Itinéraire de terrain ... en venant de Marseille...
1. La côte languedocienne
La découverte de la région montpelliéraine s'est faite par la mer après le passage du petit Rhône et l'entrée dans la Camargue gardoise. Il y a actuellement un projet d'extension du Parc Régional de Camargue en direction de la Camargue gardoise. Le Languedoc communique beaucoup sur la Camargue (le Mont Aigoual, la Camargue), bien que la majeure partie de la Camargue soit hors de son territoire. Nous longeons à présent la côte de la Grande Motte à Palavas-les-Flots.
La côte du Languedoc-Roussillon a fait l'objet dans les années 1960 d'un grand plan d'aménagement touristique du littoral à l'initiative de l'Etat, à l'époque des grands projets d'aménagement du territoire (Olivier Guichard, etc...). Ce fut une très bonne prémonition contre l'aménagement touristique sauvage, qui n'eut pas manqué de se produire avec la croissance du tourisme.
Avant que le littoral ne soit aménagé, il y avait deux stations balnéaires sur la côte : le Grau du Roi, qui était le doublet balnéaire (la plage) de Nîmes et l'ensemble Palavas-les-Flots-Carnon qui était le doublet balnéaire de Montpellier ; une voie rapide a été construite dans les années 1950 dans la partie basse de la plaine.
L'aménagement du littoral a bouleversé la donne : 5 ou 6 sites ont été choisis séparés par des interstices naturels, formant deux nouvelles unités touristiques : l'une avec Port-Camargue-la Grande Motte, l'autre au sud en retrait, avec le secteur Agde-Sète. L'Etat a mené pendant des années une politique foncière secrète sur ces sites. En dépit de cela, et bien avant la décentralisation, Port Camargue, le Grau du Roi, Palavas-les-Flots se sont développés, et la Grande Motte est devenue une véritable ville. Pratiquement tout ce qui n'a pas été protégé par les pouvoirs publics et qui ne faisait pas l'objet d'une maîtrise foncière a été urbanisé. On peut notamment apprécier l'un des aspects de la protection de l'environnement du littoral par les pouvoirs publics, à travers le fort développement de la population de flamants roses. Il y a 20 ans, il n'y avait plus aucune nichée dans la région camarguaise, en raison notamment de la chasse et de la forte présence militaire dans la zone, puis on a installé des gardiens pendant les couvaisons ; le résultat est qu'aujourd'hui on a une surpopulation de flamants.
Nous arrivons à présent à Palavas-les-Flots, "le doublet balnéaire" de Montpellier (Palavas-les-Flots fait partie du district de Montpellier). Nous rentrons dans les terres en longeant le Lez, le fleuve côtier, entre les deux lagunes. Nous prenons le territoire par le sud et par la mer, mais Montpellier fut d'abord une ville de terre, même si elle a un projet de port. Attaquer par la plage, c'est regarder l'abord l'aménagement du littoral. Ce n'est pas l'influx essentiel de Montpellier, mais un des éléments structurants.
Nous sommes à présent à Pérols, le pays est plus plat, c'est le territoire entre Montpellier et la mer. Nous allons trouver des zones à vocation différentes.
2. La commune de Lattes et le secteur Pérols-Lattes-Mauguio (sud-sud-est de l'agglomération)
Nous voici à Lattes. La commune de Lattes est très étendue ; elle est située à l'aval du Grand Montpellier et doit se défaire des retombées de ville du Grand Montpellier. Ce n'est pas un hasard si le maire de Lattes représente la plus forte opposition au Président du district de Montpellier dont sa commune fait cependant partie.
Les retombées du Grand Montpellier, c'est d'abord la décharge de la zone de Maurin, située sur la commune, avec une hauteur de 17 mètres d'ordures ménagères. Autre sujet de friction: la gare TGV, le choix se situe entre une euro-gare (intermodal TGV-aéroport) et le projet du maire de Montpellier d'une gare proche du centre ville. L'aéroport de Montpellier est par ailleurs situé sur la commune de Mauguio, au sud-est de la ville.
La commune de Lattes a connu une extension importante.
Elle a commencé à se développer à partir du moment où s'est constituée la SAFER qui a vendu les bonnes terres agricoles et converti les moins bonnes terres agricoles pour la construction de lotissements et de bureaux pour les organisations professionnelles agricoles. La commune s'est construit un port au bord du Lez, le Port Ariane. C'est le nouveau Lattes, relié au coeur de l'ancien centre au niveau du musée archéologique. Port Ariane constitue le coeur des équipements d'une commune très résidentielle (tous les maires de Lattes ont favorisé le développement résidentiel malgré les zones classées inondables) qui se méfie des HLM. Lattes compte également des zones d'activités très importantes qui permettent à la ville de disposer d'une forte taxe professionnelle. On ajoutera que les petites communes périphériques du Grand Montpellier ont franchi des seuils démographiques leur permettant d'ébaucher un geste urbain, non sans mimétisme avec la ville centre. Dans la zone de Maurin se sont installés des maraîchers pieds-noirs sous la conduite de la SAFER.
Nous voici à présent dans la plaine du Mas de Gau. C'est le deuxième visage de Lattes, celui des grands domaines viticoles. Certaines demeures de grands propriétaires sont devenues de grands restaurants et constituent un très bel immobilier.
Nous sommes à présent sur la Costière, sur des terres caillouteuses qui produisent des vins de qualité (côteaux de la Méjannaise). On se trouve ici face à un paysage traditionnel du sud: le mas, la vigne, le bosquet. La costière sépare deux versants. L'un descend sur Montpellier, l'autre versant va, jusqu'au littoral avec Carnon-la Grande Motte et les infrastructures de la région montpelliéraine.
D'ici au littoral se situent les zones d'activités Pérols, Lattes, Mauguio ; c'est l'espace des installations commerciales (notamment Auchan sur Pérols), des zones d'activités. La poussée de l'urbanisation vers 1970-1975 a conduit à la construction de la voie rapide (CD 21) et au pari d'une urbanisation linéaire. Il y a désormais une nouvelle voie pour l'aéroport qui a doublé le CD 21. Il s'agit de l'une des zones les plus mal aménagées de la région. On s'est arrêté en chemin dans la volonté d'aménagement.
Ce secteur (le sud-est de l'agglomération) illustre particulièrement le problème des inadéquations territoriales, de l'interférence des pouvoirs et de la relative impuissance du pouvoir qui devrait être le plus compétent : le district.
Parmi les différents pouvoirs, on trouve d'abord les communes avec leurs compétences traditionnelles (l'urbanisme).
