est le moyen utilisée pour 95 % des déplacements ! Ils ne se font pas de villes à villes mais de lieux à lieux.
( On peut déplorer par exemple, que les habitants des quartiers-nord
de Marseille ne puissent pas aller travailler à Plan-de-Campagne
pour cause d'absence de transports en commun adéquats ).
La saturation des principales voies routières et autoroutières étant prévisible dans un futur proche, le recours aux transports en commun va se révéler incontournable.
Pour en concevoir un système pertinent, plutôt que
selon des limites communales, c'est à l'échelle
des différents rayons de captivité qu'il faudra
d'observer les points de concentration de l'habitat, des emplois,
des commerces, des équipements publics, de la formation
etc.
Maillage industriel, choix territoriaux: des conditions de métropolisation
Contrairement à l'idée reçue, un véritable maillage industriel fait de l'AMM le grand pôle industriel de la façade méditerranéenne française.
L'économie de l'AMM s'appuie sur un ensemble de grandes
entreprises inscrites dans une longue histoire: le port, l'aéronautique,
le raffinage, la pétrochimie, la maîtrise de l'eau
(EDF, Canal de Provence), la recherche nucléaire, l'off-shore,
la sidérurgie, l'électronique. Ces grandes organisations
ont tissé et développé des liens et des partenariats
avec les entreprises locales: sous-traitances, transfert de technologies
et de compétences, essaimage etc.
Contre une tendance à considérer le port comme une question à part, il faut insister sur le fait que les "problèmes" du port sont des problèmes industriels et qu'ils doivent être traités comme tels. Le port a joué un rôle essentiel pour les activités de négoce et le développement industriel du territoire. Il continue à tenir une grande place dans l'économie de l'aire. Si à la Spezia par exemple, le trafic de conteneurs ne crée pas d'activité industrielle, ce n'est pas le cas pour Marseille.
L'hinterland portuaire est actuellement moins développé
que celui de ses concurrents et l'organisation logistique qui
permettrait son extension est encore insuffisamment structurée.
Sans conteste, ils présentent de forts atouts à
exploiter.
Les secteurs traditionnels et très anciens de l'économie
locale ont connu tour à tour des crises sectorielles qui
ont vu la disparition d'entreprises et d'emplois dans l'agro-alimentaire,
le BTP, la construction et la réparation navale.
Le territoire présente un large éventail d'activités
très diverses avec en général des entreprises
de petite taille (84 % des établissements industriels ont
moins de 10 salariés).
Autrefois centrée sur Marseille et le port, l'industrie est "sortie" des frontières de la commune de Marseille vers Fos, Berre, Vitrolles, Aubagne, Aix.
Par sa politique de reconversion et les choix de territorialisation de ses grands engagements, l'Etat a une part de responsabilité dans cet éclatement géographique et économique dans l'AMM. Toutefois ce déploiement a permis des développements pour l'ensemble métropolitain, qui n'auraient sans doute pas été possibles dans les seules limites de la commune de Marseille.
En nombre d'entreprises industrielles, Marseille présente
aujourd'hui le même ratio qu'ailleurs (en particulier en
micro-électronique) mais en nombre d'emplois, ses chiffres
sont pour le moment inférieurs.
Les TPE participent à cette réindustrialisation. Récentes, les PME et TPE de l'informatique, de l'ingénierie technique, de l'électronique, quoique souvent peu visibles, forment un socle de développement technologique de ce territoire et sont, à terme, porteuses d'emploi. Ce développement s'appuie sur l'Université et la Recherche, tant publique que privée, qui sont de grande qualité, comme c'est le cas dans d'autres grandes métropoles.
Néanmoins elles présentent des lacunes qui ne permettent
pas le développement complet de certaines filières
pour lesquelles l'AMM a de forts atouts: c'est par exemple le
cas du secteur de la Chimie, qui, faute d'un appareil de recherche
et de formation suffisant, ne peut se développer en aval.
C'est le cas du secteur électronique qui souffre de l'insuffisance
de recherche-développement et de formation.
Par ailleurs, les grandes entreprises traditionnelles ne doivent
pas être négligées au profit de la seule "injonction
high-tech", à laquelle de nombreuses villes en France
cherchent à répondre...
Si l'AMM compte 40 % des établissements industriels et
47 % des actifs industriels de la région, on ne doit pas
perdre de vue la faiblesse des emplois technologiques et du tertiaire
stratégique (conception, industrie de pointe) dont on sait
qu'ils induisent fortement d'autres emplois.
