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Compte-Rendu du 30/05/96

A propos de gestion économe de l'espace



UNE INTRODUCTION AU SUJET . . . . . (Marc Beauchain)

La gestion économe de l'espace : un bon principe, une bonne idée à laquelle tout le monde souscrit, mais dont personne ou à peu près ne se soucie dans la pratique actuelle de l'aménagement et en particulier dans les Bouches-du-Rhône !

En tout cas, force est de constater que ceux qui s'en soucient, à défaut d'être écoutés, ne sont pas entendus.

Pourtant, il s'agit d'un thème récurrent qui ressurgit avec une particulière acuité depuis quelques années.

La gestion économe de l'espace est d'abord un principe, pour fonder une pratique : il a traversé les préoccupations d'aménagement du territoire, il traverse les préoccupations d'environnement pour finalement justifier la notion de développement durable, sur laquelle beaucoup encore s'interrogent.

Consommation d'espace et aménagement du territoire

Le couple "consommation d'espace"/aménagement du territoire est un vieux couple, mais qui avec le temps, n'a pas fait bon ménage.

Pourtant, dès 1967, la loi d'orientation foncière faisait une référence forte à cette obligation : notion de développement "équilibré et harmonieux", renvoyant clairement au thème de la gestion de l'espace. Les documents d'urbanisme, les Schémas d'Aires Métropolitaines se préoccupaient de promouvoir un développement discontinu, proclamaient le refus de l'urbanisme "le long des routes", "en tâche d'huile" et faisaient des trames vertes et des zones de discontinuité des éléments forts de structuration du territoire. Parmi les objectifs arrêtés pour le Schéma de l'AMM figurait la conservation de l'espace pour le futur. Mais cette instrumentalisation de l'espace par la doctrine de l'aménagement du territoire comportait peut-être déjà en germe le phénomène actuellement constaté : l'espace était regardé uniquement du point de vue de la logique urbaine et industrielle, comme un bien à consommer. Cette conception de l'espace fait qu'aujourd'hui, il n'est pas considéré à partir de ses valeurs intrinsèques et des fonctions qu'il remplit en propre : il n'est respecté qu'en tant que discontinuité, au service d'un "bel" aménagement. Le corollaire de tout cela est qu'il peut être transgressé si des intérêts supérieurs sont en cause !

D'ailleurs, les termes "consommation" ou "économie" renvoient bien à cette conception : l'espace instrumentalisé par les principes de fonctionnalité et de zonage devient un bien à consommer et à conquérir ou à épargner, termes empruntés plutôt au vocabulaire de l'économie, qu'à celui de la sociologie, et encore plus étranger à celui de l'ethnologie.



Le Code de l'Urbanisme, maintes fois remanié ces dernières années pour tenir compte des avatars de la décentralisation (je donne, je reprends, je dérèglemente, je contrôle à nouveau...), affiche pourtant une belle constance dans l'obligation d'économie d'espace.

Impossible de résister à la tentation de citer le premier article du code (Art.L 110) particulièrement explicite : "Le territoire français est le patrimoine commun de la nation. Chaque collectivité publique en est le gestionnaire et le garant dans le cadre de ses compétences. Afin d'aménager le cadre de vie, de gérer le sol de façon économe, d'assurer la protection des milieux naturels et des paysages ainsi que la sécurité et la salubrité publique et de promouvoir l'équilibre entre les populations résidant dans les zones urbaines et rurales, les collectivités harmonisent, dans le respect réciproque de leur autonomie, leurs prévisions et leurs décisions d'utilisation de l'espace".

Il est probablement nécessaire de citer encore l'article L 121-10, qui vaut loi d'aménagement et d'urbanisme, c'est-à-dire qui s'impose à ceux qui ont en charge l'élaboration des documents d'urbanisme. Cet article dispose : "Les documents d'urbanisme déterminent les conditions permettant, d'une part de limiter l'utilisation de l'espace, de préserver les activités agricoles, de protéger les espaces forestiers, les sites et les paysages, de prévenir les risques naturels prévisibles et les risques technologiques et, d'autre part de prévoir suffisamment de zones réservées aux activités économiques et d'intérêt général, et de terrains constructibles pour la satisfaction des besoins présents et futurs en matière de logement".

