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Compte-rendu du 29/11/90

A propos de l'industrie




Ont participé à cette réunion qui s'est déroulée au Port autonome de Marseille, à la Tour Vigie de Fos

Claire BIDART, Jean BONNIER, Edith CHOURAQUI, André DE LOS SANTOS, Nathalie DELPIERRE, Dominique DENIAU, Michel DRAIN, 3ean ECOCHARD, Thierry FELLMANN, Alain FREYRlA, Lucien GALLAS, Daniel GRANDE, Vincent GUIMEZANES, Michel GUTSATZ, Jean-Claude JUAN, Philippe LANGEVIN, Françis LE MERLUS, Michel LORNE, Christian MIHIERE, Bernard MOREL, Didier PICHERAL, Alain SALESSY, Claire SANJUAN, Jean-Louis SCHWENDIMAN, Jean-Claude SOUCHE, Bernard TABUTEAU, François THIERRY, Etienne TUSLANE, Jean VIARD, Jean-Benoît ZIMMERMAN.

Généralement, parler de l'industrie sur l'Aire Métropolitaine Marseillaise, c'est commencer par énoncer les constats suivants :
  • Sous-industrialisation du département des Bouches-du-Rhône au regard des moyennes nationales : 15,8% de la population active de ce département travaille dans l'industrie contre 22,9 % sur le plan national.
  • Déclin, voire extinction des secteurs industriels traditionnellement porteurs de l'économie, comme celui de la construction navale.
  • Pertes de 30 000 emplois dans les secteurs du textile des cuirs et des peaux de la construction navale, de l'agro-alimentaire,... qui n'ont pas été totalement compensées par les créations d'emplois dans les secteurs des hautes technologies et dans le tertiaire (tourisme et services financiers notamment).
  • Taux de chômage élevé puisqu'il est de 13 96.

    Tenter d'apporter des solutions à ces différents aspects de la question passe par la prise en compte d'une caractéristique fondamentale de l'économie de l'Aire Métropolitaine Marseillaise, à savoir l'hétérogénéité du tissu industriel.

    Il est en majorité composé de petites entreprises : 84 % des établissements industriels du département des Bouches-du-Rhône ont moins de dix salariés. Ce phénomène prend son origine dans l'histoire du développement industriel de Marseille basé sur une logique économique proche du capitalisme concurrentiel par opposition au capitalisme moderniste et productiviste.

    Les établissements industriels sont localisés à Fos avec la sidérurgie et la chimie, à Marseille avec la réparation navale et l'off-shore, dans la vallée de l'Arc avec l'électronique, dans la vallée de l'Huveaune avec l'agro-alimentaire; mais le seul pôle industriel vraiment significatif (en termes de masse critique) est celui de la pétrochimie autour de l'Etang de Berre.
    Dans ce contexte, le rôle des grandes entreprises est souvent qualifié de déterminant

    Elles permettraient de structurer cet ensemble par la mise en place de dynamiques territoriales, c'est-à-dire en induisant des types de regroupement spécifiques pour chaque zone d'activités à partir des innovations technologiques dont elles sont porteuses, et en irriguant progressivement les activités industrielles traditionnelles.

    Ce compte rendu de réunion a été élaboré par Melle Nathalie DELPIERRE, en stage au Service d'Etudes du Secrétariat Général pour les Affaires Régionales.

    L'exemple d'SGS - THOMSON à Rousset en est une illustration précise. L'installation de cet établissement, par la création de 1000 emplois directs et 2000 emplois induits, par des retombées en termes de sous-traitance et d'essaimage a donné une orientation aux activités de la Vallée de l'Arc. Le secteur de l'électronique y est donc dominant.

    Dans ces conditions, si l'on reconnaît que l'implantation d'une grande entreprise telle que SG5 - THOM5ON est porteuse de développement économique pour toute une zone, on conçoit très facilement quelles conséquences désastreuses pourraient résulter de son départ, menace évoquée compte tenu de la stratégie du groupe multinational et des lourds investissements dont il est question dans la région grenobloise pour s'adapter à une évolution de la technologie dans le secteur.