Dans l'AMM la croissance du tertiaire concerne davantage des services
à la population (santé, commerce) que des services
aux entreprises, directement productifs et assurant le lien avec
les marchés (finances, transports, communication, conseil
etc).
Le système d'éducation et de formation:
adapté ? bien réparti ?
La structuration économique de la région dans le passé, a développé un modèle d'éducation où prédomine l'enseignement général. L'enseignement du 1er et 2ème degré accueille 370 000 élèves, les universités d'Aix-Marseille comptent 80 000 étudiants répartis essentiellement sur ces deux communes.
Une politique de déconcentration des établissements
menant au bac et bac + 2 se poursuit. Par contre les formations
universitaires restent concentrées sur quelques sites,
pour éviter une dispersion des équipes, des moyens,
des équipements.
Encore très concentrée dans certaines zones, la
formation continue doit, elle aussi, s'adapter aux besoins et
tenir compte de l'implantation des entreprises dans le territoire
métropolitain.
L'appareil éducatif est-il capable de répondre aux
exigences économiques et sociales d'une entité métropolitaine
en émergence ? aux caractéristiques de ses activités,
dans une organisation spatiale pertinente afin d'assurer le renouvellement
de la ressource humaine et sa requalification ?
Une agriculture métropolitaine importante,
dans des espaces discontinus
L'AMM est structurée par des espaces discontinus. Le fractionnement
et la variété des territoires (vastes espaces agricoles,
espaces naturels etc) accentuent la difficulté de comprendre
combien le fait urbain est généralisé. Les
paysages changent d'un kilomètre à l'autre mais
les modes de vies, de consommation, de commercialisation et les
mécanismes fonciers sont de nature urbaine.
Dans l'AMM, l'activité agricole occupe environ 110 000 ha et emploie directement 15 300 actifs. C'est un phénomène métropolitain. Les entreprises agricoles ont des démarches d'entreprises et le fonctionnement de cette économie a tendance à l'extensification. Cette agriculture méditerranéenne à forte valeur culturelle et patrimoniale est très productive. Elle se positionne aux premiers rangs nationaux pour les productions de légumes, de certains fruits, les superficies irrigables etc. Elle s'oriente de plus en plus vers les productions spécialisées de qualité.
Comme d'autres secteurs, elle subit la concurrence des pays à faible coûts de main-d'oeuvre.
Par ailleurs, l'activité agricole de l'AMM est menacée
par la pression foncière due à une urbanisation
mal maîtrisée et facteur de déstructuration
du tissu économique agricole.
Aménagement et développement durables ne peuvent
se limiter à des politiques de conservation et de protection
statique des espaces naturels et agraires. L'approche urbaine
et métropolitaine doit s'inscrire dans les dynamiques d'évolution
d'un environnement riche et composite.
Tourisme: un secteur sous-estimé, un levier
sous-exploité
Bien que dans les Bouches-du-Rhône, 50 000 emplois en dépendent, la fonction touristique est sous-exploitée et son importance mésestimée. Il y a peu de produits organisés et la cohérence de l'offre est insuffisante, malgré la multiplicité des atouts culturels, naturels, urbains, de loisirs etc. Marseille par exemple est aujourd'hui une grande ville culturelle au plan national et international (arts plastiques, audio-visuel etc).
Quand on sait combien le tourisme contribue à la "mise
en désir des lieux" pour les actifs, les entrepreneurs,
les investisseurs, il est urgent de professionnaliser et de former
ce secteur.
A propos des enjeux dans le contexte élargi....
Les phénomènes de "mondialisation" se traduisent entre autres par la métropolisation En général, les analyses menées sur la métropolisation présentent soit un caractère "économicocentriste" soit une approche"territorialiste"...Sur les terrains, la question qui se pose aux acteurs est souvent: comment articuler les deux versants ?
Dans un tel contexte global, l'Etat Français sait qu'il
doit faire des choix et accélérer certains processus.
Il attend de la région qu'elle lui dise ce qu'il faut faire
(créativité législative). Ainsi, la DTA de
l'AMM devra indiquer où faire porter l'effort public.
La DTA a avant tout un caractère stratégique: elle
oriente l'action publique sur des choix à moyen et long
terme. Elle requiert une vision dynamique des territoires, une
problématique élargie des espaces et des activités
de la communauté nationale. En ce sens, la réflexion
tient compte des facteurs-clés de la mondialisation-métropolisation.