De nombreux autres articles du code pourraient être cités, affirmant tous la nécessité de planifier l'utilisation de l'espace au plus juste en limitant cette utilisation au strict nécessaire.

La gestion économe de l'espace est donc bien une obligation, fort ancienne, toujours réaffirmée par la politique d'urbanisme et les textes qui l'encadrent. Elle s'impose aux collectivités territoriales, l'Etat en est le garant.

Consommation d'espace et environnement . . . . .

Dans une évolution plus récente, le lien entre consommation d'espace et protection de l'environnement s'impose comme une évidence.

L'émergence, particulièrement tardive en France des préoccupations d'environnement, est essentiellement liée à la construction européenne.
Or la doctrine de l'environnement en France est hésitante et multiforme : elle oscille constamment entre une conception strictement écologisante (préserver des sanctuaires de nature) et une conception plus globale mettant en perspective l'humain dans son environnement.

L'évidence de ce lien tient au triomphe de cette seconde conception qui rend tout son sens à la préoccupation d'économie d'espace, puisqu'elle admet une synergie entre l'homme et son environnement et que du coup la responsabilité de l'homme est totalement engagée, non seulement dans la préservation mais aussi dans la restauration de cet environnement.

La loi de protection de l'environnement du 2 février 1995 est sur ce point particulièrement éloquente et marque un tournant important :
"les espaces, milieux naturels, sites et paysages (...) font partie du patrimoine commun de la nation. Leur protection, mise en valeur, restauration, remise en état et leur gestion sont d'intérêt général ; elles s'inspirent des principes suivants : principe de précaution, principe d'action préventive et de correction."



L'un des derniers aspects de cette évolution est l'émergence d'une préoccupation forte liée aux risques naturels : les catastrophes (avalanches, inondations, crues torrentielles, incendies de forêt) renvoient toutes à un usage inconséquent de l'espace : urbanisation excessive (trop dense ou au contraire trop dispersée), mal localisée, ne tenant compte ni de la connaissance, ni des usages, créant des situations parfois non corrigibles, malgré le principe de correction... Bref, ce qui est en cause, c'est une gestion malencontreuse et inattentive de l'espace.

Consommation d'espace et développement durable . . . . .

La Conférence de Rio sur l'environnement et le développement en Juin 1992 a légitimé le concept de développement durable, issu du rapport Bruntland validé par l'O.N.U.
"Le développement durable est celui qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins".

Ce concept :
  • recouvre le long terme
  • s'applique à des objectifs multisectoriels (économique, écologique, social et éthique)
  • privilègie le préventif et s'attache à mesurer le degré d'irréversibilité des choix.

    Il trouve sa légitimité dans une évolution de la demande sociale liée à la qualité de l'espace (demande de paysages de qualité, d'espaces entretenus et accessibles au public, etc) et induit un questionnement sur l'aménagement du territoire qui doit assurer un développement harmonieux en préservant l'avenir : choix réversibles, économie d'espace pour les générations futures.

    Face à ces principes, quelques chiffres sur la situation dans les Bouches-du-Rhône . . . . .

    On constate dans ce département des contradictions extrêmement fortes dans la gestion de l'espace qui aboutissent à une consommation d'espace sans précédent, pour un développement économique et démographique faible sur les 20 dernières années.

    Consommation d'espace et P.O.S . . . . .

    La décentralisation a confié aux communes l'initiative et la responsabilité de l'urbanisme sur leur propre territoire : 35 000 collectivités autonomes sont désormais chargées de la planification spatiale du pays ! Les lois de décentralisation accompagnent cette innovation d'un certain nombre de dispositifs de régulation et de cadrage : les lois d'aménagement et d'urbanisme qui s'imposent à l'élaboration des P.O.S., les Schémas Directeurs supposés cadrer les politiques municipales et leur donner cohérence.

    La situation réelle est bien différente de cet édifice théorique :

    Logique du zonage et consommation virtuelle d'espace . . . . .

