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sommaire
rappel
deuxième partie du séminaire
I la genèse de Chateau-Gombert
à propos de pré-histoire
le SDAU
le transfert de l'ESIM
un processus commence
à propos d'aventure
entrée en scène des acteurs-concepteurs:des individualités
des germes déjà semés: des concepts, un modèle
sortie de l'utopie, basculement dans l'histoire
à propos des conditions d'émergence: tendances et dynamiques nouvelles
dans l'environnement du projet :un acteur significatif la Région
les technopôles: une question très médiatique et une étude nationale
remarque sur une rivalité régionale
le projet Chateau-Gombert: cristallisation, recoupement, principe
de réalité
l'obligation de changer d'échelle et changement de moteur
à propos d'une ébauche de forme globale
la gestation de l'IMT
le contenu premier
trouver convaincre recruter des partenaires participants
réalisation: les dates-clés
à propos de la position des institutions
Un faisceau de convergences
les "forces de la division"
des intentions sujettes à caution, représentations négatives, erreurs de communication
le rôle du pouvoir politique local, le foncier
précisions pré-historiques: les extensions de Saint-Jérôme
Chateau-Gombert aujourd'hui
Travail de genèse contre perte de mémoire
remarques, questions, pistes pour la réflexion
des modalités complexes, la marque d'origine, retour du naturel...
sur le processus de projet
des questions pour l'AMM
II la genèse de la ZUP N°1
à propos de l'histoire nationale
rappel du contexte national: les 4 Plans successifs
à propos des prémices locales
contexte et facteurs aggravants
la résorption des bidonvilles
le contexte de production: la question du foncier, les compétences
à propos de la ZUP N°1
une longue gestation
les caractéristiques du programme
le programme : décision forte ou processus technocratique
?
à propos des modes d'urbanisations pendant 20 ans
première étape
seconde étape
troisième étape
contenant et contenu, une dichotomie d'origine
remarques d'un architecte sur l'urbanisme
à propos du processus de concertation
la croyance, l'enthousiasme des pionniers du terrain: tentatives et lenteurs
l'après-ZUP N°1
corriger les erreurs
à propos d'un exemple aixois
remarques sur les projets, questions et pistes de réflexion
toute une histoire à (ré)écrire, des images à balayer
les projets, les hommes, le politique
et comment faire de l'urbain?
III l'aménagement en question
méthodologie, éléments de constats et d'analyse
temporalité: l'incertitude de l'avenir
hypothèses et nouvelles questions
objet fini et/ou finalité: échanges sur le thème
Via l'organisation du séminaire le Club a souhaité faire une étape : il s'agit de s'intéresser aux tendances qui modifient l'environnement, pour, ensuite, tenter de les intégrer à la réflexion sur l'objet AMM.
Analyser la genèse de certains projets d'envergure peut
permettre, entre autres, de repérer et de comprendre les
évolutions de la société.
La première partie du séminaire, le 24 octobre,
a eu pour objet de mettre en évidence les tendances mondiales...
Elle a mis en lumière un certain nombre de points tels que
- le problème de la mobilité généralisée
(fluidité des capitaux, des informations, des marchandises,
des hommes) face à l'immobilité, la stabilité
des territoires, du bâti, des infrastructures etc. Ainsi,
l'émergence de territoires virtuels pose problème
au niveau du logement.
Quelles implications pour les aménageurs ?
La question qui se pose entre globalisation et réseaux
ressemble à celle du rapport entre l'irréversibilité
de l'aménagement et la réversibilité du marché.
Comment concilier ces deux facteurs ? Sachant que s'en tenir une
projection serait une erreur, comment se plonger à la fois
dans la projection et dans un contexte ?...
Des questions se posent entre globalisation, mondialisation et
intention locale. Ainsi, à propos d"Euroméditerranée",
on fait remarquer la contradiction qui se fait jour entre le projet,
le discours officiel et les pratiques et méthodes mises
en oeuvre; d'un côté l'ambition de développement,
les synergies, les hautes technologies, l'unanimité sur
la pertinence de l'idée, et de l'autre côté
un document de promotion diffusé à la Foire de Marseille
et réalisé...à Madras.
Deuxième partie du séminaire
La deuxième partie du séminaire est centrée
sur deux grands projets locaux à logique politique forte.
La matinée est consacrée à la préhistoire
et à l'histoire du pôle de Chateau-Gombert, l'après-midi
à la même analyse pour la ZUP N°1 du Canet.