Il faut bien entendu se garder de l'illusion selon laquelle l'aménagement
du territoire peut tout résoudre. Ainsi des problèmes
sociaux ou des problèmes économiques (ceux liés
à la faiblesse financière de l'AMM, par exemple)
échappent à ses modes d'actions. Il reste que l'aménagement
du territoire a son efficace propre.
Le travail amont de la DTA suppose que l'AMM soit décrite en interne certes, dans toutes ses dimensions dynamiques et contradictoires et ses spécificités, mais surtout, qu'elle soit considérée en corrélation indispensable avec "l'externe".
Il s'agit d'aborder l'AMM comme un système complexe, inscrit
dans d'autres systèmes plus larges et le tout en mouvement...
L'AMM est dans les faits, une métropole. En terme d'emploi, elle forme un seul espace, un continuum. Les populations et les entreprises pratiquent les espaces selon leurs besoins et les opportunités sans tenir compte des limites administratives. Les activités s'implantent là où se trouvent les meilleures conditions pour fonctionner. Parallèlement, on l'a vu, il manque un véritable réseau de transports en commun, à l'échelle, efficace, adapté, proportionné...
En majorité, les institutions de l'AMM fonctionnent dans
une logique de concurrence des territoires internes.
Sachant que l'AMM est une métropole de fait, l'objet de la DTA ne doit-il pas, entre autres, porter sur "comment trouver une efficacité supplémentaire pour fonctionner ?"
Pour répondre à cette question doit-on se borner
à penser en termes de densification ? Ne faudrait-il pas
considérer que la Métropole implique une répartition
nouvelle des fonctions ? Tenter de façonner un territoire
plus apte à accueillir (mieux et davantage) ?
Quels qualificatifs pour la métropole AMM
?
Comment concilier les aspects de continuum et les éléments de "métropole éclatée" que présentent l'AMM ?
Le seul modèle possible pour une métropole est-il celui du Centre Directionnel unique ?
Une métropole peut être bâtie sur un fait de discontinuité. Pour pouvoir gérer au mieux et profiter des dynamiques de cette discontinuité il est important de connaître avec précision les singularités de ce "paysage", ces centralités spécifiques.
La multipolarité, la sociologie populaire du centre-ville de Marseille -une particularité en France et en Europe- caractérisent la construction métropolitaine: elles peuvent se lire comme des chances pour une métropole consciente, c'est tenir compte et valoriser des qualités métropolitaines positives.
Au lieu de considérer comme un handicap le fait que les
fonctions métropolitaines soient "éclatées"
ne faut-il pas plutôt s'appuyer sur cette répartition
?
L'AMM est plutôt une métropole "généraliste", qu'une métropole "d'expertise" ou une métropole spécialisée. A ce libellé, on peut rétorquer: prétendre que l'on sait "tout" faire, cela veut dire qu'en fait on ne sait rien faire !
Prêtant moins à interprétation péjorative, peut-être serait-il préférable, au plan de la communication, de parler d'une " métropole diversifiée", d'une économie diversifiée ?
Quel que soit le terme employé, on peut défendre l'idée qu'une métropole de ce type a plus d'atouts et de richesses qu'une métropole d'expertise qui peut être victime d'une économie à caractère "volatil".
En fait, la situation économique de l'AMM présente
la coexistence de plusieurs formes dans le temps, plutôt
qu'un modèle "pur".
La métropole "représentée": des outils à construire
Faire ou non une métropole n'est pas une question d'institutions.
New York n'a pas d'institution de métropole proprement
dite; c'est pourtant une métropole ! Néanmoins
une métropolisation de fait doit se traduire par une métropolisation
institutionnelle
L'absence de cohérence institutionnelle à tous les niveaux constitue pour l'AMM un sérieux handicap.
Il n'y a pas d'identification, de personnalisation de l'agglomération, (au sens INSEE), par une structure intercommunale ou inter-institutionnelle. Personne ne parle au nom de la métropole. Il n'y a pas non plus d'outils d'étude, de gestion et de promotion de l'aire et permettant de dialoguer avec d'autres métropoles. Quant aux modes d'action, ils ne prennent pas en compte les ensembles urbains voisins ou plus lointains.
Si l'AMM doit effectivement jouer le rôle de régulation
et de mise en oeuvre des éléments, qui est la vocation
des aires métropolitaines, cette représentation
est à construire. Il importe de travailler à la
lisibilité de l'AMM et la DTA devra l'afficher.
