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A PROPOS DE L'EUROPE



SOMMAIRE


Débat n° 1. - Le projet européen, une avancée ou un recul


Débat N° 2.- Agriculture, industrie, développement en Méditerranée : Libre-échange ou développement endogène ?


Débat n° 3. - l'enjeu du forum civil de Barcelone




A propos du projet de l'Union européenne...

Le projet euro-méditerranée de l'Union européenne va être soumis aux partenaires méditerranéens à Barcelone les 27 et 28 novembre prochains.

Cette proposition a déjà été faite aux différents partenaires méditerranéens et l'Union Européenne a testé la recevabilité de ces propositions. L'objectif de la conférence est de déboucher sur des perspectives en amendant le texte.

Le texte est d'abord le fruit d'une longue négociation entre la France et l'Allemagne, la nécessité de procéder à un rééquilibrage de la politique européenne, compte tenu de l'attirance manifeste de l'Allemagne vers les Pays de l'Europe Centrale et Orientale (PECO).

Les précédents documents de l'Union européenne, à l'occasion des Conseils européens de Corfou (juin1994) et d'Essen (décembre 1994) avaient déjà constaté l'interdépendance croissante entre l'Europe et la Méditerranée et mis en lumière combien les intérêts vitaux de l'Europe étaient engagés en Méditerranée. Il y a désormais prise de conscience que l'Europe ne peut plus se désintéresser de la Méditerranée.

L'Union européenne souhaite donc désormais mettre en place un véritable partenariat euro-méditerranéen, afin que le bassin méditerranéen devienne une "zone d'échange et de dialogue garantissant la paix, la stabilité et le bien-être sur ses rives".

Le projet est conçu comme un processus progressif. La définition d'un cadre multilatéral entre l'Europe et l'autre rive de la Méditerranée est complémentaire d'un renforcement des relations bilatérales avec chaque pays méditerranéen.

Le partenariat euro-méditerranéen comporte trois volets :

* un volet politique et de sécurité,
* un volet économique et financier,
* un volet social et humain.

Le volet économique et financier est essentiel : il est fondé sur un processus de libéralisation économique (en conformité avec les accords mondiaux sur le commerce) avec la création d'une zone de libre-échange dont l'achèvement est prévu pour l'année 2010. Les produits et les capitaux circuleront librement ; avec un renforcement du cadre multilatéral et de la coopération régionale, cet ensemble formera la plus grande zone de libre-échange du monde.

La création de cette zone de libre-échange sera accompagnée par un accroissement apparemment substantiel de la coopération financière de la rive Nord vers la rive Sud.

Le volet politique et de sécurité réaffirme l'attachement à un certain nombre de principe démocratique (droits de l'homme, Etat de droit etc...) et de bon voisinage.

Le volet social et humain invite à encourager la participation de la société civile au partenariat euro-méditerranéen, à développer les instruments de coopération décentralisée, à une

concertation en vue de réduire la pression migratoire.

Le dialogue global viserait à compléter les dialogues bilatéraux et prévoit en outre une augmentation substantielle de l'engagement financier européen, porté à 11 milliards d'Ecus (Commission européenne et Banque européenne d'investissement), cette aide s'ajoutant aux aides bilatérales européennes et extra-européennes.

1. Ce projet a fait l'objet d'une critique forte de la part du Conseil économique et social européen.

Outre la faiblesse du volet social et humain (qui était au centre de la politique méditerranéenne rénovée), le CES a beaucoup insisté sur les difficultés réelles de mise en oeuvre de ce projet, projet qui pourrait prêter le flan à l'accusation de nouvel impérialisme européen, si la zone de libre-échange ne s'accompagnait pas d'une aide conséquente aux réformes structurelles, et si le problème de la dette était ignoré dans la conférence de Barcelone.

Outre que l'engagement financier proposé peut toujours être mis en cause par la suite, l'ambition de ce projet nécessiterait une vision de long terme. Sans cela, le projet de zone de libre-échange pourrait fort bien conduire, a-contrario des objectifs affichés, à accelérer le processus de destructuration dans ces pays.

Cette tonalité critique à l'égard du projet européen s'est retrouvée lors du colloque qui s'est tenu les 28 et 29 octobre à l'IMA à l'initiative d'un groupe de chercheurs et d'universitaires. Si l'idée d'une zone de libre-échange y était acceptée, le colloque soulignait que sans une véritable mise à niveau de l'offre en Méditerranée et une prise en compte réelle de la question agricole dans les négociations, le projet pourrait se révéler plus déstabilisateur pour ces pays que réellement opérant.


2. Avis du colloque EUMED (Institut du Monde Arabe) : l'Euro-méditerranée, une région à construire 28-29 septembre 1995

Les attendus du colloque

1. Il ne semble pas y avoir d'alternative au projet de la Commission européenne dans sa ligne directrice.

2. La zone de libre-échange : philosophie, critique, conditions de réussite, marges de manoeuvre dans le projet de la Commission européenne.

3. L'avantage comparatif méditerranéen.

4. La mise à niveau de l'offre et les mesures d'accompagnement.

5. L'aspect géostratégique.

Les attendus du colloque

Organisé à l'initiative d'un groupe d'universitaires et de chercheurs, le groupe EUMED, et soutenu conjointement par la Commission européenne et l'Institut du Monde Arabe, ce colloque s'inscrivait directement dans la perspective de la prochaine conférence de Barcelone.

De la politique méditerranéenne rénovée du début de la décennie à l'actuel projet de zone de libre-échange européenne, l'Europe semble se doter enfin d'une certaine ambition méditerranéenne. C'est cette ambition même qui exigeait qu'on examine sa cohérence.

Rappelons d'abord les principales questions qui motivaient l'organisation de ce colloque :

1. Une interrogation principale sur la cohérence économique de l'architecture envisagée par la Communauté. Le coeur du dispositif qui est proposé aux pays méditerranéens est en effet bien économique : une dynamique bénéfique d'ajustement, d'investissement, etc... est attendu d'un abandon programmé des protections extérieures vis-à-vis de la Communauté, conjuguée avec un décloisonnement des économies du Sud, faisant ainsi apparaître un espace économique régional en filigrane.

Questions : Le projet présente-t-il une crédibilité économique suffisante pour mobiliser à la hauteur voulue tous les intervenants, acteurs publics et opérateurs privés ? Les capacités naturelles d'affirmation d'un ensemble économique euro-méditerranéen dans le contexte de mondialisation/régionalisation en cours, sont-elles solides ?

2. La proposition de création d'une zone de libre-échange s'inscrit, malgré ce qui est affiché, dans une indétermination et un vide stratégique. On est face à une absence d'interlocuteurs unis au Sud. D'autre part, les fondements et les finalités de la construction régionale (dans la zone méditerranéenne), malgré l'élargissement du champ du dialogue et des coopérations, reste très imprécise.

3. Enfin, comment ne pas relever que les incertitudes stratégiques sont aussi de nature politique et culturelle ? Quelle est notamment l'articulation entre ce projet et les relations euro-arabes?.

I. Il ne semble pas y avoir d'alternatives à l'acceptation du projet de la Commission européenne dans sa ligne directrice :

Malgré une ou deux critiques très fortes de la zone de libre-échange, la quasi-totalité des participants faisait contre mauvaise fortune bon coeur :

* Le projet est un pari contestable, mais la nécessité de sortir coûte que coûte d'un statut-quo qui devient insoutenable pour les pays méditerranéens oblige à considérer que cette proposition européenne est en soi une avancée. C'est la condition du renforcement de la construction elle-même. Les effets du libre-échange peuvent être catastrophiques pour les PSEM (1) mais l'Europe n'a rien d'autre à proposer que le libre-échange . En outre, le projet ne se réduit pas à une zone de libre-échange ; il est plus ambitieux. Se faisait jour l'idée sous-jacente qu'on ne pourrait pas construire cette région à l'encontre de la mondialisation : outre que cela serait "suicidaire" pour l'Europe, les faits imposeraient en tout état de cause l'ouverture de l'économie des partenaires méditerranéens. C'est donc dans ce cadre que le partenariat euro-méditerannéen doit s'inscrire, même si le "grain à moudre" est ailleurs dans le projet.

2. La zone de libre-échange : philosophie, critiques, conditions de réussite, marges de manoeuvre dans le projet de la commission européenne

* Les finalités de la ZLE ne sont pas d'ordre commercial comme l'ALENA (2), mais il s'agit d'abord de créer un espace de crédibilité pour les mouvements de capitaux. Est recherché un effet d'annonce pour les investisseurs privés par l'adoption d'un cadre conforme aux politiques macro-économiques libérales et aux préconisations des institutions financières internationales. Ces investissements sont d'autant plus importants que ces pays disposent de très peu de capital, en dehors des revenus de transfert des travailleurs immigrés (en diminution), du tourisme et des hydrocarbures, et qu'il leur faut aujourd'hui construire de nouvelles spécialisations en dehors du textile. Cest donc principalement l'entrée de capitaux extérieurs (IDE) (3) qui est attendue.