Le deuxième niveau de pouvoir, c'est le district. Mais à l'inverse de Palavas, Pérols et Lattes, Mauguio où se trouve l'aéroport ne fait pas partie du district. Par ailleurs, le district s'il a une compétence en matière de développement économique n'a reçu aucune délégation en matière de POS. Son rôle se limite dans ce secteur à la gestion d'une partie des ZAC.
Le troisième niveau de pouvoir est le département qui a compétence notamment en matière de gestion des routes. Mais la construction de la route de l'aéroport n'a pas été pendant longtemps prioritaire.
Le quatrième niveau de pouvoir est la région qui devient par le biais des lycées un investisseur public important. Trois lycées ont été programmés dans ce secteur. Les choix de localisation vont être difficiles ! (Nous passons d'ailleurs devant le lycée Champollion).
Enfin, le cinquième niveau de pouvoir est la Chambre de commerce qui intervient au niveau de l'aéroport et de la zone euro-gare. Elle est particulièrement en conflit avec la ville.
Insensiblement nous voilà rendus au coeur de la problématique de la métropolisation et des différentes échelles :
* Montpellier avait 100 000 habitants en 1960, elle en compte 220 000 aujourd'hui ; il y a un doublement à chaque recensement avec une population qui se renouvelle d'un tiers.
* les 15 communes du district amènent une population supplémentaire de 100 000 habitants, les communes les plus grosses ont de 10 000 à 12 000 habitants, les plus petites de 3 à 4000 habitants.
* la troisième échelle est formée des 50 communes autour de Montpellier, soit 40 000 habitants supplémentaires.
Si l'on compte à présent la population de Sète à Lunel, dans une aire de 50 km autour de Montpellier, on arrive à 450 000 habitants, taille critique évoquée comme nécessaire à la métropole montpelliéraine.
3. Montpellier - zone de Grammont - Millénaire (Est de la ville)
La zone de Grammont représente une certaine tradition de Montpellier. Au-delà des repères territoriaux (la flèche Sainte-Anne, la Costière), elle représente une tradition savante. Terrain d'expérimentation des biologistes, le domaine était géré autrefois par la Faculté de Médecine, avant que la ville ne l'acquière pour en faire un point fort de l'agglomération. Pour autant jusqu'en 1975, la zone de Grammont était peu pratiquée. Il fallait franchir le Lez, qui constituait une barrière importante jusqu'à cette date. En 1965, IBM s'est installée dans la zone, il n'y avait rien autour.
Le développement de cet espace s'est fait peu à peu : au départ, la ville a acheté les terrains sans trop savoir leur usage possible. Puis est venu le Zénith, équipement phare de la zone, Marseille et Lille avaient refusé l'implantation de cet équipement sur leur territoire. Montpellier a accepté. C'est aujourd'hui une base fondamentale des circuits du show business en France (dernier concert 10 000 personnes, les Rolling stones cet été 75 000 personnes).
Les autres éléments ont été (au-delà du nouvel espace mortuaire du cimetière) le sport (stade, etc...) et un certain nombre d'équipements culturels structurants (théâtre de Grammont Treize vents, centre de réception pour la mairie etc...).
La zone de Grammont est appelée à être un point fort du Montpellier 2010 grâce à une politique d'anticipation. Le grand projet pour 2010 c'est l'aménagement de la pénétrante (installation de grands équipements) qui va de l'Hôtel de Région au parc du Millénaire (le plus grand parc d'activités de Montpellier : 200 entreprises) pour en faire une grande zone tertiaire, dans le prolongement de l'axe d'Antigone. L'Est est le principal axe de développement de la ville, après l'épisode du franchissement du Lez.
4. Montpellier l'axe d'Antigone
Nous sommes désormais au coeur des ambitions urbaines de Montpellier sur l'axe d'Antigone. L'opération Antigone a commencé en 1977 ; la ville jouissait d'un atout rare : une réserve de 40 hectares non loin du centre, derrière les commerces de Polygone et la place de la Comédie (le centre traditionnel). L'objectif assigné à l'architecte de ce quartier neuf était de penser Antigone comme un centre véritable, un coeur à part entière mêlant logements (5 à 6000 habitants), bureaux et commerces. Le Barcelonais Ricardo Bofill a répondu à cette attente par la mise en scène d'une succession d'espaces publics monumentalisés inspirés du classicisme, sur une perspective de 800 m. dans l'axe Polygone-Hôtel de Ville-Hôtel de Région (ce dernier situé sur l'autre rive du Lez). Cet axe fait écho à l'est à celui qui a structuré la ville à l'ouest, avec la promenade du Peyrou et l'acqueduc des Arceaux.
L'opération Antigone est presque achevée ; il restait un terrain où devait se construire un World Trade Center, mais le projet n'a pas abouti. Ce fut le seul petit hiatus de l'opération. Finalement on a fait le choix d'installer une piscine olympique, qui a sa place au milieu d'un quartier résidentiel, et qui renforce également la dimension internationale de la ville. En résumé, l'opération Antigone a eu une grande signification d'un point de vue urbain. L'urbanisme initié par Bofill a été repris par bon nombre d'architectes.
Autres actes ponctuant les ambitions urbaines de Montpellier : non loin d'Antigone, le Corum, équipement phare de ces dernières années avec une double vocation de palais des congrès et d'opéra (architecte Vasconi). Enfin, le nouveau projet urbanistique de la ville, Port Marianne, nouveau quartier et port de plaisance, qui annonce le développement de la ville vers l'est et le sud-est.
4. De l'axe d'Antigone à l'axe du Peyrou
Nous traversons la ville, le temps d'apprendre que trois collines délimitaient naturellement le site originel de cette ville millénaire (fondée en 985) et aplanies quand la ville protestante a été pacifiée par le roi. Nous passons devant le Corum, cet équipement majeur du tourisme de congrès et d'affaires, non sans s'interroger parallèlement sur l'équipement hôtelier à Montpellier. Montpellier était traditionnellement sous-équipée en hôtellerie. Elle est désormais sur-équipée en hôtellerie bas de gamme. Il lui reste à diversifier son offre hôtelière.
Nous continuons notre route entre les faubourgs de la ville médiévale et la ville du XIXème siècle. Nous longeons le Merdanson, ruisseau capricieux qui servit durant le Moyen-Age à fixer les artisans qui travaillaient avec l'eau. Nous débouchons vers l'hopîtal Saint-Charles et la ville du XIXème siècle. Un projet de réhabilitation de l'hôpital Saint-Charles est prévu (avec un budget de plusieurs centaines de millions de francs). Nous longeons le quartier hospitalo-universitaire et le célèbre et ancien jardin des plantes avant de revenir sur le Peyrou.