Vu la richesse et la complexité de cette Histoire, le foisonnement
des informations échangées, l'exploration de ces
deux projets a monopolisé toute la journée. De ce
fait, les "zooms" que l'on avait envisagés sur
deux projets à logique politique moins forte (Zone d'Aix-Les
Milles et zone de Plan-de-Campagne) n'ont pu être réalisés
au cours de cette journée.
Malgré leur caractère extrêmement implicant,
controversé, voire passionnel pour tous les acteurs, les
deux projets examinés ont été choisis pour
leur relative ancienneté; cet ancrage dans le temps permet
à l'analyse de bénéficier d'un recul et d'une
sérénité suffisants pour en tirer si possible,
des conclusions pour le présent.
en préalable
Il est indispensable de se rappeler le contexte spécifique qui a vu naître ces projets, il y a 15 ans. La situation démographique locale était très différente de celle d'aujourd'hui tout comme le contexte économique et l'environnement sociologique. "C'était une période fordiste..."
Selon une approche que l'on peut qualifier de rétro-prospective,
on doit également se demander qu'est ce que l'on projetait,
qu'est-ce que l'on avait "en tête" à l'époque
de leur naissance.
Dans le présent, la question à propos d'Euroméditerranée
pourrait être la même: qu'est-ce qu'on a en tête
à propos de l'avenir, compte-tenu du contexte actuel ?...
Sur les deux projets présentés, on souligne qu'il
y a eu "des pertes de mémoire" considérables
préjudiciables à la qualité des relations
entre les différents acteurs dans le temps, et à
l'efficacité des actions. Beaucoup font l'hypothèse
que ces amnésies ne sauraient être complètement
innocentes...
I genèse du projet Chateau-Gombert
L'histoire de ce projet s'étend sur quasiment 2O années:
des premières intuitions, à la maturation de l'utopie
en passant par les hésitations, les doutes, les conflits,
du montage aux réalisations jusqu'au développement
actuel du pôle de Chateau-Gombert.
à propos de pré-histoire......
les ingrédients
Deux démarches parallèles se sont en fait rejointes:
d'un côté celle de la Ville de Marseille avec son
S.D.A.U, de l'autre celle de la Chambre de Commerce avec sa restructuration
de l'ESIM (Ecole Supérieure d'Ingénieurs de Marseille).
Le S.D.A.U
La réflexion sur l'étude du SDAU commence en 1969 et est formalisée en 1972.
Un des axes principaux est l'organisation urbaine de la périphérie :
- au sud, le quartier de Bonneveine avec une vocation de centre urbain: habitat, bureau et services à la population
- au nord-est, le projet métro et celui d'un centre secondaire. Le nord-est devait se tourner vers l'accueil d'activités entre la Rose et le village de Chateau-Gombert.
La ligne 1 du métro, menant du centre-ville à la
Rose est alors considérée comme une "création
de rattrapage".
Le site pouvait être desservi par l'infrastructure routière
S8 (des Chartreux, au Jarret, puis Plan-de-Cuques, et de là,
vers l'autoroute à Peypin) et par la B55 faisant office
de 3ème rocade (à partir du nord, Sainte-Marthe,
Plan de Cuques, Allauch, jusqu'à l'autoroute Est vers la
Valentine).
Dans cette organisation générale, Chateau-Gombert semble pouvoir être desservi dans des conditions intéressantes.
De plus sur le site, l'espace maraîcher perd de sa force voire recule.
Les grands équipements tels que le terminus et les ateliers
du Métro, le dépôt RTM quant à eux
nécessitent beaucoup d'espace.
Le transfert de l'E.S.I.M
La Chambre de Commerce est amenée à se poser la question du déménagement de son Ecole Supérieure d'Ingénieurs de Marseille vers des locaux plus grands. Le choix de l' implantation va s'avèrer délicat.
Un travail de réflexion sur ce thème est alors entamé
par des anciens élèves de L'ESIM.
trois premières hypothèses :
On évoque dans un premier temps la possibilité d'un transfert sur Vitrolles.
Ensuite, c'est le site de Luminy qui est envisagé: mais les étudiants, les enseignants et les anciens élèves se positionnent unanimement contre cette solution. Ils ne veulent pas être dans ce qui est considéré alors comme un cul-de-sac. S'ajoute à cet argument, la nécessité d'une localisation de l'établissement dans un milieu industriel.