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(1) PSEM : Pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée

(2) ALENA : Association de Libre-Echange d'Amérique du Nord

(3) IDE : Investissements directs étrangers

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Un autre "postulat" serait que les économies libéralisées fonctionnent mieux, avec des Etats en voie de rationalisation. Cette dynamique bénéfique d'investissements/ajustements serait la condition première d'un développement durable.

Mais les risques et les effets négatifs de la création de la ZLE ont bien été soulignés :

Or, toutes les simulations montrent que le résultat attendu est une perte de croissance pour ces pays, au moins dans un premier temps. S'ajoutent d'autres effets dont l'aspect positif est contestable : le prix des biens importés va diminuer, la productivité devrait augmenter en éliminant les entreprises non concurrentielles. L'ensemble de la politique macro-économique est directement impliqué : le démantèlement tarifaire implique une baisse des recettes, et donc des dépenses publiques, c'est-à-dire pour certaines des dépenses d'investissement (contradiction avec l'objectif). Pour pallier à la baisse des recettes, le Gouvernement peut augmenter la fiscalité, et donc mettre en place une politique récessive qui va nécessairement poser des problèmes aux populations.

Contestables également dans le projet, les missions assignées par la Commission européenne aux Etats du Sud, missions qui correspondent au "SMIC de la politique économique". En effet, les Etats de la rive Sud doivent créer les conditions d'un libre-échange, qui va d'abord favoriser les entreprises européennes. Ces Etats devront soutenir les petites entreprises confrontées à la concurrence. L'Etat doit veiller à réduire le déficit de la balance commerciale et le déficit monétaire. Il devra gérer les destructurations sectorielles du marché du travail, et aider à privatiser les entreprises publiques.

D'autres contraintes s'y ajoutent :

Ce texte n'a-t-il pas pour but simple d'ouvrir les marchés du sud au nord, dans le cadre d'une philosophie libérale faisant fi des déséquilibres existants ? Les Etats seraient alors simplement les vecteurs des ajustements structurels par le haut (FMI) et par le bas.

Il n'est pas dit qu'ils pourront en gérer les conséquences...

Pour cela il faut des politiques d'accompagnement de la croissance qui ne peuvent être que des politiques de non-orthodoxie financière, d'association politique, des Etats acteurs du développement et du côté européen, une action sur l'offre et des mesures d'accompagnement. L'enjeu principal de Barcelone est de dépasser les logiques récessionnistes, et d'opérer des transferts de ressources. En engageant de la sorte les pays méditerranéens à poursuivre la libéralisation de leur économie, l'Union européenne prend à cet égard des responsabilités qu'elle devra se donner les moyens d'assumer.

Sur les huit chapitres de l'accord, quatre concernent la coopération :

Au-delà du renforcement de la coopération politique, la coopération financière triple par rapport à la période 1992-1996. (Commission européenne 4,6 milliards d'Ecus, Banque européenne d'investissements 6,8 milliards). C'est mieux qu'avant, mais le rapport ne sous-estime-t-il pas la possibilité de financement des pays européens au sud ? L'Allemagne, rappelons-le, a déjà investi 200 milliards d'Ecus dans l'ex-RDA.. On se demande également si la dette sera à l'ordre du jour à Barcelone.

3. L'avantage comparatif méditerranéen

Les européens ont-ils un intérêt économique à créer la région économique euro-méditerranéenne?

Le principal argument en faveur des PSEM, c'est le retour des proximités géographiques : le développement des zones de proximité induirait beaucoup plus de développement en Europe que celui de zones plus lointaines.

Il semble en fait que nos firmes n'aient pas d'intérêt "micro-économique" à investir dans ces pays aujourd'hui. Elles préfèrent l'Asie dans une logique de coût et les PECO dans une logique de flux tendus, mais elles ont un intérêt macro-économique : la stimulation des exportations.

La situation n'est toutefois pas figée comme le montre la construction européenne qui a créé une nouvelle économie européenne ; ce sont les hommes politiques qui ont fait naître une nouvelle réalité économique à force de volonté.

Il est certain qu'en l'état, l'avantage comparatif salarial des PECO semble plus prometteur, si l'on considère certaines variables.

Les coûts internes et les coûts internationaux de la main-d'oeuvre ne sont pas les mêmes ; ils varient en fonction du taux de change et des dévaluations. Or le coût international de la main-d'oeuvre est d'autant plus élevé que le surplus agricole est faible dans le pays. Dans les PSEM, l'agriculture est faible, la pression démographique forte, le recours à l'importation alimentaire, y compris pour les produits de base, est très important et la part du revenu moyen consacré à l'alimentation dépasse parfois les 50 % (Egypte). Le résultat est que les Etats sont dans l'incapacité d'utiliser l'arme de la dévaluation, le risque social étant beaucoup trop grand. Le résultat est que le coût international de la main-d'oeuvre est sensiblement plus élevé dans les PSEM. Le problème pourrait toutefois trouver sa solution si le problème agricole était inclus dans la négociation, ce qui n'est pas le cas ; une nouvelle PAC permettrait la livraison de denrées massives, de modifier les taux de change et donc de réduire le coût international de la main-d'oeuvre. Le crise de l'offre présente de nombreux aspects dans les PSEM, mais c'est d'abord une crise de la reproduction de la force du travail. L'agriculture, y est probablement le problème le plus important.

4. La mise à niveau de l'offre et les mesures d'accompagnement

Jusqu'ici la politique méditerranéenne de la Communauté européenne avait privilégié l'action sur sa propre demande. Le temps est venu d'agir sur l'offre des PSEM.

La crise de l'offre s'approfondit en Méditerranée. Elle connait une dégradation continue.

Qui va réaliser cet effort de mise à niveau de l'offre en Méditerranée si les missions assignées par l'Union européenne aux Etats du Sud représentent le "SMIC de la politique économique ?. Quelle compatibilité peut-il y avoir entre les politiques d'ajustement et les politiques de l'offre ? .

L'offre des PSEM est déficiente en terme de formation, d'infrastructures, de citoyenneté, de fragilité de l'Etat de droit. La présence de l'Etat-tuteur y est toujours envahissante. Les problèmes de gestion des équipements, de délai, d'organisation sont flagrants.

Rappelons que pour une croissance moyenne au Sud de 5 % environ, l'Algérie a englouti 250 milliards et la Lybie une somme équivalente. Bien que les économies du Sud soient des économies ouvertes (X/ PIB = 22 % dans l'ensemble de la région, Jordanie 32 % = Corée du Sud), cette région n'est pas suffisamment développée pour que les IDE s'y dirigent.

Il est par ailleurs certain que la libéralisation ne suffira pas pour supprimer les rentes de situation (voir la politique de l'infitah en Egypte) ; on a trop peu parlé du changement institutionnel qui a accompagné le développement économique des pays d'Asie du sud-est.

Il faudra des mesures d'accompagnement favorisant l'évolution institutionnelle et structurelle, il faudra des politiques industrielles pour ces pays. Il faudra créer des millions d'emplois là-bas et de véritables marchés intérieurs. Enfin, la réforme des Etats est indispensable.

Il est clair que sur le plan de la mise à niveau de l'offre, le projet de la Commission européenne comporte de sérieuses insuffisances. L'ordre de priorité n'est-il pas inversé ?. L'Europe n'aurait-t-elle pas dû commencer par des coopérations sectorielles dans des domaines précis : l'eau, l'environnement, l'énergie ?. Rappelons en effet que l'Europe a commencé avec le charbon et l'acier.

La philosophie du projet européen présente une contradiction majeure : liberté de circulation des marchandises et des capitaux d'une part, fermeture aux migrations d'autre part.

Comment réaliser la mise à niveau de l'offre de formation et des qualifications si par ailleurs l'Europe ferme totalement ses frontières aux migrations, réduisant ainsi la possibilité de circulation des savoirs ?.

La première interrogation concerne la notion de délocalisation et sa connotation négative. Cette connotation est-elle juste ?. Les délocalisation ne jouent-elles pas dans les deux sens ?. le terme de partenariat ne serait-il pas plus adéquat ?.

Le taux d'IDE dans les PSEM est encore faible par rapport à l'Asie du sud-est, même s'il y a une hétérogénéité des situations : le premier pays en terme d'IDE en Méditerranée est l'Egypte avec 7,8 milliards de $, le second la Turquie. L'investissement direct est la clé de voûte du développement. Comment orienter des capitaux vers de nouveaux secteurs, autres que les phosphates ou l'habillement ?.

Les IDE européens sont de 3 milliards de $ en Méditerranée. Par comparaison, les IDE américains sont de 21 milliards au Mexique.

La mobilisation des investisseurs devrait s'exercer particulièrement en direction des petites entreprises. Les PMI-PME européennes pourraient investir plus particulièrement dans les PSEM.

Il manque une volonté politique pour mobiliser le capital et des instruments financiers ; le problème n'est pas les ressources mais le captage des ressources.

Première interrogation : Comment renforcer l'attractivité des PSEM pour les investisseurs? Pourquoi l'argent ne s'investit pas par exemple au Maghreb ? (1)

Le marché n'existe pas dans la mesure où l'Europe ne regarde pas la Méditerranée. Au contraire le Japon investit aux Philippines, crédibilisant cette économie à laquelle il croit, ceci encourage et rassure les investisseurs vers ce pays, qu'ils savent soutenu par une grande puissance financière et économique (2).