    Quels arguments les collectivités locales peuvent-elles utiliser pour infléchir la stratégie générale de l'entreprise, celle-ci visant au regroupement des unités pour des impératifs de compétitivité?
    De façon plus générale, de quels moyens disposent les collectivités locales pour garder les entreprises installées sur leur territoire et pour en attirer d'autres ?
    Dans quelle logique doivent-elles se placer ?


    Une logique en termes d'aides

    Ces aides concernent directement ou indirectement le domaine financier. Elles prennent soit la forme d'exonérations fiscales liées aux zones d'entreprises (à noter le dynamisme du site d'Aubagne-Gémenos depuis trois ans), soit d'autres formes telles que les primes ou les subventions.

    Elles peuvent contribuer à réduire un obstacle essentiel à l'installation des entreprises sur l'Aire Métropolitaine marseillaise, à savoir la cherté des terrains (en particulier par rapport aux pays étrangers). Cependant, les entreprises n'ont pas pris l'habitude d'investir dans l'immobilier et les collectivités locales manquent de moyens pour leur en offrir en location.

    L'intervention économique des collectivités locales en termes d'aides aux entreprises dépend avant tout de leurs ressources financières qui ont un poids très relatif par rapport aux besoins des entreprises. Donc, il s'agit pour les collectivités locales de faire des choix stratégiques :
    - Des aides sélectives (en fonction des retombées sur le nombre d'emplois par exemple) sont-elles plus efficaces que des aides réparties dans les différents secteurs d'activité ou l'inverse ?
    - Les aides publiques doivent-elles être mobilisées de préférence pour de grands investissements industriels ou pour le développement de petites entreprises ?
    - Faut-il à tout prix chercher à maintenir certaines entreprises ? N'y-a-t-il pas, dans ce cas, déperdition de moyens qui pourraient être utilisés à en créer ou à en faire venir d'autres ?

    Les choix à conduire n'étant pas forcément exclusifs les uns des autres.

    Ces aides pouvant provenir de multiples sources institutionnelles, elles posent le problème de l'insuffisance de concertation entre les différents niveaux décisionnels publics.

    Sur l'Aire Métropolitaine Marseillaise, deux exemples peuvent en être donnés
    - Aucune décision n'a été prise concernant la répartition de 100 hectares de zones d'entreprises, sur les 300 accordées par décret en Conseil d'Etat il y a 5 ans, entre les différentes communes autorisées à en bénéficier. Ces 100 hectares seront perdus dans trois mois si un consensus n'a pas été réalisé d'ici la.
    - Les dirigeants d'SGS - THCMSON envisagent de conforter leurs installations dans la zone de Grenoble ou un véritable dialogue s'est instaure avec les collectivités locales dont le maire de Grenoble.

    C'est pour pallier cette insuffisance qu'un "guichet unique1, vient de se mettre en place à l'initiative des villes d'Aix-en-Provence et de Marseille, du Conseil Général des Bouches-du-Rhône et de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Marseille. Jusque la, on peut dire que seul l'Etat assurait quelque cohérence au système en négociant par projet avec les collectivités locales.

    On peut observer qu'à l'étranger, par exemple au pays de Galles, s'est instaurée une véritable concertation permettant à environ 1000 à 1500 personnes, réparties dans différentes structures, de travailler en synergie pour favoriser l'implantation des entreprises.

    Enfin, il n'existe pas de moyen d'évaluation de ces aides. On sait qu'elles sont déterminantes, on sait que leur absence est un handicap dans la concurrence que se livrent les différentes communes sur le territoire, mais on ne sait pas comment ces aides diverses agissent vraiment.