5. Le Peyrou
Nous voici à présent sur l'axe qui structura la ville aux XVIIIème et XIXème siècles : la promenade du Peyrou et l'aqueduc des Arceaux. Le Peyrou (l'une des trois anciennes collines de la ville) est le point sommital de la ville. Il y a par ailleurs un code de protection du Peyrou qui règlemente la hauteur des constructions dans un périmètre donné. La seule exception est la tour Saint-Martin. Les tours de la ZUP de la Paillade sont hors périmètre.
Au milieu de la place se trouve la statue du roi Louis XIV érigée après la "libération" de la ville du protestantisme. remarquons que la statue a été érigée hors de la ville ce qui signifie que la "libération" de la ville était très relative.
Le deuxième élément pour expliquer l'opération du Peyrou, c'est que les riches montpellierains possédaient beaucoup de terrains aux alentours. Ce fut une bonne occasion pour construire hôtels particuliers, châteaux et chapelles à proximité du Peyrou.
La création de la promenade de Peyrou constitue une étape marquante dans l'urbanisme de Montpellier ; par aménagements successifs, pendant un siècle, de 1688 à 1784 se dessine une nouvelle perspective avec l'arc de triomphe, le château d'eau et les Arceaux, l'aqueduc imité du pont du Gard construit par Henri Pitot, le Peyrou structure la ville en lui ouvrant un axe urbanistique majeur.
Le XVIIIème est le grand siècle de Montpellier, manifestation d'un urbanisme volontaire qui désenclave la ville médiévale alors composée d'un rare fouillis de rues et de ruelles ; cet urbanisme volontaire va connaître son prolongement entre les années 1850 et 1880 : le centre de Montpellier est profondément modifié selon le modèle conçu par le Baron Haussman à Paris. Non seulement la rue Saint Guilhem et la rue Maguelone sont élargies, le quartier de la gare aménagé, mais la rue Impériale -actuelle rue Foch- est percée à partir de l'arc de triomphe du Peyrou à travers une bonne partie du Montpellier médiéval. L'opération est stoppée à la rue de l'Aiguillère ; le projet restera inachevé.
Deux autres évènements importants interviennent également à Montpellier au XIXème siècle. La première ligne de chemin de fer en France, entre Montpellier et Sète (1840) et l'essor de la viticulture.
6. Le nord et l'ouest de Montpellier
Nous reprenons le car pour le nord et l'ouest de la ville. Le nord de la ville est la partie la plus intéressante de Montpellier, structurée autour des implantations universitaires et hospitalières. Seule la Faculté de Droit est restée dans le centre ancien. 60 à 65 000 personnes travaillent au nord de Montpellier et la population étudiante est de 40 à 45 000 étudiants. Le quartier hospitalo-universitaire est le coeur vivant de Montpellier. Les promoteurs demandent tous des terrains dans la zone nord.
Mais l'aménagement de la zone nord reste inachevée. Il y a une insuffisance de repères dans le nord. La ville continue à vivre sur le vieux centre. Pendant longtemps le nord était sous-équipé.
Nous empruntons l'avenue d'Assas. L'avenue d'Assas présente un ensemble assez confus. De l'avenue partent des radiales qui ne conduisent nulle part (sauf à l'école d'agronomie).
La partie qui va de l'école d'agronomie au pôle technologique Agropolis est considérée comme un secteur clé. Nous montons sur le plateau, espace résidentiel typique des privilégiés de Montpellier : de 1880 à 1935, toutes les professions du droit et les professions médicales résidaient ici, dans un cadre à la végétation arborée.
La ville s'arrêtait ici dans les années 1960 au Mas de Tesse.
Nous passons la voie périphérique, 2ème couronne viaire (3 km. du centre) et nous nous dirigeons vers l'ouest.
Nous passons à présent devant la tour du Petit Bard, typique de l'urbanisation des années 60 et des investissements des rapatriés d'Afrique du nord dans les années 1965-1970. Cette tour était un prototype des logements de moyen standing de l'époque. Il y a 430 logements dans un immeuble constuit en pierre. Aujourd'hui la population de l'immeuble est une population immigrée pour les 4/5ème.
Symbole de l'urbanisme des années 60 encore, et de l'arrivée des rapatriés d'Afrique du Nord, la ZUP de la Paillade (construite en 1964) au loin et en périphérie (nord-ouest) de la ville. Pendant 20 ans, la cité de la Paillade est restée à l'écart, sans aucune jonctions avec les quartiers hospitalo-universitaires (transports etc...). En 1985, Georges Frêche a installé des étudiants dans une des tours afin de commencer à inverser cet état de fait.
Nous sommes désormais au coeur de la zone ouest. Devant nous se trouve le Conseil Général (construit en 1987), le lycée Jean Monet et un certain nombre de constructions, ce que Georges Frêche appelle "le quartier saumadien", en référence au Président du Conseil Général, Gérard Saumade, PS également et le plus fidèle ennemi de Georges Frêche. Le Conseil Général a racheté le Château d'O.
Nous empruntons à présent la troisième couronne viaire de la ville et remontons vers le nord, jusqu'au carrefour de la Lyre avec la 986. Ici passent 5000 voitures/jour. L'aménagement du carrefour est prévu avec un budget de 260 millions de francs.
A gauche, c'est le quartier Euro-médecine. A droite, on se dirige vers Agropolis. Nous sommes aux limites du district, en bordure de la commune de Saint-Clément la Rivière. Il y a une métropolisation de fait jusqu'à Saint-Mathieu-de-Treviers, même si l'habitat est encore peu regroupé. Au pied de cette zone résidentielle très demandée on trouve aujourd'hui l'ensemble des universités I, II et III. Le pouvoir universitaire est géographiquement inscrit dans la ville et c'est la principale source d'opposition aux projets municipaux. Les querelles internes, les luttes de pouvoirs au sein de l'université sont par ailleurs intenses.
Mais nous avons déjà repris la route, pour Agropolis, où s'achève notre itinéraire de terrain.
1. L'institut agronomique méditerranéen et le technopôle Agropolis
La stratégie de développement économique de Montpellier s'appuie sur un certain nombre de pôles d'activités organisés, au sein de Montpellier-Languedoc-Roussillon-Technopôle.
Parmi les cinq technopôles concourant au développement de Montpellier, Agropolis apparait (avec Euro-médecine) comme l'un des fleurons.