On aboutit alors à une troisième proposition: le site de la Valentine. Celui-ci bénéficie d'une excellente desserte et répond à un des critères importants; il offre un véritable environnement industriel...
Cependant à cette même époque, la Vallée de L'Huveaune commence à subir des mutations: c'est le contrecoup des problèmes de CODER, le déclin d'industries vieillissantes etc. En outre, les groupes de la grande distribution commencent à exercer une forte pression sur les terrains de cette zone.
Cette hypothèse d'implantation pour l'ESIM présentant
donc des difficultés importantes, une quatrième
hypothèse émerge. Elle porte sur le site de Chateau-Gombert.
Chateau-Gombert: une hypothèse pertinente
En 1977, la ligne 1 du métro arrive à La Rose. En outre, 300 hectares sont disponibles à 500 mètres du Métro. Une Z.A.D a été créée par la Ville...
C'est à ce moment-là que les deux démarches
-SDAU d'un côté, transfert de l'ESIM de l'autre-
se retrouvent concrètement en présence et se rapprochent...D'un
côté des décideurs de la Chambre de Commerce
souhaitent que la nouvelle école soit située au
coeur d'un nouvel espace et de l'autre, il y a la volonté
de la Ville de créer là, une zone d'activités.
Un processus commence
C'est donc en 1980, la Chambre de Commerce achète 7 hectares sur le site de Chateau-Gombert en vue du transfert de son Ecole.
Deux délibérations sont votées entre la Ville
et la Chambre de Commerce. Elles créent un Syndicat Mixte
d'Equipement et confient à celui-ci la réalisation
des études préalables pour la réflexion sur
une Zone d'Activités Commerciales de 50 hectares.
Entrée en scène des acteurs-concepteurs: des
individualités
En préalable à son exposé, Yves Janvier insiste
sur le fait qu'au départ, Chateau-Gombert a été
une véritable aventure qui a duré 5 ans. "Il
y a eu de la passion dans Chateau-Gombert, une véritable
mobilisation; un très grand désir. En tout cas,
c'est la façon dont je lis cette histoire..Mais, bien sûr,
on aurait préféré que l'issue soit autre..."
La fusion des Écoles de la Chambre de Commerce a donné
naissance à l'ESIM en 1972. C'est au cours d'une grève
des étudiants qu'Yves Janvier rencontre pour la première
fois le Directeur, Bernard Susman. C'est cet homme qui sera l'interlocuteur
de départ de l'histoire qui va démarrer...
En effet, en 1975, la Chambre de Commerce charge l'ESIM de préparer son transfert alors même que le lieu d'implantation future n'est pas encore décidé. Bernard Susman travaille pendant trois ans avec les administrateurs, les enseignants, et les élèves pour mener cette réflexion.
A cette époque l'ESIM n'a véritablement, ni projet d'entreprise, ni projet d'établissement...Aussi et avant même que le travail sur le transfert de l'École, cela implique de gérer en interne la question, comme un projet de constitution de l'Ecole.
Ce débat se révèle naturellement très
conflictuel: en effet, il s'agit de penser une problématique
d'Ecole d'ingénieurs et de ce point de vue-là, la
question du transfert laisse des degrés de liberté
dans la mesure où le lieu d'implantation n'est pas encore
arrêté...
Des germes déjà semés : des concepts,
un modèle
Cette réflexion sur le projet d'entreprise ESIM, de l'avis
de ceux qui en sont alors porteurs, doit précéder
la question pratique de la conception, de la répartition
des nouveaux locaux et des surfaces, dans le programme immobilier.C'est
la définition des aspirations et le projet d'Ecole qui
devront induire les éléments et les caractéristiques
concrètes du cahier des charges architectural des nouveaux
locaux...
Dés 1977, de nombreuses prémices de ce que sera le projet Chateau-Gombert sont donc présentes dans la réflexion menée en amont, sur ce que doit être l'ESIM. Des thèmes forts émergent de ces recherches: la notion d'innovation, la prise en compte des questions d'aménagement urbain, la Méditerranée, l'idée de structure fluide, etc.
Le schéma d'organisation imaginé alors pour l'Ecole
est conçu comme un système de gestion des compétences,
comme une structure ouverte dans laquelle toute compétence
peut s'agréger, articulant une mission de formation et
des opérations, celles-ci pouvant puiser ainsi dans les
systèmes- ressources...