Il faut donc améliorer l'image des PSEM ; le tourisme peut d'ailleurs en être un vecteur.

Deuxième élément : les investisseurs manquent d'instruments pour guider leur action.

Certes, il existe des instruments (facilités ECIP, Med invest, etc...) mais comment les PME-PMI l'utilisent-elles ?. Il semble que ces instruments ne soient pas adaptés aux besoins: certaines PME européennes n'ont pas les moyens d'investir dans ces régions ; elles n'ont pas de garantie suffisante contre le risque économique et manquent réellement d'informations.

Enfin, il ne s'agit pas seulement de mobiliser les investisseurs étrangers mais également les investisseurs internes. Les petites entreprises sont le socle du développement dans les pays du Maghreb par exemple : une entreprise au chiffre d'affaires de 100 à 200 millions de $, c'est considérable en Méditerranée. Elles sont perçues comme des "capitaines d'industrie". Et à l'inverse des PECO, ces entreprises méditerranéennes investissent aussi en France et dans le marché européen.

Dans le Maghreb il s'agit d'entreprises familiales dont les héritiers, qui ont fait de longues études, sont désormais aux commandes. Ces entreprises réalisent, malgré de gros problèmes de structuration, des investissements diversifiés ; mais elles n'arrivent pas à trouver les partenaires économiques de leur niveau qui leur permettraient de se développer en Europe.

Dans ce contexte, l'idée de banque méditerranéenne est importante.

Pour ces Petites et Moyennes Entreprises, il faudrait créer un fonds parapluie sur la région donnant une image positive de la région méditerranéenne rassurant les investisseurs ; ce fonds serait parrainé mais géré de façon privée, s'accompagnant d'une mécanique de mise à disposition des savoirs-faire, y compris entre partenaires du Sud (comment développer, par exemple le savoir-faire des boursiers du Maroc en Algérie etc...).

La création d'un forum, à même d'apporter des solutions aux entreprises méditerranéennes, serait d'un grand intérêt, de même que la création d'un conseil économique et social méditerranéen.

Il y a des ressources en Méditerranée. Il faut des instruments visibles et intelligibles pour mobiliser les ressources afin de régénérer les tissus industriels locaux.

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(1) Nous ne revenons pas dans ce document sur l'action de l'ADECI qui est bien connue des membres du Club et très présente "entre les lignes de ce document

(2) Notons que dans la stratégie du Japon, son soutien aux pays de sa périphérie n'a pas pour contrepartie l'ouverture à l'immigration et aux importations lourdes au Japon, mais une action énergique d'export vers le reste du monde des produits asiatiques.


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5. L'aspect géo-stratégique

L'enjeu aujourd'hui est la place de la politique méditerranéenne de la Communauté par rapport à la politique à l'égard des PECO. Il serait néfaste pour l'Europe d'opposer une Europe latine regardant vers le sud à une Europe du nord regardant vers l'est.

Il faut que l'Europe entière considère la Méditerranée comme faisant partie de sa problématique.

Les raisons de création de ces régions sont plus politiques qu'économiques ; Il y a une nécessité de rééquilibrage de la politique européenne, et plus particulièrement d'un rééquilibrage franco-allemand. Pour l'Allemagne, le choix de l'Est est prioritaire, mais paradoxalement l'Allemagne a aussi besoin du renforcement de l'Arc latin pour mener sa politique. L'Allemagne devrait considérer que la construction de l'euro-méditerranée est nécessaire pour développer les PECO. Ce n'est pas encore tout à fait le cas. La France et l'Allemagne doivent se concerter dans cette stratégie. Les PECO ont par ailleurs besoin de diversifier leurs alliés. Il faudrait par ailleurs une tierce partie dans ce processus : la Pologne est peut-être la mieux placée pour faire comprendre à l'Allemagne que l'euro-méditerranée est nécessaire pour le développement des PECO. Enfin, la Communauté devrait se limiter à ses deux objectifs ; l'Europe doit s'épanouir avec ses deux marges.

Beaucoup de chemin reste à faire en Méditerranée. La volonté d'intégrer cette région est encore faible. Ni le Sud, ni le Nord ne veulent vraiment s'intégrer. Il faut encore aujourd'hui convaincre sur l'intérêt qu'il y a à coopérer, montrer que la région euro-méditeranéenne a vocation à rentrer en compétition avec les autres régions, le commerce devant se faire avec le reste du monde ; la région méditerranéenne ne doit pas seulement fonctionner sur elle-même, mais se doter du projet de pénétration du marché mondial comme l'ont fait le Japon et sa périphérie.

Cependant, cette région reste par bien des aspects une région virtuelle. Certes, l'objet méditerranéen existe, mais la cause est beaucoup moins claire sur le plan stratégique, compte tenu de la dynamique d'éclatement de l'espace méditerranéen, la diversité des bassins conflictuels, la diversité enfin, voire l'opposition, des représentations de cet espace, qui donne un caractère artificiel à tout concept globalisant.

La tonalité franco-maghrébine du colloque reflétait, une fois de plus, la différence des situations entre les bassins de la méditerranée orientale et de la méditerranée occidentale, les échanges et la coopération étant beaucoup plus développés avec cette dernière ; les Balkans étaient par ailleurs singulièrement absents du colloque.

Enfin, l'absence du Conseil de coopération du Golfe dans le projet européen :
les industries pétrochimiques occidentales font obstacle à la négociation sur un accord de libre-échange. Les coopérations globales dans le domaine énergétique (transferts de technologie dans la perspective de l'après-pétrole, intéressement européen au développement de l'industrie énergétique etc...) ne sont pas à l'ordre du jour.

L'absence d'interlocuteurs unis au Sud, dans un contexte de forte crise de l'Union du Maghreb Arabe, affaiblit ces pays dans la négociation.

Les attendus géopolitiques (et les contraintes) ne sont toutefois pas absents du projet européen.
Il faut tout d'abord souligner combien les contraintes géopolitiques (guerre du Golfe, conférence de Madrid, etc...) ont été déterminantes dans le projet européen. Il y a des coïncidences de calendrier évidentes entre les évolutions géopolitiques et l'évolution de la politique méditerranéenne de la Communauté. Quant aux attendus, il s'agit bien d'abord d'une recherche de rééquilibrage : rééquilibrage interne face au pôle Allemagne-PECO, rééquilibrage externe entre les intérêts américains dans le Golfe et les intérêts européens. Les Etats-Unis sont les principaux acteurs militaires et pétroliers au Moyen-Orient. Au Proche-Orient, l'Europe souhaite désormais un partnership, c'est-à-dire le partage du leadership. Elle ne veut pas rester le seul bailleur de fond au Proche-Orient tout en étant marginalisée dans le processus de paix. Le seul groupe qu'elle y anime est le groupe de développement régional.

La conférence de Casablanca a permis à l'Europe de comprendre que les USA voulaient la marginaliser non seulement politiquement mais aussi économiquement. L'Europe entend désormais agir pour pousser à un rééquilibrage avec les Etats-Unis. Elle prend également conscience que la région est menacée dans sa stabilité par l'érosion de la capacité distributive des Etats et la fin des rentes (pétrole, immigration) d'une part, et par l'érosion de la légitimité restauratrice de la Nation (érosion des élites, islamisme etc...).

L'enjeu économique est en fait le dernier : l'Europe découvre qu'elle peut jouer un effet boomerang. Elle découvre un marché, son excédent commercial avec ces pays, les avantages de la proximité géographique.

Le partenariat euro-méditerranéen vise plusieurs objectifs : le développement, la stabilisation, un signal aux Etats-Unis, une meilleure intégration d'Israël.

Mais pour Barcelone, l'Union a du faire des concessions aux Etats-Unis. Le partenariat euro-méditerranéen n'est pas un substitut à l'Amérique sur le processus israëlo-arabe. Le Conseil de coopération du Golfe grince des dents, de même que la ligue arabe : Israël est invité , mais pas la Lybie. L'embargo sur la Lybie et l'Irak demeure. Le dialogue euro-arabe est enterré. Le partenariat euro-méditerranéen a besoin d'un second volet.

La conclusion du colloque pourrait être : ni pessimisme ni optimisme

- Soutien critique à la zone de libre-échange.
- Tenir compte de l'agriculture.
- Se concentrer sur la mise à niveau de l'offre et les mesures d'accompagnement
- Relancer un dialogue euro-arabe parallèle.

Au total, la possibilité d'une alternative au projet européen ne semblait pas vraiment émerger du colloque. Ni l'ordre des priorités (l'économique d'abord), ni la priorité à l'ouverture économique et à l'insertion internationale des PSEM dans la division internationale du travail ne semblait vraiment être remise en cause par les participants au colloque.

Reste à savoir si les "tenants de la mise à niveau de l'offre", favorables ou opposés au projet, sauront rééquilibrer une politique largement façonnée dans le mode de la pensée unique ; ce n'est pas certains, sauf à s'appuyer sur un fort courant d'opinion dans ce domaine.


Débat n° 1. : Le projet européen, une avancée ou un recul ?