    Le fonctionnalisme, la spécialisation du territoire et la logique du zonage conduisent à une affectation symbolique de l'espace qui, en elle-même, constitue une forme de consommation. L'espace affecté à telle ou telle destination perd du simple fait du zonage sa vocation actuelle, même si toutes les conditions sont réunies pour maintenir sa vocation initiale.
    Le zonage est un facteur de déstabilisation et de précarisation pour l'espace, et le propriétaire anticipe sur l'usage futur du sol. Ceci est particulièrement vrai de l'espace agricole : le déclassement d'une zone agricole se traduit par un sentiment d'insécurité de l'agriculteur lié à l'absence de pérennité, une difficulté d'investissement à long terme, des désordres sur le marché foncier.

    Ce processus induit à son tour une augmentation des coûts fonciers et précipite le processus de déshérence : le seuil critique pour le maintien des services à l'agriculture et le maintien des structures collectives de transformation et de commercialisation est très vite franchi et apparaîssent les friches...

    La réversibilité d'un tel processus est aléatoire, suppose un investissement important de la commune et de l'Etat, et la mise en place d'une politique lourde de réinstallation d'agriculteurs, de reconquête et de réaffectation de l'espace.

    Les P.O.S. sont donc en eux-mêmes des instruments de changement d'usage du sol, de désaffectation et donc de consommation de l'espace, et ces changements "virtuels" sont souvent irréversibles. En particulier, les P.O.S. paraissent mal adaptés à l'espace rural où ils induisent les processus spéculatifs qui n'existaient pas avant leur approbation, par l'introduction d'une logique urbaine de production d'espaces constructibles. Ils sont particulièrement dangereux dans un département comme les Bouches-du-Rhône où les villes sont en même temps les gestionnaires incompétents d'un vaste espace rural, ce qui n'a probablement pas d'équivalent en France. Contrairement à ce que l'on attendait d'eux, les P.O.S. ne sont pas des outils de planification spatiale. Bien au contraire, ils apparaissent souvent comme des instruments de déstabilisation et de désaffectation de l'espace et des activités qui l'entretiennent.


    La consommation d'espace : un défi institutionnel . . . . .

    Ces quelques éléments permettent de vérifier que, dans ce département et singulièrement à l'intérieur de l'AMM, on assiste à une consommation d'espace très vigoureuse et inquiétante :

    Les conséquences de ce mode de développement sont considérables pour :

    La politique d'aménagement du territoire demeure étrangère à la problématique de l'environnement : et il faut bien admettre qu'aménagement et environnement sont toujours, dans ce pays, considérés comme antinomiques, et que les préoccupations d'environnement continuent d'être considérées par l'aménageur comme un "handicap à contourner".

    La situation actuelle constitue un véritable défi institutionnel :

    * Dans tout pays décentralisé, l'Etat doit assurer la cohérence des choix et des politiques. Les lois de décentralisation lui confient bien cette mission ; mais cette mission est mal cadrée, et elle ne s'exerce qu'au travers d'un contrôle juridique cahotique, approximatif et a posteriori.

    * Il existe une évidente contradiction entre les politiques publiques conduites dans le domaine de l'environnement ou de l'agriculture, souvent sous pression de l'Union Européenne, et la politique publique de Défense, d'infrastructures, de grands équipements ou de reconversion industrielle (cas de la Crau).

    L'échec de la planification territoriale, les excès du zonage et d'une réglementation inefficace, l'absence de pertinence du niveau communal pour une politique d'urbanisme, l'absence d'un niveau institutionnel de régulation et de cadrage devraient conduire l'Etat à mettre en oeuvre très vite des moyens de gestion efficace du "conflit".


    Quelques pistes pour une maîtrise de la consommation d'espace . . . . .

    Donner à l'Etat les moyens institutionnels d'assurer a priori la cohérence : les D.T.A. ? Tenir une comptabilité des consommations d'espace.

    Mieux connaître les stratégies d'implantation des entreprises et adapter l'offre de terrains à la demande. S'interroger sur la pertinence de la nécessité de politiques publiques dans ce domaine : tout libéral ?