En 1978-79, le travail de programmation des nouveaux locaux (surfaces,
fonctions) et le prescriptif du cahier des charges commencent.
Le groupe de réflexion prépare également
une maquette: "...c'était immontrable, c'était
une école-village...or une École d'Ingénieurs
ça doit être sérieux!! Nous, nous voulions
du fluide, nous voulions casser cette répartition en territoires,
tels que chaque département technique voulait se les approprier.Par
la suite, évidemment, ce modèle s'est trouvé
beaucoup transformé..."
Sortie de l'utopie et basculement dans l'histoire...
Parallèlement à cette réflexion pionnière,
il faut rappeler qu'en 1977, il semblait à tout un chacun
que la solution idéale et prospective, pour l'ESIM était
de...rester à Saint-Barnabé !
Le basculement se situe aux alentours de 1980, lorsque la Chambre
de Commerce achète le terrain, en plein centre de la Zone
de Chateau-Gombert. "On passe alors aux choses sérieuses
et donc B. Susman est viré..." Pour le groupe de réflexion,
c'est en tout cas le sentiment et l'analyse qui prévalent
en la circonstance. "Et pour nous, tout s'est passé
comme s'il fallait arrêter de délirer sur ces notions
de fluide, de frontières floues, de perméabilité
etc..."
Il s'agit là également d'un basculement d'initiative:
de l'ESIM où elle se situait jusque là (en interne),
l'initiative passe du côté de la Chambre de Commerce.
Les services de la Chambre et "des gens sérieux de
l'École" reprennent alors la programmation sous une
forme plus classique, selon les critères de besoins en
m2.
Par ailleurs la Chambre de Commerce fait appel à Y.Janvier pour l'assister dans la préparation de ses discussions avec la Ville. Celui-ci fournit un travail confidentiel qui reste manuscrit; il s'agit d'un "scénario de programme de type agrégatif". Le noyau stratégique est structuré autour de "paquets". ce sont: innovation technologique, transfert Méditerranée, formation technique, atelier-relais, interface, PMI. L'idée générale est que Chateau-Gombert doit s'agrèger des industries de pointe, autour d'un moteur, l'ESIM.
L'auteur ignore si et comment ces propositions et idées
ont été reprises au niveau des discussions concrètes
avec la Ville.
En 1981 et 1982 la Chambre de Commerce et la Ville deviennent
partenaires sur la ZAC. En avril 1982 un pré-dossier de
ZAC de 50 hectares voit le jour ainsi que le Syndicat Mixte d'Aménagement,
réalisateur potentiel de l'opération future.
à propos des conditions générales d'émergence......
tendances et dynamiques nouvelles
Dans l'environnement du projet, un acteur significatif: la
Région
Dans le même temps, la Région connait de notoires
évolutions politiques. Son nouveau Président Michel
Pezet arrive avec "dans ses valises des individualités
comme Langevin, Orsolini, etc".
Y.Janvier se retrouve sollicité à un autre niveau:
en tant que consultant, la Région lui commande une étude
sur la politique technologique régionale et un projet
de Pôle Technologique Régional ( PTR ).
La première question que se posent le consultant et son équipe est alors: quelles technologies prendre en compte ? Ce sont les technologies considérées à l'époque comme les plus porteuses dans le futur, qui sont alors retenues pour la réflexion.
Avec le recul, l'intervenant précise "toute cette
réflexion n'a pas servi à grand-chose en fait !
Ma conclusion c'est qu'en matière industrielle, le marchand
de chaussures pouvait être dans la catégorie technologie
tout autant que l'informatique...Il pouvait donc avoir sa place
sur un pôle technologique! Mais, à cette époque
il y avait une déification du technologique".
Néanmoins, cette étude sur le PTR permet tout de
même de faire évoluer l'approche du projet Chateau-Gombert.
C'est en effet l'occasion de prendre conscience qu'à partir
de l'appréhension de cette économie technologique,
on doit organiser et prendre en compte un ensemble d'autres problèmes.
A l'époque par exemple, le contexte présente une
concurrence internationale avec Luminy, Sophia-Antipolis...
Les technopôles : une question "très médiatique"et
une étude nationale
Au cours de cette même période, le Ministère
de l'Industrie via la DATAR confie à Y.Janvier une autre
étude qui porte sur le contenu, la signification et le
développement des technopôles en France.