La synthèse des documents de la Commission européenne et du Conseil économique et social (Jean-Claude Juan) et le compte rendu du colloque de l'Institut du Monde Arabe (Edith Chouraqui, Xavier Moiroux) donnait lieu à un premier débat en milieu de journée.

Une majorité des participants ne cachait pas son hostilité au projet de zone de libre-échange, élaboré dans le moule de la pensée unique :

Comment les pays méditerranéens peuvent-ils accepter l'idée d'une zone de libre-échange qui risque de conduire à une déstabilisation de ces pays ?

L'apport social et humain est très faible dans le projet, la logique de co-développement est abandonnée au profit d'une logique libérale fondée sur les règles de la compétition internationale. Rien que pour la Tunisie 30 % des entreprises tunisiennes pourraient être amenées à disparaitre à cause du libre-échange.

Le principe affiché d'une coopération globale ne doit pas masquer le fait qu'il s'agit surtout de la poursuite de négociations bilatérales inégalitaires avec les différents pays méditerranéens.

Le principal objectif du projet de zone de libre-échange : mobiliser les investissement étrangers privés est par ailleurs un objectif largement utopique. L'ambition affichée nécessitera du temps.

Enfin, il ne faut pas oublier non plus l'envers de la philosophie du projet : la volonté de stopper les flux migratoires, ce qui ne peut conduire qu'à un renforcement des dispositifs policiers.

Outre qu'on soulignait l'importance majeure des questions agricoles, le débat s'enchainait sur les questions de mise à niveau de l'offre et de mobilisation des investissements privés : on soulignait que les participants du colloque de l'IMA étaient surtout des universitaires et des chercheurs et que leur conception du développement de l'entreprise reposait sur un certain nombre de mythes :

Enfin cette vision ne prend pas en compte l'existence d'une réalité méditerranéenne, qui a un sens pour les petites entreprises de la région marseillaise.

D'autres interventions, tout en soulignant l'effet levier des investissements publics, rejoignaient les conclusions du colloque de l'IMA, sur l'importance de l'environnement des entreprises, ou sur la lourdeur des procédures des dispositifs européens (Med-invest, facilités ECIP, etc...) de mobilisation des investissements des entreprises. On notait par ailleurs que le colloque de l'IMA avait largement illustré le caractère précurseur de l'action de l'ADECI dans ce domaine.

Quelques notes plus positives émergeaient en fin du débat.

Le projet européen est l'occasion rêvée de mettre des PMI du nord dans la dynamique méditerranéenne.

La mauvaise conscience ne fait pas avancer les choses : c'était difficile avant, ce sera difficile après. Mais Barcelone est une étape importante. Il y a une reconnaissance et des moyens financiers importants sont désormais alloués.

Comment vont être répartis ces crédits ? L'essentiel va aller vers les opérateurs (appui à la transition économique 2,3 M d'écus, ajustement structurel 500 M., infrastructures,

1 M., coopération régionale 600 M., coopération décentralisée 300 M etc...)

Les modalités de l'allocation de ces financements ne sont pas encore très claires.

Le débat s'achevait sur deux questions :

1. Comment de l'aire métropolitaine marseillaise, engranger ce renouveau de la politique méditerranéenne de la Communauté ?. Il y a une antériorité à Marseille dans ce domaine (20 ans de travail). Comment se mobiliser pour que l'aire métropolitaine marseillaise s'investisse dans cette dynamique et à quelle place ?

2. Comment infléchir le projet européen dans le sens d'un véritable projet de co-développement?. Le forum civil de Barcelone n'est-il pas le lieu où doit émerger l'idée d'une alternative ?.


A propos de la défenses des intérêts de la France en Méditerranée

(Intervention du Capitaine de vaisseau Jean-François COUSTILLIERE)

Dans le théâtre méditerranéen la France défend à la fois des intérêts patrimoniaux, c'est-à-dire fondés sur un attachement à des "biens" qu'elle entend protéger (territoire : intérêts domaniaux, richesses économiques et moyens de communication : intérêts dynamiques, expatriés : intérêts expatriés) et des intérêts immatériels, liés par exemple à la défense de grands principes de la vie internationale.

La mer est un espace tout à fait particulier, car elle a été de tout temps un espace de liberté, qui n'appartient en propre à personne. C'est précisément pour cette raison que la mer est un lieu important de manifestation de la politique étrangère, surtout pour les grandes nations qui ont les moyens d'y être présentes, et qui sont donc les plus attachées à cette notion de liberté des mers, par ailleurs contestée par les pays en voie de développement.

La Méditerranée, trop étroite, n'a pas vu la mise en place de "zones économiques exclusives" (200 milles marins). Elle ne connait que les eaux territoriales (12 milles souveraineté entière de l'Etat souverain), et la haute mer où chacun fait ce qu'il veut).

1. Le théâtre méditerranéen

La mer Méditerranée illustre particulièrement la notion de "théâtre d'opérations" ; mer au milieu de la terre, elle est à la fois "théâtre maritime", espace propice donc à la gesticulation et à la démonstration de force, et encerclée, au sens propre du terme, d'une multitude d'entités humaines à faible distance. Si la mer est un espace paradoxal qui à la fois rapproche et sépare, les dimensions de la Méditerranée font que celle-ci ne sépare pas trop et ne rapproche pas trop. Ouverte aux deux bouts, c'est une voie de communication très importante. D'autre part, elle porte sur ses rives quantité de nations extrêmement diverses par leurs caractéristiques ethnique, linguistique, économique et politique, qui ont entretenu dans l'histoire des relations complexes et changeantes. Concentrant beaucoup d'intérêts, lieu de heurts possibles, la Méditerranée suscite la vigilance de toutes les grandes nations maritimes.

Du point de vue géopolitique, la Méditerranée est par bien des aspects, un espace frontière, marqué par les antagonismes ethno-religieux, et les problèmes structurels de développement (démographie, endettement etc...) qui sont générateurs de risque pour l'avenir. Ces rives sont donc porteuses de dangers potentiels, et mêmes si les grandes nations européennes n'y sont pas menacées dans leur survie et leur intégrité physique, elles se trouvent entraînées malgré elles, soit à intervenir militairement pour défendre leurs intérêts, soit à participer coûteusement en hommes ou en moyens à la résolution ou l'endiguement des conflits qui ne les concernent qu'indirectement.

Du point de vue géostratégique, la méditerranée, bien que marginalisée dans l'économie mondiale depuis le XVIème siècle, garde un rôle commercial considérable (1/6 du trafic maritime mondial, 1/3 du trafic pétrolier mondial, très importante route entre l'Ouest asiatique et l'Atlantique, flux commerciaux internes nombreux, voie d'accès au Proche-Orient pétrolier et aux ports de la mer Noire, etc...).

Etroite, également compartimentée en bassins, verrouillable aux deux extrémités, elle est stratégiquement et militairement parlant une zone fragile, facilement couverte par les armes et les moyens de détection actuels sur mer et depuis la terre. Point n'est donc besoin de disposer d'une marine ou d'une aviation de tout premier rang pour y agir militairement de façon efficace. Sans compter que ce théâtre est encore retréci par les prétentions abusives de quelques pays (Lybie, Syrie) à la propriété sur certains espaces maritimes internationaux.

Enfin, dernière caractéristique, ce théâtre est fortement militarisé.

2. Les intérêts français et les menaces potentielles sur ces intérêts

Parmi les scénarios évoqués par le Livre Blanc sur la Défense de 1994, trois sont parfaitement envisageables en Méditerranée :
- "conflit régional mettant en cause nos intérêts vitaux"
- "conflit régional ne mettant pas en cause nos intérêts vitaux"
- "opérations en faveur de la paix ou du droit international"

Les menaces sur :

Les plus probables sont du niveau des infractions ou des délits et relèvent de la police maritime ou aérienne. L'action armée peut s'envisager dans le cadre du terrorisme. La véritable action militaire étatique apparaît, quant à elle, peu vraisemblable à court et moyen terme.

En dehors des nombreuses manifestations de vigilance de la France et des capacités de défense de ces intérêts sur place, l'évacuation des ressortissants reste une opération difficile et à hauts risques.


Les autorités militaires peuvent servir de points d'appui à l'action diplomatique (coopération en matière de formation, aides techniques, exercices communs, etc.... ).

Les escales militaires peuvent également servir de signe politique. Les exercices militaires communs avec la Tunisie, par exemple, sont aussi le résultat d'une volonté politique, tout comme l'élaboration d'une coopération maritime renforcée avec les pays latins.

Enfin, rappelons que l'engagement de la France en Yougoslavie illustre parfaitement cette notion d'intérêts immatériels, alors que les intérêts patrimoniaux français y sont ténus. Il y va également du maintien du rang de la France et de sa place au Conseil de sécurité de l'ONU.

Face à ces menaces, la France dispose d'une stratégie maritime élaborée, de capacités de prévention et d'emploi de la force diversifiées.

A noter que cette stratégie s'inscrit également dans le cadre de solidarités internationales, qui vont du traité de l'Atlantique Nord aux solidarités bi ou tri latérales. La tendance actuelle est au renforcement de la solidarité riveraine entre Espagnols, Italiens et Francais, dans le cadre de l'UEO (1) ; ceci dans un contexte où les opérations inter-armées et inter-alliées sont de plus en plus fréquentes.