    Assurer une vraie gestion de l'espace et de l'environnement métropolitain (raisonner non plus en terme de conflits d'usage, mais en terme de complémentarité) dans un souci de développement équilibré :

    S'interroger sur la banalisation de l'espace, générée par l'uniformisation de ses modes de consommation et ses conséquences sur la disparition des cultures locales, sur leur diversité et l'identité des villes et des quartiers.

    Intégrer à la réflexion sur les projets, une réflexion sur leurs effets induits. Comptabiliser la consommation d'espace et rationnaliser son usage. Organiser l'offre là où il le faut, et selon les critères requis, en mettant un terme à des phénomènes de concurrence stérile, inefficace et inadaptée, au profit de projets passés au crible du développement durable.



    DEBAT




    A propos du P.O.S. et des documents d'urbanisme . . . . .


    A propos de la perte de surface agricole dans le département . . . . .

    La question de la perte de surface agricole dans le département ne peut cependant être examinée du seul point de vue de la progression d'une urbanisation mal contrôlée : elle résulte également du déclin de l'activité agricole elle-même. La tendance lourde, c'est la diminution de la surface des exploitations agricoles et l'augmentation de la taille des structures, mais faire la part entre les deux causes est difficile. Il est certain, toutefois, qu'une bonne partie des disparitions est liée à cette incertitude sur l'espace.

    Par ailleurs, la contribution de l'agriculture à l'économie et à l'identité du département est souvent négligée, les Bouches-du-Rhône possédant une forme d'agriculture extensive rare et disposant d'atouts exceptionnels. Ce sont des secteurs compétitifs et très exportateurs. Il faut par ailleurs se souvenir que Marseille fut pendant longtemps la première commune agricole du département.


    A propos de la consommation de l'espace, au moment du Schéma d'aménagement de l'aire métropolitaine marseillaise (1968/1970) face à la réalité d'aujoud'hui . . . . .

    Il faut d'abord rappeler que bon nombre des membres de la mission OREAM était architectes, urbanistes ou géographes ; l'approche spatiale était donc privilégiée dans le schéma (prévu pour trente ans) :

    Les principes suivants étaient affichés :
    - la symbiose est-ouest
    - tirer le meilleur parti de l'espace
    - créer des villes équilibrées.

    La notion de gestion économe de l'espace était présente. Par ailleurs, les grandes infrastructures représentaient 20% de la surface consommée pour 3 200 000 habitants prévus.
    Si on regarde la situation aujourd'hui, on se rend compte qu'on a consommé la surface prévue en 1970 pour une population de seulement 2 000 000 habitants et qui n'aura augmentée que de 400 000 habitants. Ce qui signifie qu'on a consommé cinq fois plus d'espace par habitant que prévu.

    . . . . . des infrastructures. . . . .

    Si l'on regarde à présent les infrastructures, qui composaient une part importante des prévisions du schéma d'aménagement, des choses ont été réalisées, à commencer par les routes et les autoroutes. Il faut rappeler qu'à l'époque, l'équipement routier était très faible. Quant au schéma autoroutier, il a été, lui, entièrement réalisé, le barreau au niveau de Saint-Martin-de-Crau est presque (1) achevé. En revanche, on est encore très loin de la réalisation du Réseau express régional...

    On a tiré peu d'enseignement de la logique spatiale, et peu progressé dans l'évaluation de l'impact des grandes infrastructures sur l'aménagement de l'espace.
    Cela ne concerne d'ailleurs pas seulement les infrastructures routières et autoroutières mais également les transports ferroviaires et aériens (TGV Arbois, etc...) et d'autres types d'infrastructures comme les couloirs de haute tension, les oléoducs. Une image sous-marine des oléoducs dans l'étang de Berre montre d'ailleurs que c'est encore pire dans l'eau...

    L'aménagement en infrastructures pose d'ailleurs non seulement le problème des emprises au sol, mais également celui des nuisances.
    Une voie rapide, par exemple, crée des nuisances sur une largeur de 400 m. (bruits, odeurs, etc...). Il faut inclure y compris l'espace de nuisances dans la zone neutralisée.

    . . . . . des friches urbaines . . . . .