Présentation du technopôle
Le pôle d'activités Agropolis est centré sur l'agronomie tropicale et méditerranéenne, sur l'agriculture et l'agro-alimentaire. C'est une fédération d'universités, de grandes écoles et d'instituts de recherche dans les domaines de l'écologie, de l'agronomie et de l'alimentaire.
2500 chercheurs et enseignants y travaillent. Agropolis est un pôle à l'échelle internationale. C'est le premier en Europe, devant le pôle de Vageningen aux Pays-Bas. Agropolis s'est construit dans une logique de recherche de "métropole d'équilibre" au niveau mondial, dans le domaine de l'agronomie. Pour Agropolis, le problème n'est pas de concurrencer Paris, mais Davies aux USA, Vageningen aux Pays-Bas. Ce concept de métropole d'équilibre a en effet un contenu de plus en plus international, dans le cadre d'une économie mondialisée.
L'histoire d'Agropolis est d'abord une histoire du ministère de l'agriculture : en effet, l'enseignement agricole n'appartient pas à l'université, faisant de la France une exception mondiale.
Par ailleurs, à Montpellier les deux pôles fondateurs étaient la médecine et le droit. Sur le plan de l'agriculture, plusieurs écoles sous la tutelle du ministère existaient cependant à Montpellier. Elles dépendaient de Paris et il n'y avait aucune structure horizontale, d'où l'idée qui a émergé de complexes agricoles.
A l'époque Pierre Mehaignerie était Ministre de l'agriculture et le Président était Valéry Giscard d'Estaing. C'est à ce dernier que l'on doit l'annonce de la création d'un complexe méditerranéen et tropical à Montpellier. L'idée a été perdue de vue par la suite avec l'élection de François Mitterand en 1981 et les changements politiques qui s'en sont suivis.
Elle est réapparue à l'initiative du district de Montpellier quelques années plus tard avec l'émergence du concept de technopole montpelliéraine.
Les deux pôles principaux proposés par le district étaient Euro-médecine et Agropolis. Un jour de 1986, les scientifiques ont vu débarquer à Montpellier trois ministres venus poser la première pierre de la fondation d'Agropolis. Il y eut d'autres péripéties ensuite avec les problèmes de décentralisation régionale. Mais Agropolis était désormais une réalité.
Aujourd'hui, Agropolis concentre 95 % de la recherche tropicale française. Tous les organismes français jouant un rôle international dans le domaine de la recherche tropicale, sont présents à Agropolis (ORSTOM, CIRAD, etc...) Agropolis possède désormais un réseau de relations exceptionnel de par le monde (60 pays).
La base d'Agropolis est d'abord une base tropicale et méditerranéenne Les zones méditerranéennes et tropicales concentrent les principaux problèmes agricoles et alimentaires à l'échelle mondiale. Concernant la Méditerranée le moindre des enjeux n'est-il pas de renouer avec le courant des agronomes méditerranéens de la Mésopotamie au Califat de Cordoue, à l'heure où l'agronomie du nord triomphe ?. (La confusion entre méditerranéen et tropical, au sein du complexe Agropolis, ne présente pas que des avantages aux yeux des méditerranéens (N.B.L.R.))
Agropolis aujourd'hui enjeux et perspectives
Agropolis a relevé quelques défis en terme de réalisations concrètes :
* le premier défi était la liaison entre recherche et pratique : c'est dans cette optique qu'a été créé un parc scientifique (pour les entreprises), à la fois lieu de rencontre et de partenariat, mais l'inter-pénétration université et entreprise n'est évidente.
* le deuxième défi était la création d'un campus international. C'est pourquoi a été créé le campus de Baillarguet où sont installés des laboratoires américains, australiens, allemands spécialisés dans la lutte biologique. Montpellier est aujourd'hui le plus grand centre mondial dans le domaine de la lutte biologique. L'enjeu est de définir une nouvelle agriculture agro-écologique, durable et non polluante, notamment à partir des chaînes alimentaires, avec l'idée de production et de conservation des ressources productives.
Il faut souligner que l'initiative du campus de Baillarguet est une initiative d'Agropolis elle-même, qui était par ailleurs en concurrence avec Sophia-Antipolis. Enfin, Agropolis a construit des cités d'accueil pour les étudiants sur le campus de Baillarguet.
* autre défi auquel Agropolis a répondu, la liaison entre sciences et culture. C'est l'objet de la création d'Agropolis museum, fenêtre culturelle d'Agropolis. Le rapprochement entre la science et la société est quelque chose d'important. Il faut qu'il y ait des relations entre les citoyens et les complexes scientifiques. La science participe pleinement de la culture aujourd'hui. Agropolis museum s'est notamment attaché à montrer les systèmes alimentaires à l'échelle de l'histoire et du monde.
Trois réalisations importantes donc mais l'oeuvre reste inachevée. Agropolis reste perfectible. D'autres enjeux restent présents :
L'enjeu le plus immédiat pour Agropolis est la création d'un "port" franc de la science : aujourd'hui la lutte biologique est mondiale. Elle ne connait pas de frontières. Le problème est qu'il n'existe pas d'institut international mais seulement des instituts nationaux : l'exterritorialité reste encore à inventer ; cette notion est en contradiction avec les politiques de défense nationale. Aujourd'hui il ne peut y avoir de complexe international de la science sans "port" franc.
L'enjeu le plus important pour Agropolis aujourd'hui est le renforcement des synergies au sein d'Agropolis, en butte aux cloisonnements institutionnels et universitaires. Il faut passer du discours fédérateur à la pratique des synergies. Concernant les universités, elles, restent cloisonnées entre elles. Il y a en particulier un éclatement des enseignements à Montpellier : la chimie moléculaire, par exemple, concerne tout le monde dans le développement agricole. Pourtant chaque établissement a son propre enseignement de chimie moléculaire. Aux Etats-Unis, un étudiant en sciences peut suivre des cours d'économie sans aucun problème, grâce aux enseignements de transfert ; ce n'est pas le cas chez nous ; c'est pourquoi il faut franchir une étape supérieure vers une vraie fédération et faire des progrès dans nos institutions.
Le troisième enjeu est de rendre Agropolis performant du point de vue du développement économique et social. Agropolis est-il créateur d'emplois sur le plan local, de façon directe et indirecte ?. Certes Agropolis a généré des emplois locaux de services et sur le plan national des emplois administratifs de techniciens et de scientifiques, mais on ne peut parler d'une véritable dynamique génératrice d'emplois sur le plan local. Il devrait pourtant y avoir des retombées, notamment dans le domaine de l'environnement. Il est clair par ailleurs que cette région va baser son développement sur le tertiaire, pas sur l'agriculture. La ressource fondamentale dans cette ville, c'est le gisement de savoir. Il faut optimiser cette ressource du point de vue du développement économique et social.