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(1) UEO : Union de l'Europe Occidentale

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A propos de la situation économique de la Méditerranée...

(Intervention de René TEBOUL, Institut de la Méditerranée)

Les relations économiques, commerciales et financières sur l'ensemble du bassin méditerranéen sont caractérisées par des déséquilibres et des inégalité profondes (déséquilibre Nord-Sud, riches-pauvres, inégalité des flux financiers, etc...).

Au moment où les instances européennes semblent prôner l'idée de région économique euro-méditerranéenne, comment cette zone pourrait-elle devenir une zone de complémentarité dynamique ?.

Ce diagnostic de la Méditerranée est réalisé à partir d'une étude de l'Institut de la Méditerranée en 1993, au regard d'une étude de même facture réalisée en 1983. Certaines conclusions de l'étude confirment des éléments déjà connus en 1983, mais un certain nombre d'éléments nouveaux apparaissent.

1. Evolutions politiques et invariants

En effet, à l'époque de la réalisation de l'étude de 1983, la gamme des spécialisations recensées en Méditerranée était-elle beaucoup plus étendue. On produisait de tout en Méditerranée, des matières premières aux produits de haute technologie. Avec l'éclatement de la Yougoslavie et la guerre, il y a désormais un chaînon manquant : le milieu de gamme des produits manufacturés. La situation de l'Algérie est également préoccupante du point de vue de l'économie régionale.

Pour aller vers un rééquilibrage des échanges et une zone de complémentarité en Méditerranée, il faudrait que cette région produise de tout.

Il y a tout de même une évolution politique positive en Méditerranée qui risque également de modifier la donne économique, c'est la dynamique Proche-orientale. Il faudrait toutefois que la dynamique de paix inclut la Syrie, qui ne veut pas encore s'asseoir à la table des négociations. L'absence de stabilisation politique au Liban et dans les territoires occupés laisse également des potentiels humains importants en sommeil. La dynamique économique où Israël jouera un rôle dominant, est cantonnée pour l'instant dans le triangle Israël, Egypte, Jordanie.


2. Les disparités de développement entre le nord et le sud du bassin

Il faut souligner d'emblée la grande disparité des situations dans le bassin méditerranéen, disparités qui sont très certainement un handicap à la constitution d'un espace d'échanges dynamique en Méditerranée. Cette disparité n'est d'ailleurs pas seulement Nord-Sud, mais également entre les différents pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée.

Les variables les plus importantes pour mesurer ces disparités concernent la croissance démographique et le potentiel de richesse de chaque pays (PIB). Tous ces indicateurs montrent une Méditerranée qui évolue à deux vitesses et des déséquilibres qui se sont encore accrus en dix ans :

la croissance démographique est très forte au Maghreb et terrifiante au Machrek (dans une zone qui va de la Lybie à la Syrie) ; la situation démographique en Turquie reste très instable. Ainsi de 1983 à 1993, la population des pays méditerranéens de l'Union européenne, dont la stabilisation démographique est acquise, est passée de 46 % à 41 % de la population totale de la zone, phénomène qui va encore s'accentuer.

Dans le même temps le PIB des pays méditerranéens de l'Union européenne passait de 82 à 86 % du PIB méditerranéen, cependant que le PIB du Maghreb reculait de 4 à 3 % et celui du Machrek de 8 à 5 % du total du PIB méditerranéen.

Si l'on regarde les PIB par tête, qui sont de biens meilleurs indicateurs de bien être, les résultats sont encore plus décevants. Un seul exemple : en 1983, le PIB par tête de la France qui était alors le plus élevé de la Méditerranée, était seulement 8 fois plus élevé que celui de la Tunisie. Il est aujourd'hui 11 à 12 fois plus important. Même tendance, si l'on compare les écarts des PIB par tête de chaque pays au PIB par tête moyen de la Méditerranée.

Les questions agricoles et migratoires ont évidemment dans, ce contexte, une grande importance.

3. Les échanges commerciaux : un développement déséquilibré

Si la tendance du commerce méditerranéen est tout de même à la hausse, le rythme de croissance des échanges commerciaux reste faible. Seule la zone des pays du Machrek, à condition d'inclure Israël, présente une croissance assez forte des exportations.

Pour Israël, la Méditerranée n'existe pas : Israël ne connait que l'Europe et le Machrek mais pas la région méditerranéenne. Israël ne tient pas de balances bilatérales avec un grand nombre de pays méditerranéens.

Cette forte ouverture des PSEM ne doit pas non plus faire oublier la dégradation du taux de couverture au Maghreb (problème algérien) et la faiblesse du taux de couverture du Machrek (51,7 %), déséquilibre reflétant l'absence de diversité des spécialisations dans les PSEM, seule à même d'augmenter les exportations de ces pays. Ils témoignent toutefois d'une acceptation des règles de la compétition internationale.

Il est certain qu'un pays comme l'Egypte est devenu un pays très compétitif sur le textile. L'Egype a progressé sur le plan des exportations et a commencé à rééquilibrer sa balance commerciale. Par comparaison, la situation de la Turquie est plus délicate. L'arrière-pays turc est à la traîne, la guerre contre les Kurdes pesant sur le développement de ce pays.


3. Les flux financiers et commerciaux du Nord au Sud

Il faut d'abord rappeler que l'acteur dominant en Méditerranée n'est ni méditerranéen, ni même européen mais américain. Les cinq milliards d'Ecus d'aide européenne qui vont être affectés à la zone ne représentent que 30 % du total de l'aide américaine sur la Méditerranée. Il sont présents partout en Méditerranée (du Maroc à la Turquie) où ils ont investi 15 milliards de dollars ces dix dernières années. Au Proche-Orient, leur influence est moindre au Liban et en Jordanie.

La deuxième puissance en Méditerranée, c'est la France. Mais l'Europe en tant que tel n'est pas présente ; les sommes qu'elle consacre à la Méditerrranée sont extrêmement faibles. Seule la France a une véritable politique d'aide en Méditerranée. L'Allemagne intervient en Méditerranée orientale : Turquie, Albanie, Croatie, Grèce, Egypte.

L'Italie intervient aussi dans le bassin oriental mais avec des sommes très faibles. Sur le plan des investissements, elle a encore un comportement de pays pauvre, même si ce n'est plus le cas. Elle a pourtant sur le plan commercial un volume d'échanges pratiquement équivalent à celui de la France en Méditerranée. Toutes deux sont présentes et sans rivale sur l'ensemble du bassin et représentent par ailleurs le principal débouché pour le Maghreb. Si la France a un avantage sur les marchés du Maghreb, l'Italie est parfois mieux positionnée à l'Est du bassin (Egypte, Turquie, Israël). Enfin, il faut noter que l'Espagne a beaucoup progressé ces dix dernières années dans le commerce méditerranéen. Il est clair que dans ce domaine, les pays méditerranéens de l'Europe (la Grèce restant d'ailleurs marginale dans ces échanges) jouent le rôle de pivot dans la structuration des échanges.

La coupure entre l'Est et l'Ouest du bassin est toutefois assez nette. L'Ouest est beaucoup mieux intégré à une logique méditerranéenne que l'Est. Il y a un danger d'abandon de l'Est par l'Europe. Soulignons, à la charnière entre les deux Méditerranée, un cas original, celui de Malte ; premier ré-exportateur de voitures en Méditerranée, bénéficiant d'ailleurs de flux financiers assez importants.

Sur le plan des flux de capitaux et des investissements les mouvements, décrits plus haut, ne doivent pas faire oublier que les flux financiers des pays européens vers le Sud restent extrêmement faibles, en particulier par rapport aux investissements sur la rive Nord. Si l'on regarde par exemple les investissements français en Jordanie, on s'aperçoit qu'ils se situent autour de 30 millions de $ annuels. Dans le même temps, l'Italie a investi 20 milliards de $ en France...

Il y a d'ailleurs un décalage manifeste entre le développement des échanges commerciaux et celui des capitaux à long terme avec la rive sud.

Les principaux capitaux investis sur la rive sud concernent encore le secteur des hydrocarbures (Algérie, Lybie etc...).

Enfin, soulignons également que les flux de capitaux dans les PSEM ne sont pas forcément synonymes d'investissements. L'Egypte, qui bénéficie du plus fort taux des PSEM en matière d'IDE, passe son temps à recycler des capitaux ; cet argent se réinvestit principalement en Allemagne. Il y a un manque de confiance dans les projets égyptiens. De ce fait, il y a une remontée de capitaux du Sud vers le Nord.


A propos des enjeux agricoles...

(Intervention de Hamid AIT AMARA - Institut Agronomique Méditerranéen)

La politique commerciale agricole de l'Union européenne avec les pays du Maghreb et avec les PSEM connait une évolution majeure dans le cadre des récents accords du GATT.

Jusque là, les pays maghrébins étaient liés à l'Union européenne par des accords de coopération et d'association (depuis 1976 pour le Maroc et la Tunisie) prévoyant des contingents et des calendriers d'importations, des réductions tarifaires à certaines périodes de l'année pour les produits traditionnels méditerranéens (primeurs, agrumes, huile d'olive, etc...). Ces accords ont été renouvelés en 1990.