    On suppose :
    - que ces aides sont surtout profitables aux grandes entreprises,
    - qu'il existe une relation entre l'attribution d'aides publiques et les créations d'emplois dans le secteur tertiaire, celle-ci étant beaucoup moins évidente à repérer ailleurs,
    - que si on supprimait ces aides, la situation économique de l'Aire Métropolitaine Marseillaise serait sans doute moins bonne,
    - que ces aides peuvent aussi induire des effets pervers en empêchant une certaine forme d'auto-régulation.

    Face à ces incertitudes, les collectivités locales doivent réviser leur dispositif de soutien aux entreprises et prouver leur volontarisme économique en associant a, leur logique en termes d'aides directes une logique en termes d'externalités, cette dernière ne s'inscrivant plus dans le cadre d'une gestion à court terme, mais dans celui d'une gestion à moyen et long termes.


    Une logique en termes d'externalités...

    Elle consiste à renforcer toute une série de facteurs favorables à l'implantation des entreprises dans l'Aire Métropolitaine Marseillaise :
  • Elaboration et affichage d'un véritable projet régional concerté c'est-à-dire d'une réelle politique industrielle (stratégie technologique création de potentiel...) capable de rassurer les entrepreneurs quant au dynamisme de l'espace sur lequel ils ont décidé de s'installer.
  • Equipement du territoire en infrastructures de transport, en immobilier d'entreprises...
  • Services aux entreprises tels que services financiers, assurances, services d'export,


    Qualification des hommes

    Les besoins exprimés par les entreprises de l'Aire Métropolitaine Marseillaise concernent une main d'oeuvre technique qualifiée plutôt de formation "BAC+2". Il est bien connu que l'Académie d'Aix-Marseille souffre d'un déficit en techniciens diplômés (sans parler de l'insuffisance du nombre d'ingénieurs qu'elle forme).

    Tout cela montre l'urgence de voir aboutir la réflexion sur les nouveaux métiers et les nouvelles qualifications, la mise en place d'un observatoire de la formation, la définition des véritables besoins en formation du point de vue des entreprises, qui seraient alors négociés dans un contrat avec les partenaires publics.


    Soutien à l'innovation et à sa diffusion

    Face aux deux défis que représentent le changement technologique et l'accroissement de la concurrence, l'atout que représente la capacité régionale de recherche trouve encore ses limites malgré des efforts dans le transfert aux entreprises. Les pouvoirs publics ont donc à soutenir aussi bien les centres de recherches, que les centres de transferts assurant la liaison entre entreprises, universités et laboratoires divers.

    Mais comment assurer la diffusion de l'innovation auprès des petites entreprises traditionnelles ? De par leur taille, celles-ci ont des services de gestion, de commerce, de commerce international et de recherche peu développés (quand elles en ont !). De ce fait, elle se trouvent en dehors des courants d'innovation et risquent de disparaître avec toutes leurs compétences. Faire grossir ces entreprises pour leur permettre d'accéder à ces courants d'innovation pourrait donc être une condition de leur survie.


    Conclusion...

    Chercher à garder les entreprises ou à en attirer d'autres sur l'Aire Métropolitaine Marseillaise, c'est sans doute partir de leurs besoins, mais aussi avoir une stratégie économique identifiée.

    Certaines entreprises, comme celles qui travaillent pour un marché local, ont besoin de personnel qualifié donc d'actions de formation et d'autres aides indirectes ; d'autres intégrées dans des filières nationales, ont besoin d'aides directes en fonction de leurs impératifs en termes de coûts de production d'autres encore sont plus sensibles à l'environnement économique et culturel... A ces différentes logiques s'ajoutent celles des entrepreneurs qui privilégient la beauté du site ou le temps passé dans les transports...

    Face à cette complexité, les collectivités locales s'orienteront-elles vers une politique industrielle concertée, associant une approche de la situation à court terme (gestion au quotidien) avec une approche à moyen et long termes (création des conditions du dynamisme), pour développer le maximum de facteurs d'attractivité ?