    Non seulement l'espace prévu pour 3 200 000 habitants a déjà été consommé, mais il n'est pas non plus tenu compte des espaces inoccupés dans les urbanisations déjà existantes. Il y a ainsi 30 000 logements vides à Marseille ; est ainsi posée la question de la reconquête en continu des villes (les friches urbaines), élément qui n'était par ailleurs absolument pas pris en compte il y a trente ans.
    Le problème des friches urbaines concerne désormais également des zones d'urbanisation récentes (trente ans) : ainsi la zone des Estroublants (33 ans) à Vitrolles, où l'on peut déjà évaluer les friches urbaines à 10% de la surface de la zone.
    Cette notion de reconquête en continu des villes existantes fait d'ailleurs l'objet d'un programme du P.I.R. Villes ("faire la ville sur la ville").


    A propos de gestion économe de l'espace dans les opérations d'aménagement -l'exemple de Vitrolles . . . . .

    A une échelle plus réduite (quartier-îlot), il est possible de prendre en compte la gestion économe de l'espace dans des opérations d'aménagement :


    A propos de l'injonction contradictoire : "équipons - économisons l'espace". . . .

    A l'ère du développement durable, l'aménageur se trouve confronté au "double bind" de Mattesson, c'est-à-dire l'injonction contradictoire entre le nécessaire équipement et aménagement de l'espace et la non moins nécessaire gestion économe de l'espace et prise en compte du développement durable.

    Contradiction d'abord entre l'espace péri-urbain sur lequel la discussion s'est focalisée et l'espace ex-rural vide ; au contraire, cet espace se détruit par manque d'occupation et d'équipement.

    Contradiction ensuite entre la notion de gestion économe de l'espace et l'exigence de développer la capacité des habitants à se déplacer.

    Un exemple parmi tant d'autres d'injonction contradictoire : dans les Alpilles, la Direction départementale de l'équipement voulait, pour des raisons légitimes de sécurité routière, abattre des platanes au bord d'une route ; pour des raisons tout aussi légitimes de qualité du paysage, il y a eu une forte mobilisation des habitants contre le projet.

    En réalité, la question n'est pas de se déplacer, mais comment se déplacer : un des éléments majeurs à ce sujet est bien sûr le développement des transports en commun ; trop souvent examiné à l'aune d'une exigence de rentabilité de court terme et donc passé sous silence.
    Il n'y a pourtant pas de fatalité en la matière : le Métrolor entre Metz et Nancy, qui est resté 15 ans déficitaire, marche très bien aujourd'hui. Il en est de même pour Métrazur (Nice-Cannes-Antibes). A quand Aix-Marseille ?


    A propos des transports et de la gestion économe de l'espace : une comparaison entre Aix-en-Provence et Nüremberg en Allemagne . . . . .


    A propos de la "ville du Sud" et de l'aire métropolitaine marseillaise . . . .

    .

    Il y a une particularité des villes du Sud ; ce sont des villes plurielles, qui ont fabriqué des périphéries qui se sont agglomérées. Mais elles ne disposent pas, comme c'est le cas à Lyon, d'une échelle d'organisation et de documents validables par les différents partenaires.

    L'ordre de la ville a éclaté. Le système côtier est l'objet d'un phénomène de connurbation, connurbation qu'on peut situer dans une large acception de Milan à Barcelone, et dont Aix-Marseille est le centre. L'aire métropolitaine marseillaise est à même de se situer dans cet espace dès lors que ces différents acteurs assemblent les morceaux. Il se passe aussi des choses dans le triangle Lyon-Marseille-Toulouse. Comment peut-on travailler ensemble dans cet autre espace ? Pour l'heure, les outils des techniciens sont insuffisants tant que les enjeux ne sont pas identifiés par les politiques.

    La ville de l'an 3000 est déjà dessinée chez nous.
    Est-ce qu'il faut retracer une ville-route ?. La capacité d'investissement des partenaires s'est amenuisée du fait de l'augmentation considérable de la part fonctionnement.
    Faut-il se contenter de continuer à faire fonctionner ce qu'on a mis en place ou peut-on recycler? Ce qu'il faudrait en réalité, c'est réinventer la ville à vingt minutes (à pied, à vélo, en voiture, etc...), retrouver des interconnexions dans ces espaces temps qui fondent la ville, rapprocher ces points et les différents polycentres. (Plan de Campagne existe et il faut en tenir compte pour refaire de la ville sur la ville).