Dans ses relations avec le Maghreb, l'Union européenne s'était en effet attachée à maintenir les courants d'échanges traditionnels à un niveau qui lui paraissait compatible avec les intérêts des producteurs du Sud de l'Europe.

Puis ce régime a été étendu dans un premier temps à tous les PSEM, puis aux pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), tandis que les accords du GATT (1967) étendaient de leur côté le régime de préférence généralisée à tous les pays en voie de développement. Enfin, récemment, les préférences commerciales agricoles se sont étendues aux PECO.

Ainsi l'élargissement successif des accords préférentiels a accentué la concurrence sur les marchés européens pour les fruits et légumes et pour le vin, réduisant d'autant les avantages des pays maghrébins.

La Politique Agricole Commune tend d'abord à maintenir la protection de son marché ;

le secteur agricole est donc exclu de la zone de libre-échange, mais non l'agro-industrie.

Selon Hamid AIT AMARA, l'inclusion des questions agricoles dans la négociation actuelle ne réglerait d'ailleurs pas les problèmes mais aggraverait la situation : en effet, au Sud, le blé, les oléagineux risqueraient de disparaître, menacés par le Nord, tandis que les exportations agricoles du Sud demeureraient inchangées.

L'abaissement des droits de douane fragiliserait considérablement l'agriculture sud méditerranéenne de par la différence des rendements entre le Sud et le Nord (blé : France 65 quintaux/ha, Turquie : 10 à 15 quintaux/ha). Enfin, il y aurait une suppression des contingentements qui conduisent les Etats du Sud à contrôler les importations alimentaires.

Le libre-échange serait donc néfaste pour l'agriculture sud-méditerranéenne. Bien au contraire, c'est de protection dont cette agriculture a besoin.

Les accords du GATT à Marrakech constituent également une évolution très inquiétante, parce qu'ils signifient la fin des politiques agricoles autonomes pour les pays du Sud, et en particulier le droit de prendre des décisions en matière d'importations alimentaires et de subventions internes :

- les accords de Marrackech suppriment désormais toute possibilité d'intervenir sur les prix, mécanisme qui permettait précédemment aux pays du Sud de soutenir la production et de subventionner la consommation par une politique de découplage des prix à la production et à la consommation.

A la politique des prix, les Américains préfèrent une politique de soutien direct aux agriculteurs plutôt que des mécanismes juridiques sur les prix agricoles. Mais les pays du Sud sont dans l'incapacité de protéger leurs populations. (25 % de la population des PSEM) pour des raisons actuellement budgétaires. A la différence des USA et de l'Europe, ils ne disposent pas de politiques de substitution à la politique de soutien par les prix.

Enfin, la libéralisation du commerce extérieur conduit non seulement à la suppression du contingentement qui permettrait aux Etats un contrôle sur les importations, mais aussi le climat général des accords internationaux (négociation du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale) s'oriente vers des réductions importantes des droits de douane et un rapprochement des prix internes et des prix mondiaux. Le processus d'ouverture des marchés agricoles risque vraiment de mettre en danger les fragiles agricultures des pays du Sud.


Débat n° 2. : Agriculture, industrie, développement : libre-échange ou développement endogène ?

Quel est le sens de l'exclusion de l'agriculture du projet de zone de libre-échange ?

Faut-il inclure les produits agricoles dans la ZLE, mettre fin au protectionnisme des pays du Sud de l'Europe à l'égard des exportations agricoles des PSEM, modifier la politique agricole communautaire, ou faut-il considérer que l'ouverture aux échanges internationaux risque d'être fatale aux agricultures méditerranéennes et qu'il faut proposer autre chose.

Certains semblent considérer que, de toute façon, les agricultures méditerranéennes traditionnelles sont dans une phase de déclin inéluctable et qu'il y a danger de "conserver pour conserver". Cette agriculture n'est pas, en outre, en mesure de subvenir à l'augmentation continue de la population du bassin. C'est pourquoi, l'Europe devrait dégager des moyens budgétaires pour assurer la reconversion de ses agriculteurs du Sud.

On peut penser que les accords de libre-échange, outre qu'ils vont exposer les agriculteurs des PSEM du Sud à la concurrence externe et ouvrir ces marchés aux exportations des pays excédentaires, constituent un encouragement aux importations alimentaires (et à la disparition des modes de consommation alimentaire traditionnels de la région).

Avec les accords du GATT, on va importer tout et n'importe quoi ; (la facture de lait importé en Algérie est déjà de 640 000 $). C'est pourquoi la solution ne réside certainement pas dans une extension de l'accord européen de libre-échange aux produits agricoles. L'ouverture aux échanges internationaux risque d'être fatale aux productions agricoles de la région. Au contraire le souci des méditerranéens de conserver et développer l'agriculture méditerranéenne doit être protéger. Il faut que les régions du bassin coopèrent pour défendre et soutenir l'agriculture méditerranéenne, qui constitue une des grandes spécificités de la région.

Que peut-on penser de la voie libérale qui soutient la croissance par les échanges ?

Dans cette optique, chaque pays cherche à accroître sa dépendance. Cette insertion internationale par les échanges extérieurs risque de mener à l'échec. Elle va conduire à une détérioration massive des balances de paiement. Seule une croissance endogène est à même de répondre aux défis du développement des PSEM.

Les modes d'industrialisation qu'ont choisi les pays maghrébins au sortir de l'indépendance étaient fondés sur la transformation des matières premières, en particulier les phosphates et les hydrocarbures ; le Maroc a également investi dans l'hydraulique, l'Algérie dans la production de biens intermédiaires ; globalement ces stratégies de développement restent valables, semble-t-il.

Depuis les années 1980, la Tunisie et le Maroc ont choisi un modèle de développement fondé sur l'exportation, en essayant de tirer parti de l'avantage comparatif des bas salaires, mais leur balance agro-alimentaire est structurellement déficitaire (pour le Maroc 44 % des productions alimentaires sont des produits de la mer, 27 % en Tunisie). Cette croissance par les échanges n'a pas permis le décollage économique du Maroc et de la Tunisie.

On peut donc se demander aujourd'hui si la seule voie n'est pas celle du développement endogène pour répondre aux problèmes du Sud.

Le modèle libre-échangiste, qui permet le développement des échanges, est évidemment riche de perspectives pour le développement des ports et des transports maritimes.

Il faut d'abord rappeler que le flux de transports en Méditerranée ne se limitent pas aux échanges intra-méditerranéens. Les flux de transit sont beaucoup plus importants. Les ports et les transports maritimes doivent s'appuyer sur ces flux.

Il y a trois types de marchés pour les ports du nord de la Méditerranée : les marchés Nord-Sud, l'Europe du nord, les marchés extérieurs à la zone euro-méditerranéenne.

Certes, le poids du Sud de l'Europe est faible dans les échanges internationaux comparativement à l'Europe du Nord. (Nord de l'Europe 80 %, Sud 20 %).

Les services des ports de l'Europe du Nord sont plus performants que ceux du Sud, ce qui réduit le principal atout de la Méditerranée : 5-6 jours de durée de transport en moins pour l'Extrême-Orient par exemple.

Il y a des risques stratégiques pour la Méditerranée. Plusieurs options doivent être étudiées :

1. La Méditerranée, comme espace d'escale et de redistribution des flux d'échanges,

Extême-Orient/Europe du Nord.

Sur cette route, les bateaux font escale à Malte ou Algésiras. A partir de là pourraient être redistribués les trafics destinés à l'Europe du Sud. Toutefois, cela peut être une chance pour les pays du Maghreb de se repositionner. Dans cette hypothèse, les ports nord-méditerranéens deviendraient des annexes des ports sud-méditerranéens dans lesquels se ferait la redistribution vers l'Europe du Sud. Pour autant, actuellement, aucun port du Maghreb n'est en mesure de jouer ce rôle. C'est dans cette optique qu'un grand opérateur européen défend un projet similaire : la construction ex-nihilo d'un grand port de redistribution au Sud de l'Italie : Géovatorio ; mais le choix des ports qui pourraient assurer cette fonction est restreint.

2. Le renforcement des relations maritimes Nord-Sud (trafics de redistribution et trafics traditionnels).

De plus en plus les ports du Nord de la Méditerranée seront les principales portes de la Méditerranée. La croissance des échanges Nord-Sud leur serait donc bénéfique. Mais ce trafic reste marginal à côté des flux Extrême-Orient/Europe du Nord.

3. La dernière option, c'est que les ports nord-méditerranéens n'abandonnent pas la compétition et captent une partie des grands flux, c'est qu'on revienne à un équilibre

35 % - 65 %. Pour que cela soit possible, il faut que les liaisons intérieures soient performantes. La Méditerranée compte un autre handicap : l'offre de transport maritime est faible, insuffisante pour permettre à des marchés de se développer.

De façon plus générale, il faut également favoriser des relations nord-sud plus performantes du point de vue des coûts de transport aujourd'hui.

Il n'est pas certain toutefois que la proximité soit un atout essentiel en terme de coût car la distance n'a plus aucun sens dans le coût du transport aujourd'hui.