Enfin, les rapports avec les collectivités locales et de façon plus générale avec le territoire ne sont pas simples. Du point de vue du fonctionnement, la fédération a un conseil où sont représentées les collectivités locales (la ville, le district, le département, le Préfet de Région et le Président du Conseil Régional). C'est une structure souple mais difficile à faire fonctionner. Les collectivités participent au développement d'Agropolis. Le parc scientifique par exemple est une opération mixte sur la base d'une convention entre Agropolis et le district. Les conventions doivent par ailleurs être très rigoureuses compte tenu de l'expérience des Etats-Unis qui montre la dégradation de certains parcs scientifiques. Pour le campus de Baillarguet, il y a également une participation Etat-Région.
Les lycées agricoles sont également membres du conseil. Un réseau de parcs technologiques a été créé dans les lycées agricoles techniques. Ces derniers forment à présent des techniciens supérieurs. Il y a une diffusion et une irrigation à l'échelle de la région de la dynamique technologique d'Agropolis.
Agropolis est un complexe international avec une responsabilité languedociennne compte tenu de sa localisation.
En ce qui concerne Montpellier, la ville a clairement un rôle international à jouer. Il y a toutefois une contradiction entre la logique de spécialisation (le développement d'Agropolis, on l'a vu, se pense dans une logique de métropole d'équilibre avec les autres complexes internationaux de Davies et de Vageningen) et la volonté de faire de Montpellier un ensemble internationalement significatif. Il faudrait une politique de district plus volontaire, notamment en matière de structures d'accueil du développement économique et social.
La question des pôles technologiques pose, à une plus grande échelle, la question de l'aménagement du territoire et des concurrences territoriales : en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, le discours sur les pôles agricoles est également très développé. Une autre échelle est aussi la Méditerranée : sur le plan européen, l'existence d'Agropolis a contribué à une recherche concertée, avec le réseau Natura (14 pays représentés, création d'un master européen en liaison avec les universités africaines) ; il faudrait une politique concertée au niveau de l'arc méditerranéen et de la Méditerranée pour répondre aux problèmes spécifiques de l'agriculture méditerranéenne : la région méditerranéenne est faite pour des produits de qualité (problème de labels) et l'Europe méditerranéenne a besoin de se penser pour ce qu'elle devrait être : complémentaire et concurrente.
2. Les territoires de l'urbain, les échelles de la ville, le concept de métropolisation à Montpellier (intervention de Jean-Paul Volle)
Du modèle de la ville rentière à la technopole montpelliéraine : échelles et territoires de l'urbain
Regarder Montpellier, c'est d'abord appréhender comment se sont structurés les espaces de la ville ; il y a trente ans, Montpellier était une modeste capitale régionale ne disposant ni d'infrastructures ni d'une armature urbaine suffisante. Elle comptait 100 000 habitants et 7000 étudiants. On était dans un modèle de ville rentière : une bourgeoisie bien installée, propriétaire foncière vivant des revenus de la vigne, dans un confort paisible associant pouvoirs politique, militaire, religieux. Une ville typique du Sud dans les années 60. Seuls faits notables, une longue tradition universitaire, quelque peu assoupie et le sentiment qu'il s'était passé quelque chose sur l'axe Royal dans la période 1860-1880, la mise en harmonie d'un territoire urbain avec la norme hausmanienne. En 1960 donc, la ville occupe ce territoire limité : 5500 ha. de surface, 1500 ha. occupés à partir du centre de l'Ecusson. C'est la première échelle de la ville, le territoire de l'urbanisation de proximité.
Plusieurs influx vont modifier les espaces de la ville, avec en particulier l'arrivée des rapatriés d'Algérie : la construction de la ZUP au loin et une urbanisation en couronne se développe. On use le territoire communal au maximum, avec l'idée d'une barrière à l'est qu'il faut franchir. D'autres territoires à d'autres échelles apparaissent, maillés d'évènements ponctuels à la périphérie. Cette dispersion sur un territoire périphérique s'explique par un certain nombre d'obstacles physiques à l'urbanisation : les terres basses et l'accès aux bassins.
Le modèle de la ville rentière est cassé par l'urbanisation. On passe au modèle de la ville urbanisante qui développe 2 ou 3 éléments moteurs de l'espace : l'habitat, le développement de fonctions urbaines (la matrice de l'emploi) .
Un projet de développement économique va s'enclencher très tôt sur Montpellier. Jusqu'aux années 60, la ville était restée à l'écart de la révolution industrielle ; le résultat, c'était à la fois l'absence de contraintes et l'absence de ressources.
Le pari d'une industrialisation moderne va trouver un appui décisif avec l'installation d'IBM. En 1965, en effet, IBM s'installe dans la zone de Grammont. Il n'y a rien autour, excepté la proximité de l'aéroport. L'arrivée d'IBM sera un heureux hasard bien exploité, désormais au centre du projet montpelliérain d'une industrialisation fondée sur l'innovation. Mais l'industrialisation de l'agglomération reste faible et IBM fragile.
Autre élément essentiel et sur un espace de la ville plus large, le district qui existe depuis la fin des années 1960 et qui va être redynamisé au début des années 1980. Hors les compétences traditionnelles (déchets, ordures), il lui a été précocement assigné un objectif de conduite du développement économique : l'économie, second référent de l'urbain.
Enfin, restait l'université et la longue tradition montpelliéraine en la matière. Très tôt également, l'université sera pensée comme un avenir indispensable avec l'objectif de passer de 7000 étudiants (années 60) à 70 000 étudiants. La ville n'en est plus très loin (63000/64000 étudiants). L'université est une dimension fondamentale de Montpellier (cela ne va d'ailleurs pas sans entraîner des phénomènes de saturation quand les étudiants sont là, et une impression de vide lorsqu'ils ne sont pas là). L'université ne joue pourtant que sur le territoire de la petite agglomération. Elle est encore pensée à partir du pôle Montpelliérain et non comme pôle languedocien ; l'enjeu étant désormais de passer de la logique de concentration à l'organisation urbaine de l'université.
De la technopole à la métropole montpelliéraine : logique de l'habité et processus de métropolisation
L'idée de diffusion urbaine parait prédominer aujourd'hui dans le processus de métropolisation. C'est la logique de l'habité qui produit de nouvelles échelles du territoire, échelles ayant vocation à représenter un jour une dimension économique.