    Les villes ne sont plus un espace, elles sont un graphe : "l'espace s'est élargi considérablement". Cela implique notamment de relier aujourd'hui les problèmes d'infrastructures, de déplacement et d'aménagement.


    A propos du développement des transports en commun dans l'aire métropolitaine marseillaise . . . . .

    Concernant le dossier REM ou RTR (Réseau express métropolitain ou Réseau de transport régional), il faut rappeler qu'un investissement ferroviaire lourd était prévu pour la région à long terme, avec un premier tronçon entre Marseille et Aubagne. Le coût de ce premier tronçon est de 6 milliards de francs en investissement et 4 milliards de francs de fonctionnement, dépense actuellement inenvisageable.

    Il faudrait investir un milliard par an pour les transports en commun de l'AMM. Les sommes actuellement affectées aux transports en commun sont dérisoires. L'agglomération lyonnaise a dans ce domaine quinze ans d'avance sur l'aire métropolitaine marseillaise.


    A propos de la mobilité des entreprises . . . . .

    La question des migrations alternantes se pose tant au niveau de l'habitat qu'au niveau de l'entreprise. Mais les logiques de localisation de l'habitat et de l'entreprise se posent de façon différente. Les mouvements ne s'ignorent pas mais se font de façon différente.

    Les entreprises se délocalisent de façon continue ; la proximité des carrefours de communication est de plus en plus recherchée.
    Du point de vue de l'emploi, 6 à 7 pôles d'emploi se distinguent dans l'aire métropolitaine marseillaise : Marseille, Aix, Vitrolles, Aubagne, Gémenos, Martigues, Rousset.
    La moitié des zones d'emplois est aujourd'hui hors Marseille et près de 40% de l'emploi des entreprises se fait en zones d'activités.

    80 communes du département sur 109 possèdent une zone d'activités, mais la moitié des zones d'activités sont soit vides soit accueillent moins de 100 salariés.
    Au contraire dans les pôles d'emploi comme Vitrolles, on trouve des grappes de zones d'activités et des concentrations d'entreprises.

    Par ailleurs, le taux de chômage peut rester très élevé dans les zones de fort emploi. Les nouveaux pôles d'entreprises vont recruter beaucoup plus loin ce qu'elles cherchent, c'est-à-dire de forts niveaux de qualification ; ce qui n'est pas sans conséquence sur les migrations alternantes et les logiques de localisation de l'habitat.
    La population de créateurs d'entreprises est aujourd'hui plutôt sur Aix. On va également chercher, lorsqu'on crée une entreprise, une localisation près de son habitat. A Marseille, au contraire d'Aix, on a des entreprises qui sont moins compétitives et qui n'ont pas les moyens de bouger (populations captives).

    Au total, la mobilité des entreprises et les localisations de l'habitat renvoient à deux types de questions :


    A propos du pavillonnaire, de la mobilité . . . . . et de la demande . . . . .

    Le pavillonnaire est aujourd'hui un facteur important de mitage de l'espace au même titre que les localisations des entreprises (le cas de Rousset Thomson illustre les pressions qui peuvent s'exercer pour se localiser dans un cadre agréable, en dehors de toute règlementation).
    La question se pose d'ailleurs de façon spécifique dans les Bouches-du-Rhône où l'espace est abondant, par rapport au cas des Alpes-Maritimes qui connaissent d'importants problèmes de foncier.

    La question qui nous est posée est celle de la prise en compte d'une demande qui existe. L'objectif de développement durable est louable, mais la demande de lotissements est une tendance lourde. L'idéal de la maison particulière, de la piscine et du chien, une certaine qualité de vie, est un objectif pour bon nombre de gens.

    Comment prend-on en compte cette demande ?.
    La demande de pavillons est peut-être aussi liée à un certain moment de la vie. Et la maison particulière qu'on fait construire est aussi contradictoire avec le désir de mobilité. On est en train de fixer les gens sur des logements dont ils ne peuvent pas bouger. On les fixe 35 ans sur le même endroit avec des prêts à la construction qu'ils ne peuvent plus payer. Le mécanisme est pervers. On constate par ailleurs que les enfants des écoles, à Vitrolles, par exemple, ont des réactions complètement différentes de leurs parents à propos des équipements... En tenir compte, c'est peut-être aussi cela le développement durable...