Enfin, rappelons que les ports d'Europe du nord ne sont pas les seuls concurrents des ports méditerranéens. Les autres concurrents sont les transports terrestres (notion de "corridors terrestres" évoqués au sommet 3 + 3 Pays latins et Maghreb).

Le premier élément important, c'est l'existence incontestable d'une communauté bioclimatique méditerranéenne, et des caractéristiques communes aux différentes forêts méditerranéennes.

Comment est répartie cette forêt ? Il y a entre 30 et 60 millions d'hectares de forêts méditerranéennes suivant les définitions que l'on prend. Les grands pays forestiers sont la Turquie (12 millions d'hectares) et l'Espagne (9 millions d'hectares). La France compte 4,5 millions d'hectares de forêt méditerranéenne. Cette forêt s'est accrue, elle est même florissante en France.

Si l'on regarde globalement la forêt méditerranéenne, il apparait que les terrains boisés se sont globalement développés depuis 1965. On a achevé la phase de la déforestation. Toutefois, les inégalités demeurent :
- au Sud de la Méditerranée, le déficit en bois de feu persiste et les programmes de lutte contre l'érosion sont toujours nécessaires,
- sur la rive Nord au contraire, on a trop de forêt à présent et des dangers d'incendies croissants.

La coopération entre forestiers du Nord et du Sud est nécessaire.

Dans la région ce ne sont pas les forestiers au sens le plus large (forestiers au sens strict, écologues, pastoralistes, aménagistes...) compétents qui manquent. Sont-ils techniquement prêts demain à faire de la coopération avec les pays du Sud ? ce n'est pas sûr. Par ailleurs la formation des forestiers de la région se fait dans un cadre national qui n'est axé ni sur la forêt méditerranéenne ni sur les pays en développement. C'est un réel problème.

Force est de constater que nous n'avons pas un outil actuellement prêt à faire de la coopération avec les pays de la Méditerranée, et que des programmes de coopération passent nécessairement par une formation spécifique des forestiers (au sens large) français.


Débat n° 3. L'enjeu du forum civil de Barcelone

Quelle est l'opportunité de la présence des acteurs de l'aire métropolitaine marseillaise au forum civil de Barcelone.

Au lendemain de la conférence ministérielle euro-méditerranéenne de Barcelone se tiendra durant 3 jours à Barcelone, le forum civil euromed, organisé par la Généralitat de Catalogne et l'Institut Catalan d'études méditerranéennes. Le forum civil euromed bénéficie du soutien du Comité Economique et Social de l'Union européenne, du Ministère des Affaires Etrangères Espagnol et du réseau des Centres d'études de la méditerranée de l'UNESCO.

Opération de grande ampleur, il réunira plus de 500 agents sociaux de toute l'aire méditerranéenne et de l'Union européenne, universités, chambres de commerce, associations entrepreneuriales, syndicats, médias, organisations non gouvernementales, secteurs culturels, régions et villes. 10 forums de travail sont proposés (60 participants par forum), 5 thèmes économiques (investissements, transferts technologiques, infrastructures et réseaux de communication etc...), 5 thèmes sociaux (migrations, femmes (1), actions des ONG, synergies culturelles etc...) .

L'Institut Catalan d'études méditerranéennes a procédé lui-même à la sélection des personnalités participant au forum .

En outre, il y aura à Barcelone, une rencontre des conseils économiques et sociaux et une assemblée des chambres de commerce de la Méditerranée.

Avec cette initiative Barcelone ravit à Marseille, au moins pour le temps de la conférence, le titre de capitale euro-méditerranéenne. Le forum euro-méditerranéen aurait pourtant pu se tenir à Marseille, dont la légitimité de capitale euro-méditerranéenne est encore plus forte, et qui bénéficie d'une expérience et d'un savoir-faire essentiels dans ce domaine. Mais les Catalans sont désormais plus mobilisés que les Marseillais. Ils disposent d'une très forte expérience de lobbying. La démarche méditerranéenne de l'Institut méditerranéen d'études catalanes est par ailleurs très solide (ancrée sur le partenariat). Marseille et la France n'ont pas su saisir l'opportunité d'accueillir cette négociation. (le sommet de Cannes est une bien maigre consolation).

Les régions sont par ailleurs très peu impliquées dans le processus, qui garde un aspect conglomérat d'Etats. La philosophie globale du projet reste d'inspiration anglo-saxonne.

Il faudrait pour mieux faire entendre la voix de l'aire métropolitaine marseillaise commencer par augmenter notre présence à Bruxelles. Il y a des crédits européens et des fonctionnaires européens qui sont dans des impasses d'idées et d'actions. C'est à Bruxelles qu'il faut soumettre les projets. La Commission européenne a lancé 5 ou 6 études simultanées pour Barcelone. Il faut capter ces études, monter des opérations et aller les leur présenter.

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(1) Cependant Barcelone, pour les associations de femmes, membres du Réseau méditerranéen des Femmes est un moment important : 4 méditerranéennes sur 5 seront mulsumanes en l'an 2000. La question du droit des femmes est une question essentielle en Méditerranée (code du statut personnel des femmes, code de la famille etc...).


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Barcelone constitue à n'en pas douter une opportunité historique, une tribune pour défendre une autre conception du développement. Il faut porter un discours alternatif à Barcelone, pour essayer d'infléchir le projet autour des idées de développement endogène et d'économie alternative. Il faut défendre l'idée d'une coopération d'acteurs, et élargir le champ des coopérations (culturelle, sociale, économique).

Il faut que l'ensemble des personnes investies sur ces questions dans l'aire métropolitaine marseillaise élaborent ensemble un corps de doctrines à soumettre à Barcelone.

En conclusion...

Avec la conférence de Barcelone, l'Europe semble se doter enfin d'une certaine ambition méditerranéenne à travers le projet de création d'une "Région économique méditerranéenne", et elle tend désormais à considérer la Méditerranée comme faisant partie de sa problématique.

Une telle évolution ne peut laisser indifférent, de par son destin et sa vocation, la métropole marseillaise sent de manière diffuse qu'un tel projet, s'il voyait le jour, pourrait être porteur de son propre développement.

L'essentiel...

L'Europe reste l'Europe : si le projet prévoit une diversification et un triplement de la coopération et de l'aide aux pays méditerranéens, ce qui n'est pas négligeable, elle n'envisage la construction de l'euro-méditerranée que dans le cadre d'une zone de libre-échange prévue pour 2010 (abaissement des droits de douane en Méditerranée sauf produits agricoles)

La zone de libre-échange a pour ambition d'accélérer l'insertion internationale, l'ouverture et les réformes structurelles dans les pays du Sud, de créer un espace de crédibilité pour les capitaux et les investissements directs étrangers dans les PSEM, passage obligé du développement de ces pays.

Certes, il y a une conscience claire de ce que cette zone de libre-échange ne peut être mise en place sans une mise à niveau de l'offre en Méditerranée, une mobilisation des investisseurs, un accompagnement social et une participation forte des sociétés civiles, ce qui est l'objet des coopérations mises en oeuvre. Mais que l'Europe n'accorde pas suffisamment son soutien à la transition, et alors la zone de libre-échange aurait de graves conséquences pour ces pays.

La situation ne serait alors pas sans évoquer la résurgence de l'impérialisme européen du XIXe siècle. Sauf à considérer que l'Europe entretienne les plus noirs desseins, nous sommes surtout en présence de deux conceptions du développement de la Méditerranée :

* une conception fondée sur le développement endogène, opposée à toute idée de dépendance (importations massives destructurant les modes de consommation et de production locaux -secteurs d'exportations coupés du pays et n'induisant pas d'effets de développement) :

Condition siné qua non : croissance, mobilisation des investisseurs, mise à niveau de l'offre, réformes structurelles, compensations aux effets négatifs du libre-échange, avancée sur les questions agricoles, coopérations accrues dans tous les domaines, structuration régionale, dialogue culturel approfondi, projet politique fort, vision de long terme qui implique également... une possibilité de circulation des hommes et des frontières franchissables.

Dans ce contexte, il existe une multiplicité de scénarios possibles entre la conception tiers-mondiste traditionnelle et la conception libérale (autour de la notion de co-développement). Paradoxalement, le défi de la zone de libre-échange, qui n'interviendra qu'en 2010, peut être mobilisateur, ne serait-ce que parce que le statut-quo est aujourd'hui insoutenable.

L'idée d'une intégration méditerranéenne en 2010 peut jouer un effet levier pour la coopération méditerranéenne et démultiplier les acteurs, oeuvrant du même coup au rapprochement culturel si essentiel entre les deux rives, citoyens et acteurs de la société civile, acteurs économiques, universités, villes, régions, etc... L'effet dynamique du projet est l'un des plus importants.

Quelle peut-être la place de l'aire métropolitaine marseillaise dans cette dynamique ?

L'AMM peut jouer un rôle exceptionnel dans ce processus. Encore faut-il qu'elle s'en donne les moyens et qu'elle soit soutenue nationalement. La mobilisation très forte des catalans, notamment à travers le forum civil Euromed pour faire de Barcelone, le temps d'une conférence, la capitale de l'euro-méditerranée, comme l'intérêt de villes portuaires d'Italie ou d'Espagne à capter une partie des flux du commerce maghrébin actuellement existant à Marseille, montre que ce rôle peut être contesté de part et d'autre.