Si l'on additionne les 220 000 habitants de Montpellier, les 100 000 habitants supplémentaires du district et les 50 communes environnantes, on est à la moitié du département. Si l'on regarde à présent le territoire Sète-Montpellier-Nîmes, on est à 800 000 habitants. On a donc un territoire à plusieurs échelles, dans le temps et dans l'espace ( temps cristallisé) : T1 la ville, T2 le district, espace de valorisation économique, T3 la région urbaine, territoire en émergence sous l'effet de la diffusion urbaine, territoire des infrastructures de communication, de la métropole.
Enfin la dernière échelle du territoire urbain, c'est celle des réseaux : la métropole, ce n'est pas seulement la ville étendue, c'est aussi la capacité à mettre la ville en relation avec. C'est l'objectif du réseau de villes auquel participent Montpellier avec Toulouse, Barcelone etc... (réseau C6).
Certes ce processus de métropolisation ne va pas sans obstacles ni contradictions.
Première contradiction : comment faire fonctionner le territoire sans perdre la richesse de l'urbanité ?
La métropole comme ville-mère fait disparaître l'idée de ville. Or nous sommes dans des villes du midi, caractérisées par l'art de vivre, l'accueil, l'harmonie, le vivre ensemble, plus proche de l'urbanité que des technopôles.
En même temps, on peut très bien habiter ailleurs et fonctionner avec la ville, d'autant que le projet urbain est aussi un projet environnemental, reposant de plus en plus sur le cadre de vie. Le territoire urbain est en voie de structuration autour de son épicentre, l'axe d'Antigone et le Port Marianne. Si on ne peut pas nier qu'il y a encore des territoires mal faits dans le Grand Montpellier, le projet Bofill est incontestablement structurant pour la région urbaine.
Deuxième contradiction : la discordance entre les réalités de terrain et les territoires de gestion
Les instances de gestion des territoires ne sont pas sur cette longueur d'ondes. Mauguio par exemple ne veut pas rentrer dans le district. Le projet métropolitain rentre en "conflit" avec d'autres instances politiques.
Troisième contradiction : faiblesse de la logique économique
si le critère de l'habité domine dans le processus de métropolisation montpelliéraine, c'est peut-être que la logique économique est faible, contrairement au processus métropolitain dans l'aire marseillaise où la logique économique semble "première".
Du processus métropolitain au projet métropolitain : l'importance des hommes (intervention de Philippe Jouvain)
Les seuls projets qui réussissent sont les projets fédérateurs d'idées.
Il faut d'abord partir de la mission "Racine" sur l'aménagement du littoral. L'adresse de Racine fut d'abord l'idée d'aménager dans une région hostile et puis ses talents de négociateur. Racine était un ancien directeur de l'ENA, ce qui faisait forte impression auprès des décideurs locaux. Il a fédéré autour de lui un certain nombre de choses.
Par la suite, Jean-Paul Lacaze a repris la mission et l'a transformé en une agence d'urbanisme afin de pérenniser la structure et de l'étendre à la région.
Le développement d'Agropolis est lui indissociable de la personnalité de Louis Malassis. Il était une personnalité reconnue, choisie par tous les partenaires et d'un commun accord entre le Maire et le Président du Conseil Général.
Le développement de Montpellier s'est appuyé sur un projet, projet dont la force fut d'abord d'asseoir sa légitimité sur le peuple, notamment en développant une politique de quartiers. C'était là la première condition. La deuxième moins voyante, une politique de développement économique appuyée sur le district et sur une forte collaboration avec les universitaires.
La campagne de communication "Montpellier la surdouée" a été un moment fort du projet, qui a largement valorisé la fédération ; par la suite, le projet a porté sur l'aménagement touristique, jusqu'ici peu valorisé, ce fut l'idée de Port Marianne.
Le projet du Corum remonte à 1977 mais en 1983 Georges Frêche a décidé d'y adjoindre un opéra, de marier équipement culturel et équipement économique. Ce fut une opération exemplaire qui a coûté moins cher que le palais des congrès de Nantes.
Au total, Montpellier a développé un nouveau discours sur la ville, gommant entre autre toute référence à l'existence des "quartiers difficiles" ; cela n'empêcha pas que 96 % des logements sociaux de l'agglomération sont sur Montpellier et que la politique de la ville a eu des retombées positives sur la cité de la Paillade.
Si aujourd'hui Montpellier peut continuer à développer ses technopôles, c'est qu'il y a eu au départ un projet de ville fort et un "fédérateur d'idées"...
3. De Montpellier à la "métropole méditerranéenne", en passant par Sète et Nîmes : débat
La "métropole montpelliéraine" doit à présent être revisitée à d'autres échelles, et d'abord à l'échelle Sète-Montpellier-Nîmes.
La relation Sète-Montpellier, à l'instar de la relation Aix-Marseille, n'est-elle pas une illustration supplémentaire du "théorème" de Félix Damette : "une ville Etat surveillant une ville bourgeoise", Montpellier étant la ville Etat, militaire et universitaire et Sète, la ville portuaire et bourgeoise. Dans cette acception, Sète c'est la marine de Montpellier (on oublie d'ailleurs souvent le rôle portuaire de Sète qui a notamment une ligne avec le Maroc, tandis que Marseille n'en a pas), et le développement de Montpellier devient alors un vrai modèle pour Aix (Marseille, le Pirée d'Aix...). Certes Aix et Montpellier ont eu un développement semblable, mais le schéma est différent, car Montpellier joue désormais le rôle de métropole régionale. Le théorème de Félix Damette est cependant juste pour les années 60. Il est certain que Sète et Montpellier se situent dans une non connurbation de gestion et une connurbation de vie, bien qu'il y ait eu des vélléités de rapprochement avec Sète sur la zone industrielle autour de l'étang de Thau, mais le département et la ville de Montpellier ne vont pas dans le même sens, sur cette question. Pour Jean-Paul Volle, Sète tourne le dos à la capitale régionale, alors que les deux villes pourraient fonctionner ensemble, notamment sur la question du traitement des ordures ménagères.
En ce qui concerne Nîmes-Montpellier, il faut garder en mémoire l'idée de duopole mise en avant lors de la rencontre Jean Bousquet-Georges Frêche en 1991, mais cette déclaration d'intention ne fut pas suivie de réalisation concrètes. Elle est restée lettre morte. Il y a également un projet interdépartemental sur le Vidourle, qui marque la frontière entre les deux villes. Il est néanmoins clair que Nîmes joue également d'autres stratégies territoriales dans le sud-rhodanien avec Avignon, Aix etc...