    A propos de l'usage de l'espace aujourd'hui . . . . .

    La question est finalement : à quoi sert l'espace ? Est-ce qu'on a besoin de l'espace comme il y a trente ans ?
    Aujourd'hui, l'agriculture a besoin de moins en moins d'espace ; la forêt est abondante, mais on ne sait plus trop à quoi elle sert.
    Sur la ville, on développe en permanence des discours contradictoires, avec une assez grande nostalgie.
    L'espace ne doit-il pas finalement servir aux gens à habiter de la façon dont ils ont envie d'habiter ?.
    De même, la notion d'aménagement de l'espace s'est modifiée en particulier dans sa dimension culturelle.

    D'un côté, on découvre que l'espace agricole et naturel a un fonctionnement propre. On se rend compte par exemple que la plaine de la Crau fonctionne comme un espace agricole, naturel et pastoral particulier, en liaison avec le système alpin. De l'autre côté, il y a un changement d'échelle, qui relativise la notion de ruralité.
    Certains territoires se pensent encore comme des territoires ruraux, mais que signifie la ruralité, lorsqu'on est à une demi-heure d'un aéroport (exemple : la commune d'Arles) ?. Ce sont d'abord les dimensions culturelles qui doivent être analysées et prises en compte dans l'aménagement de l'espace aujourd'hui.


    . . . . . une pause dans l'urbanisation . . . . .

    Le sentiment qui prévaut toutefois est qu'on se situe aujourd'hui à une période charnière. Si l'on prend le cas des communes du pays d'Aix, il apparaît qu'il y a une pause forte des communes.
    Sur le plan du logement, la progression de l'urbanisation a été extrêmement modeste ces dernières années.

    50% du logement s'est fait en zone urbaine
    30 à 40% dans les zones N.A.
    10 à 20% dans les zones N.B.

    Le mot d'ordre aujourd'hui semble plutôt être la croissance 0, et cela pour plusieurs raisons :

    Par ailleurs, non seulement le lotissement de moyen et de bas de gamme est invendable aujourd'hui, notamment pour des raisons d'image (zones en convention DSU, etc...), mais les communes se rendent compte que les lotissements génèrent des risques sociaux, des coûts de fonctionnement et de dysfonctionnement élevés. Entre outre, la clientèle du péri-urbain est excessivement demandeuse de services de proximité qui renvoie notamment à la question du maillage des équipements, et sans doute faut-il aujourd'hui localiser les équipements aux noeuds au lieu de les éparpiller.

    Tout cela contribue à un changement et à une pause dans l'utilisation de l'espace aujourd'hui. On a "dévoré" beaucoup d'espace par le passé, mais aujourd'hui la tendance ne devrait plus être la même.


    A propos du rapprochement des Agences d'Urbanisme du Pays d'Aix et de l'Agglomération de Marseille . . . . .

    A l'occasion du colloque sur le développement durable etl'aménagement de la FNAU, les agences d'urbanismes d'Aix et de Marseille ont produit et signé un document commun (cf. annexe) : protocole d'accord entre les deux agences, validé par les deux conseils d'administration autour d'une démarche de développement durable ; il constitue, peut-être, au-delà du thème "refonder la ville", une étape de plus dans la construction de l'aire métropolitaine marseillaise. Le rapprochement des deux agences, dans la dynamique fédéraliste, pourrait commencer à faire avancer les protocoles d'accord.

    Un des premiers résultats du rapprochement plus lisible des agences fut la réunion qui a rassemblé la Région, le Département, les Communautés de Communes, les Villes d'Aix et de Marseille, les communautés d'Aubagne et de l'Huveaune et la Chambre de commerce et d'industrie Marseille-Provence, au sujet de l'enquête "ménages" lancée dans la perspective d'un schéma de développement des transports en commun. Au-delà du protocole, c'est un évènement.


    . . . . . l'essentiel sur . . . .