Des questions nationales : quelle métropole au sud ?
Il est indispensable de replacer la question de l'avenir de l'AMM dans les ambitions et les choix nationaux de la France.
En Europe, la tendance est à la polarisation...L'État Français accepte-t-il d'encourager une telle polarisation sur certaines régions comme l'Ile-de-France ? Quel modèle souhaite-t-il développer ?
La France a-t-elle une politique au Sud ? Laquelle ? Les politiques européennes doivent être articulés à de l'Aménagement du Territoire, comment ? etc.
Le modèle dominant de "métropole extensive"
est un modèle d'exception. Si l'on considère qu'il
s'agit du territoire couvert en une ou deux heures de TGV, il
y a, en France, deux métropoles de ce type: la Métropole
Francilienne (Paris-Lille-Basse-Seine) et la Métropole
extensive Sud que forme le triangle Marseille-Lyon-Massif Central.
On sait que les trois régions du grand Sud-Est sont celles qui connaîtront le plus fort essor démographique des 25 prochaines années.
Ainsi dans la troisième agglomération de France (après Paris et Lyon), au coeur de la troisième aire urbaine (après Paris et Lille), Marseille n'est pas ce qu'on a appelé une "petite Grande ville". Elle se situe dans l'aire urbaine sud-rhodanienne, au centre d'un ensemble de villes méditerranéennes qui représente plus de 4 millions d'habitants, et qui fait partie de l'Europe du Nord.
Le développement de l'AMM ne peut se concevoir sans référence
à la métropole lyonnaise et au système urbain
rhônalpin. De même l'intercommunalité à
l'intérieur de l'AMM doit s'accompagner de la prise en
compte du devenir et des stratégies des villes voisines
appartenant à ce même système métropolisé.
Le travail de pré-étude doit montrer que Marseille
est dans un concert urbain proche et très actif et que
la DTA doit en tenir compte.
L'enjeu économique de l'AMM est de fait national. A ce
titre, il est utile de rappeller les potentialités géographiques,
les incohérences, les lacunes et quelques hypothèses.
Potentialités géographiques de l'AMM, incohérences, hypothèses...
Le simple constat cartographique fait apparaître l'AMM,
à l'intersection du couloir rhodanien et de la façade
méditerranéenne, à une position semble-t-il
incontournable...
Or, la création des autoroutes A8 et A9 qui divergent en amont d'Avignon, le projet du TGV qui pourrait diverger aussi, évoquent ces projets espagnol et italien qui consistent à relier les deux pays à l'Europe du Nord, plutôt qu'entre eux. Pas étonnant qu'en terme de représentations, pour beaucoup d'acteurs, la rocade méditerranéenne soit l'axe Barcelone-Lyon-Milan.
A l'évidence, on ne pourra pas réaliser "l'arc méditerranéen", si la majorité des flux continuent de le contourner par le nord.
Le manque de solidarité des villes du littoral facilite sans doute ce type de tendance.
En outre les flux est-ouest, à toutes les échelles
-interurbaine, interrégionale, internationale- présentent
de grandes faiblesses.
Pour répondre à ces tendances, on peut faire l'hypothèse
qu'une cohérence interne de la Métropole (1,7 million
d'habitants), celle de l'aire urbaine (2,8 millions) et celle
du Concert Métropolitain méditerranéen (avec
Nice et Montpellier: 4,3 millions) devrait pouvoir empêcher
la "péninsularisation" de la façade méditerranéenne
française, alors que celle-ci qui compte, entre autres,
onze universités, trois grands aéroports, et le
premier port de France...
Marseille-Fos reste et de loin le premier port méditerranéen et surtout, le seul a être potentiellement branché aussi directement sur l'Europe du Nord, par les axes routier, ferroviaire et en partie fluvial Rhône-Saône-Rhin.
Avec l'espace disponible qu'elle offre, la zone de Fos a une capacité
forte d'accueil des entreprises. Elle présente des compétences
dans la gestion des entreprises à risque. Un début
de collaboration s'est amorcé avec la Métropole-Lyon.
Au delà des emplois directs, le pôle port/logistique
est un des pivots majeurs du développement économique
international de la France vers l'espace méditerranéen
et l'Extrême-Orient. Son avenir dépend de sa capacité
à affronter la concurrence des autres ports méditerranéens
et ceux du Nord, en particulier pour le trafic de conteneurs.