D'une façon générale, le sud français a produit un système de villes avec des identités propres, façonnées par l'histoire dont la connaissance est nécessaire pour comprendre les relations qu'elles entretiennent. Le poids des guerres de religions notamment a marqué la région. Nîmes a choisi le protestantisme, Montpellier oscillait entre catholicisme et protestantisme. Sète était pétrie d'influence italienne. Le "moule moderniste" de Montpellier n'empêche pas des pesanteurs historiques. D'un autre côté, il s'agit de se penser aujourd'hui dans un espace urbanisé, et, dans la région proche, cet espace urbanisé tend à s'articuler autour de ces trois villes. Si les trois villes ne travaillent pas ensemble, on voit mal comment pourrait émerger un système métropolitain.
Des alliances sont possibles, mais ce n'est pas simple. L'intercommunalité reste une question difficile. Ainsi, lorsque Georges Frêche a voulu agrandir le district, il s'est heurté à l'autorité du département qui a multiplié les astuces de procédures.
Nous avons donc différents échelons territoriaux (villes, départements, etc...) avec des avis différents sur ces questions. Il faudrait voir quels types de projets communs il est possible d'élaborer (infrastructures, transports, universités, technopôles etc...). Il est clair qu'il faut qu'il y ait intérêt à coopérer.
C'est sur des questions d'intercommunalité que Georges Frêche a été sanctionné aux législatives de 1993. Ainsi, pourquoi la ville de Montpellier financerait-elle une école de musique dont les 4/5ème de ceux qui la fréquentent résident hors du district ? cela dans un contexte où le solde migratoire de la ville, sous l'effet de la péri-urbanisation, a été négatif entre les deux recensements.
Enfin, il faut noter que l'inévitable régio-centrisme est souvent en décalage avec les pratiques réelles du territoire. La notion qui permet le mieux de rompre avec cette logique c'est la notion de proche en proche. Si l'on regarde les flux, les réseaux, on voit bien qu'il se passe quelque chose entre Nîmes et Montpellier. A l'inverse, il ne se passe rien avec Béziers.
Pour Montpellier, les flux vont vers l'est et non pas vers l'ouest, ce qui ne va pas dans le sens de l'action du département telle qu'elle ressort du projet d'autoroute des hauts cantons (avec le principe que tous les lieux du département doivent être à une demi-heure du branchement de l'autoroute...).
Les entreprises dans le développement régional
* Le rôle d'IBM dans le développement régional
Le cas de Montpellier est un cas très intéressant dans la mesure où il constitue plus encore que Marseille ou Aix-en-Provence un véritable laboratoire.
Dans les années 1960, Montpellier était une terre en friche, au coeur d'une région industrialisée : l'Aude, Carcassonne, Millau, Nîmes, Alès, Sète, Béziers étaient des villes de tradition industrielle, alors que la bourgeoisie montpelliéraine ne jouait pas le jeu, vivant des rentes de la vigne, grâce à l'accès à la voie de chemin de fer. L'Est de la région, Nîmes, Alès, était tourné vers Avignon.
Nîmes était en 1970 une ville puissante, que la crise industrielle a affaibli. Sète vivait du port et des industries. Béziers, de tradition industrielle et ouvrière, vit sur son passé, tandis qu'à Nîmes le textile est moribond. La bourgeoisie de Millau vit également sur son passé. Montpellier est une exception dans la région. En 1960 il n'y avait rien et à partir de 1965, la ville va connaître une expansion économique extraordinaire.
Cette expansion est d'abord le résultat de la philosophie de l'aménagement du territoire des années 60 : la délocalisation des grandes entreprises fordiennes en province dans l'objectif de créer des pôles de croissance régionaux. C'est le rôle que joue IBM à Montpellier après son installation en 1965 ; le phénomène IBM a transformé les mentalités montpelliéraines, donnant aux élites locales une culture nationale et internationale. Autour d'IBM s'est constituée une culture de partenariat, des réseaux de sous-traitants et une "nouvelle classe d'entrepreneurs", à 90 % originaires de l'extérieur de la région. A cela il faut ajouter l'existence d'une réflexion et un projet de ville, avec l'idée d'un développement vers la mer. Sur le plan urbain, IBM a par ailleurs été la première entreprise qui a permis à Montpellier de passer deux échelles urbaines. Les salariés d'IBM se sont installés jusqu'à la garrigue et Saint-Clément la rivière. Même si un certain retour s'est manifesté vers Montpellier, le mythe IBM a développé un certain mimétisme aux alentours ; des commerçants du centre-ville ont construit à la périphérie.
* Un modèle de culture entrepreneuriale
Plutôt qu'un modèle de capitalisme métropolitain, Montpellier illustre d'abord aujourd'hui un modèle de culture entrepreneuriale. Montpellier, c'est d'abord un essaim de très petites PME locales leaders sur le marché mondial pour certaines et fonctionnant dans des logiques de réseaux. Le taux de natalité (et de mortalité) des TPE est exceptionnel (2000 entreprises par an). Les TPE ne sont par d'ailleurs pas toutes positionnées dans les secteurs de haute technologie (ex. entreprises de tissus provençaux) bien que le pôle informatique reste fort (7000 emplois), moins fort toutefois que le pôle toulousain. Le rythme de créations-disparitions d'entreprises est très élevé.
On ne peut toutefois pas parler de système industriel localisé dans la mesure où les relations entre entreprises sont quasi inexistantes ; on ignore ce qui se fait dans l'entreprise d'à côté ; les entreprises qui s'installent dans les parcs d'activités cherchent essentiellement des services aux entreprises et la proximité de l'autoroute ; elles n'entretiennent pas de rapport particulier à la région, en dehors de leur goût pour l'urbanité montpelliéraine. On a par exemple une myriade d'ingénieurs-conseils qui vivent à Paris et reviennent pour le week-end (1 heure d'avion entre Montpellier et Paris) ; certaines petites entreprises vont travailler avec des gens de Lyon, de Roanne, etc.. les plus performantes sont liées à des multinationales sans lien avec le territoire. On est au total plutôt dans un modèle d'activités extra-territorialisées.
Le coefficient personnel de Georges Frêche et le dynamisme montpelliérain sont moteurs dans cette attractivité de la ville.
Le district a par ailleurs atteint un certain niveau de savoir-faire en matière d'accueil et d'information des entreprises sur les technopôles ; cependant le système de fonctionnement des collectivités locales reste dissuasif pour l'accueil des entreprises. Il faut se ranger obligatoirement dans un camp tant la bataille fait rage entre le Conseil Général, la Région et le district, sans compter que le dynamisme de Georges Frêche a imprégné les maires des alentours qui essayent, par mimétisme, de développer des micro-Montpellier. Chaque village veut sa technopole. Rares ont été, par ailleurs, les moments de synergie entre les trois pouvoirs, sauf pour l'inauguration d'Alsthom (400 emplois) par exemple.