Un nouveau développement des échanges (commerciaux, économiques, technologiques, culturels) dans une Méditerranée plus prospère, réconciliée et dynamique, à l'horizon 2010 ne pourrait que renforcer le rôle de Marseille comme métropole portuaire et capitale euro-méditerranéenne dans un arc latin (la "revanche des suds") en croissance. (complémentarités possibles avec le grand Lyon sur l'aménagement du couloir rhodanien).

La valorisation d'une culture méditerranéenne de l'échange, de Averroès à Belsunce, est par ailleurs la seule réponse aujourd'hui à une Méditerranée de fermeture (intégrisme ou nationalisme).

Marseille et sa région ont, en terme d'héritage, de pratiques méditerranéennes, et de potentiel, les atouts nécessaires pour ambitionner de jouer un rôle de référent et de laboratoire urbain, culturel, intellectuel, scientifique, technologique et économique en Méditerranée.

C'est pourquoi cette zone doit être à la pointe de la coopération méditerranéenne, y compris par une politique de lobbying efficace auprès des institutions financières internationales et européennes susceptibles de contribuer à un tel projet.

Le très fort capital symbolique que constitue l'image, l'identité et le dynamisme culturel de "Marseille, capitale méditerranéenne", assis sur un développement harmonieux et efficace des fonctions métropolitaines et portuaires de l'AMM, peut également constituer un atout très important de positionnement européen et international, dès lors que ce développement serait pensé dans un logique "d'identité-relations" et de "mise en désir des lieux".

Pour concrétiser cette volonté, il s'agirait à la fois de :

marseillaise,

Il est clair que la conférence de Barcelone sera le lieu d'une reconnaissance de la coopération régionale en Méditerranée. Pour positionner l'aire métropolitaine marseillaise dans ce champ, aujourd'hui et demain, il sera nécessaire de bien identifier acteurs et actions foisonnantes et dynamiques dans des secteurs très hétérogènes de la coopération et de vérifier si une coordination plus structurée apporterait une valeur ajoutée à l'efficacité de la coopération.

Compte tenu du réel engagement des populations de l'aire métropolitaine marseillaise, pour la Méditerranée dans ses multiples dimensions (ce qui n'est pas le cas d'autres métropoles françaises dont les discours sont d'abord appuyés sur des relations marchandes), il faudrait que ces acteurs améliorent leurs actions et trouvent encore davantage de soutien auprès des partenaires institutionnels.

Le renforcement des axes de développement international retenus pour l'aire métropolitaine marseillaise passe d'abord par une montée en puissance du projet Euroméditerranée.

Conçu et défini en référence à un contexte d'évolution des échanges méditerranéens et internationaux, qui devraient être porteur d'opportunités de développement pour l'aire métropolitaine marseillaise, le projet Euroméditerranée est prévu pour être décliné autour de plusieurs axes : commerce international, tertiaire, logistique, services de coopération ; il devrait accueillir les structures marseillaises et régionales ayant un caractère économique international, les directions méditerranée des ministères ou des grands groupes industriels français et pourquoi pas une délégation interministérielle aux affaires méditerranéennes.

Il est essentiel que ce projet jouer un rôle moteur dans le projet européen de développement économique méditerranéen et dans la construction de la "région économique méditerranéenne": développement des partenariats industriels, transferts de technologie, mobilisation des investisseurs en Méditerranée, services financiers et banques méditerranéennes, production et diffusion de services tertiaires à forte valeur ajoutée pour l'ensemble du bassin méditerranéen, organisation et assistance à l'essor industriel, mise à niveau de l'offre et de la logistique en Méditerranée, etc...

Les associations et institutions, qui ont prouvé leur efficacité sur ces questions, (ADECI, A3CI, CEFIM, CEFI, IMED, AEDEE, Institut de la Méditerranée, etc...) devraient être impliqués, de même que les acteurs qui contribuent depuis longtemps, même de façon informelle, aux échanges économiques et commerciaux méditerranéens.

Les socio-professionnels de cette région propose la création d'un Comité économique et social euro-méditerranéen, dont le siège pourrait être à Marseille, dans l'enceinte d'Euroméditerranée renforcant l'image de capitale méditerranéenne de la ville.

La pérénnisation des actions de coopération déjà entreprises.

La relance vigoureuse de politiques de coopération décentralisée, comme l'annonce la Charte du bassin Méditerranéen, accroîtra l'implication des collectivités locales dans la politique internationale. Les collectivités locales devront démultiplier les contacts politiques et économiques avec les maires d'autres grandes villes afin d'ouvrir des perspectives d'actions économiques, sociales et culturelles.

A côté de l'action proprement économique, l'aire métropolitaine marseillaise est en mesure de développer une coopération efficace avec les pays de la Méditerranée dans 5 ou 6 secteurs opérationnels : services portuaires, ingénierie urbaine (transports, eau et assainissement, déchets, protection civile...), environnement, recherche scientifique, formation et universités, santé, dont l'expérience en matière de coopération est déjà substantielle. La concertation et la coordination entre les principaux acteurs dans chacun de ces secteurs devraient se développer afin que l'aire métropolitaine marseillaise puisse décliner des outils de coopération efficaces et reconnus tant dans les pays méditerranéens qu'auprès des autres métropoles européennes (comme ce fut le cas avec l'ADECI), et qui peuvent également être porteurs de développement pour l'aire métropolitaine marseillaise. Pourraient d'ailleurs y être formés des coopérants dans ce secteur, y compris pour d'autres villes intéressées par de telles actions.

De nouvelles pistes pour la coopération méditerranéenne

Il est essentiel aujourd'hui d'ouvrir de nouveaux champs pour la coopération méditerranéenne, afin d'impliquer davantage la population de l'aire métropolitaine marseillaise parce que les défis méditerranéens ne relèvent pas seulement d'une approche technique et purement économique, mais d'une d'une approche globale, où la notion de développement humain est déterminante; il faudrait relever des défis majeurs en Méditerranée : la ville et la culture.

Sur ces deux questions, il revient encore à Marseille d'être à la pointe de la coopération méditerranéenne. Une réflexion prospective, bien au-delà de ce qui a déjà été fait, devrait être engagée dès maintenant, avec tous les acteurs concernés, afin que l'aire métropolitaine marseillaise soit en mesure de démultiplier d'ici quelques années des coopérations et des initiatives ambitieuses dans des domaines comme la planification urbaine, les services urbains, le développement social urbain, la décentralisation, l'éducation, la citoyenneté, le patrimoine, le tourisme, l'édition, les arts, la jeunesse, etc...

Sur le plan de la ville

Le bassin méditerranéen s'est doté à Marseille d'un outil, avec l'association pour une "Fondation des villes et territoires méditerranéens" pour réfléchir et échanger sur les questions de l'urbanisme, l'architecture, la planification urbaine etc... en Méditerranée. D'autres structures, comme la Mission pour le développement des échanges méditerranéens ont également une expérience pratique des échanges de personnes qui peut être mis à contribution dans des jumelages-coopération entre les villes.


Sur le plan de la culture, les associations, (CMCA, ECUME, ECI, Marseille-Espérance etc...), les initiatives, les propositions (création d'un marché des musiques méditerranéennes à Marseille -proposition de la fiesta des Suds) abondent et le succès des rencontres d'Averroes démontre une fois de plus l'intérêt de la population de l'aire métropolitaine marseillaise.

Ces politiques culturelles internationales peuvent aussi bien être porteuses de développement pour l'aire métropolitaine marseillaise, (compte tenu de l'imbrication croissante entre économie et culture) que d'avenir pour une Méditerranée qu'on voudrait en voie de réconciliation.

L'héritage méditerranéen ne doit pas disparaître dans une confrontation des différences, mais être reconquis au profit d'une fraternité en Méditerranée.

La ville ne devrait jamais oublier qu'elle dispose sur ses territoires de communautés très actives sur le plan économique et culturel et d'une rare capacité de tolérance, d'intégration et d'enrichissement entre les peuples.

Quelques propositions, pour terminer, telles qu'elles ressortent des réflexions en cours dans l'aire métropolitaine marseillaise.

1. - Propositions à la conférence de Barcelone (IMED)

2.- Etablir rapidemment un projet pour "Euroméditerranée", outil indispensable pour l'économie et l'image de l'aire métropolitaine marseillaise et regrouper au sein du CI2E, les structures marseillaises et régionales ayant un caractère économique méditerranéen, les directions Méditerranée des services ministériels et sous tutelle ministérielle pourraient être transférées au sein du CI2E du fait d'une volonté politique, les directions Méditerranée de grands groupes français (Rhône-Poulenc, etc...).

3.- Une large concertation entre les principales collectivités, les structures économiques et le tissu associatif. En ce qui concerne les villes de l'aire métropolitaine marseillaise, leur rôle doit comprendre :

5. Autres pistes :

Améliorer le partenariat entre entreprises de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et entreprises du bassin méditerranéen (ADECI) ;

Piste culturelle : (cf. colloque qui s'est tenu à la Fiesta des Sud), installation d'un marché international des musiques méditerranéennes à Marseille etc...