Dans l'hypothèse où seuls quelques grands centres de distribution vont emerger, en Europe, l'AMM pourrait se positionner naturellement pour assurer la grande distribution de l'Arc Latin. Des projets logistiques en cours intéressent les opérateurs; il manque encore des services pour permettre l'élargissement de l'hinterland portuaire et son organisation. La création d'un réseau de plates-formes logistiques multimodale compléterait ce développement et assurerait une plus grande visibilité.
Si la France a l'ambition de donner à ce territoire un
rôle géostratégique vers la Méditerranée
et le monde, la métropole ne peut se contenter d'être
un lieu de transit de flux et ses fonctions internationales doivent
y être notoirement développées et encouragées.
A propos de présentation et de rédaction de la pré-étude pour la DTA....
comment dire, que dire, que préconiser
?
Premiers éléments de problématique
Comment construire de la métropolité, comment passer
de la richesse potentielle à la fécondité
? Tel est le souci qui a inspiré la première version
de la pré-étude. Elle s'appuie sur quatre couples
de contradictions essentielles :
L'AMM vécue/ l'AMM gouvernée. Il faut résoudre
le décalage croissant entre les pratiques des habitants
et l'action publique.
La gestion économe porte sur un paradoxe: à court
terme, une encore-disponibilité d'espace et à long
terme, le risque de gaspillage.
La segmentation vient d'une mauvaise coordination des politiques
publiques; cela implique qu'il faut traiter de la mixité
des politiques publiques...
Il y a d'un côté la logique économique pure, de l'autre côté, un besoin de lisibilité des grandes stratégies économiques publiques.
Il s'agit de sortir de la simple logique économique et
de bâtir des synergies pour produire des schémas.
La phase d'étude préalable se traduit par trois orientations :
"Stratégie" de rédaction de la pré-étude: les atouts différenciateurs
D'autres métropoles du Sud de l'Europe présentent
des atouts équivalents à ceux de l'AMM: universités,
bon niveau en laboratoires de recherche privée et publique,
qualités de l'environnement naturel, attraits, climat,
patrimoine archéologique, historique, culturel, développement
des hautes technologies...La pré-étude doit s'appuyer
sur ce qui est différenciateur. Les atouts retenus sont:
Le propre des avantages comparatifs, c'est qu'ils sont éphémères...toutefois on peut en faire valoir deux qui ont du poids :
En conclusion très provisoire:
Remarques, précautions à prendre,
questions...
De par son caractère "crucial" pour les orientations à venir, le long et vaste travail qui l'a précédé, la rédaction de la pré-étude, dans sa forme même, soulève des questions de fond, rappelle des difficultés, suscite de nombreuses réactions.
Probablement dus aussi à une attente très forte
concernant ce document, des sentiments de frustration d'insatisfaction,
des hésitations, des doutes se manifestent.
La DTA est un acte de l'État: nous n'avons pas à parler au nom du territoire. La DTA doit parler au territoire. Mais qui est-il ? il n'a pas de voix...
Les réalisations passées prouvent qu'on ne manque pas de moyens: on manque de cohérence politique, de cohérence de politiques, de cohérence institutionnelle. Il y a un important problème de cohésion interne à régler.
Quels moyens se donner pour traiter la mixité des politiques
? la traiter au niveau des territoires ? (comment quand on sait
qu'il a le territoire vécu et le territoire institutionnel
?)
On n'a pas le sentiment évident que faire une DTA soit la meilleure solution. Au delà du diagnostic juste sur le passé, il faut probablement être moins affirmatif dans les options, car de forts changements affectent tout le contexte. Sans doute faut-il poser davantage de questions dans le document, ne garder que quelques questions fortes...
La DTA pourrait alors prendre une forme plus intéressante,
devenir une procédure plus ouverte au plan régional.
Ce serait l'occasion de construire cette concertation, cette communication,
dont on a montré l'importance dans la réussite de
certains processus d'aménagement. Il ne faut pas rater
cette démarche.
La réflexion semble manquer d'un souffle, d'une ambition.
La question ne devrait-elle pas être, qu'est ce qu'on prépare
pour demain ?
La DTA est-elle faite pour résoudre les problèmes
de gestion de l'AMM ?
Il faudrait éviter une vision trop gestionnaire de l'espace et des conflits. En effet, une des caractéristiques de l'AMM, c'est qu'elle est en développement. Aussi, attention à ne pas trop brider les formes de développement, à ne pas l'achever trop vite en le figeant dans un sch&eacu