* La crise d'IBM
Mais on ne peut pas faire l'impasse sur la crise d'IBM, en toile de fond du développement des petites entreprises. Le mythe IBM s'est achevé à Montpellier. IBM est passé de 2400 à 800 emplois. Beaucoup d'ex-ingénieurs IBM non originaires de la région ont recréé des entreprises, notamment de la sous-traitance pour IBM.
La politique d'IBM en matière d'essaimage et de sous-traitance a été très ambigüe. Il y a eu d'abord une politique d'essaimage auprès des cadres "CFDT" afin qu'ils créent leur propres entreprises, au moyen d'une prime à la création d'entreprise. Ce sont les meilleurs qui sont partis, mais on a aussi eu, pour les autres, ce que l'on a appelé les "bureaux de tabac IBM". Concernant la sous-traitance, IBM a pleinement bénéficié de cette sous-traitance, tout en demandant aux sous-traitants qu'ils opèrent une diversification de leur clientèle.
En réalité les licenciements ont eu un impact considérable sur l'activité de la région. La crise IBM a d'abord amputé les revenus de la taxe professionnelle de 10 millions de francs, puis elle a entraîné la vente de villas pour près de 20 millions de francs. Enfin, bien entendu, le traumatisme des ex-cadres IBM n'a pas été effacé. La "forteresse IBM" est aujourd'hui très fortement isolée. L'épisode pôle de croissance IBM entraînant tout un tissu de PME est achevé.
* L'avenir
Qu'IBM reste ici ou non, il y a des acquis, une conjonction d'éléments dont le développement de l'université n'est pas le moindre. L'ADER et l'ANVAR régionales mènent par ailleurs une politique pour adapter les recherches des laboratoires aux besoins des entreprises et pallier à l'absence d'une culture industrielle locale. Comment un territoire sans culture industrielle peut-il engendrer un développement industriel endogène, fut-il axé sur la matière grise ?. N'est-ce pas un leurre de penser que l'université va engendrer de l'industrie ?.
A Montpellier, l'administation reste un important pourvoyeur d'emplois. La seule industrie locale, c'est le BTP et la résistance de l'artisanat traditionnel au progrès technologique est encore une réalité.
Le développement peut-il reposer sur l'économie informelle et le développement des TPE ?. On risque de construire un système économique réversible avec une fluidité entepreneuriale extrêmement forte, dans le cadre d'un système politique local, au contraire totalement irréversible.
Le développement de l'économie informelle va également de pair avec une crise du salariat. De plus en plus les gens travaillent au projet et cette logique risque de s'étendre du BTP aux activités "high tech" (voir rapport Boissonnat). Il ne s'agit plus de création d'emplois mais d'une logique de régression sociale. Montpellier univers impitoyable ?.
La question du nomadisme des entreprises, de la nécessité d'ancrage territorial des entreprises et d'un nouveau dialogue entre l'entreprise et le territoire est très bien mise en évidence par le cas d'IBM à Montpellier. Il n'est pas certain que le développement économique de Montpellier soit stable aujourd'hui. Il y a encore une inquiétude sous-jacente des Montpelliérains qui pensent que "Montpellier la surdouée" c'est fini ; cela montre à la fois l'intérêt et les limites d'une politique d'image.
Au total, on a donc une ville bien ordonnancée, bien organisée dans un environnement toutefois relativement coincé (l'aéroport), avec des perspectives de développement économique incertaines. Le projet montpelliérain est la réduction d'une politique d'aménagement volontariste dont on pense qu'elle peut tirer une activité. Le poids du maire, Georges Frêche, aura été déterminant dans cette évolution. Mais le lien entre aménagement urbain et développement économique n'est pas établi. On se demandait d'ailleurs comment les Montpelliérains avaient pu obtenir des financements de ce type dans une ville aussi petite en 1977. A l'époque la fiscalité était plus faible, le recours à l'emprunt peu usité. La ville avait comme unique ressource de fortes capacités d'autofinancement. Le niveau des impôts locaux semble tout de même très élevé aujourd'hui.
Quels enseignements pour l'aire métropolitaine marseillaise ?
A priori, les deux régions ne sont pas comparables. D'abord parce que les échelles de population sont différentes : 450 000 habitants d'un côté, 1,2 million de l'autre. Dans l'aire métropolitaine marseillaise, il y a plus de complexité urbaine et plus d'activités industrielles. A Montpellier, l'activité économique structure peu la métropole. Dans l'aire métropolitaine marseillaise, les liens économiques sont très importants. Enfin la logique d'aménagement est différente.
Toutefois, en dehors du bruit de l'aire métropolitaine marseillaise, ce qui se passe dans l'AMM au niveau du développement moderne, c'est ce qui se passe à Montpellier. C'est pourquoi, cette région est intéressante à observer ; on est globalement confronté aux mêmes problèmes: la recherche du développement économique dans des régions sans forte tradition industrielle, ou la place de l'université dans le développement. Les problématiques sont les mêmes de Nice à Montpellier.
La question du lien entre aménagement urbain et développement économique se pose également pour l'AMM avec Euroméditerranée, tout comme celle de l'ancrage territorial des grandes enteprises. Les similitudes de contraintes de développement sont une des raisons qui militent en faveur de la construction de l'axe méditerranéen. Il faudrait travailler ensemble, rechercher des complémentarités, y compris jusqu'à Lyon.
Lyon a vécu un double drame : perdre les J.O. et perdre son avantage comparatif lié au TGV. Alors les Lyonnais se retournent vers le Grand delta et s'intéressent beaucoup à Marseille actuellement. La relation Lyon-Méditerranée est un enjeu pour nos régions.
Sur le plan des enjeux méditerranéens, 90 % du potentiel agro-alimentaire est sur Montpellier. Il faut en tirer les conséquences et commencer à réfléchir à différents pôles de compétences sur la façade méditerranéenne dans le domaine de la coopération méditerranéenne.
Dans le même ordre d'idées, on peut se demander si l'existence d'un "hub" à Montpellier (par exemple) serait vraiment un drame pour Marseille, dès lors que les villes de la façade méditerranéenne réfléchiraient ensemble à une meilleure complémentarité et une meilleure répartition des activités et des compétences entre elles. Mais pour l'heure, force est de constater que les Montpelliérains semblaient encore peu sensibilisés à l'idée d'un avenir commun avec l'aire métropolitaine marseillaise.