Les conclusions de son travail font apparaître que les entreprises
dites technologiques...ne fabriquent pas de technologies! "En
fait, elles assemblent différentes technologies",
elles sous-traitent . Ce qui les caractérise nettement,
c'est le niveau de connaissances technologiques de leurs dirigeants,
la structure de leur personnel et le niveau des employés.
L'étude souligne et qualifie ainsi la fonction des "ingénieux-assembleurs". Elle les décrit comme créatifs, de forte culture technologique, bien insérés en amont dans la recherche, en aval dans l'industrie...et pas forcément bons commerciaux.
Analysant l'exemple de l'A.Z.I.R (à Grenoble??), cette
étude montre que ce pôle a pour effet de rassembler
les individus présentant ce profil. Il crée un
effet de masse qui les rend plus lisibles et visibles à
l'extérieur. Grenoble est effectivement repéré
comme pôle technologique mais il s'avère en même
temps, qu'à l'intérieur du pôle, ces entreprises
et ces hommes n'ont en général aucune relation entre
eux.
L'analyse identifie plusieurs axes pour les technopôles:
Elle met en lumière l'intérêt et la spécificité des systèmes de management de ces technopôles.
Les attitudes, les relations, par rapport aux ressources, les rapports avec les clients sont différents de ce qu'on observe dans les industries classiques.
A cette époque, on considère que ce type de comportement
est plus "moderne", et qu'il conviendrait de diffuser
ces idées et ces fonctionnements dans les PMI.
Le technopôle de Sophia-Antipolis se révèle très différent de celui de Grenoble.
Mis à part le fait qu'il y a un leader charismatique et Directeur de Grande École, Sophia-Antipolis est "plutôt un rêve : celui d'y voir des philosophes et des poètes parler ensemble". Le projet de départ est "philosophique", il n'est pas un projet industriel. D'ailleurs quand le projet Sophia-Antipolis est accepté par la DATAR, on y stipule bien l'interdiction d'implantation d'industries et la vocation tertiaire.
Dans les années 80, la promotion de Sophia-Antipolis est
astucieuse: elle en fait "la résidence secondaire
des grandes entreprises internationales"
Remarques sur une rivalité régionale
Au moment où est mise en route l'étude sur le Pôle
Technologique Régional, les discussions sont très
vives en région PACA. En effet, on déplore que le
pôle Sophia-Antipolis existant, il n'y ait pas pour autant
de retombées latérales en terme de bourgeonnement
(avec l'Université, etc), hormis sous forme de la taxe
professionnelle collectée.
La réflexion sur le PTR s'appuie sur l'hypothèse que celui-ci aurait "trois pieds": Sophia-Antipolis, Chateau-Gombert et ITAC. Ce dernier est conçu comme une structure très tournée vers la Méditerranée et l'arrière-pays; c'est un "projet assez idéologique" et d'une importance bien moindre que les deux autres.
En fait, ce troisième pied "servait à gérer
une apparence: celle d'un PTR qui n'était pas la mise en
rapport de deux ensembles mortellement conflictuels: Chateau-Gombert
et Sophia-Antipolis !".En effet, on faisait "comme si
ces deux bêtes-là n'étaient pas face-à-face
!!!"...
Le projet Chateau-Gombert : cristallisation, recoupement, principe
de réalité
Pour Chateau-Gombert, trois champs de travail se recoupent: les
questions d'aménagement urbain, l'Ecole Supérieure
d'Ingénieurs de Marseille qui mènera jusqu'à
l'IMT et le fonctionnement global du site en tant que pôle
technologique.
C'est en 1983-1984 que tous ces fils de l'écheveau se trouvent
rassemblés: Chambre de Commerce, Ville, Région (Langevin,
Orsolini, Y.Janvier etc).
Pour pouvoir inscrire le projet Chateau-Gombert au Contrat de
Plan et ainsi trouver des financements. la Ville et la Chambre
de Commerce se tournent vers la Région et l'Etat en 1983.
Pour la Chambre de Commerce, en effet, le transfert de l'ESIM est lourd financièrement. Elle fait donc des demandes de subventions auprès de ses Ministères de tutelle. Le Ministère de l'Education Nationale refuse, le Ministère de l'Industrie et de la Recherche aussi.
Sa demande à la Région est acceptée sous
conditions d'entrer dans le contrat de Plan et dans le système
du Pôle Technologique Régional...
L'obligation de changer d'échelle et un changement de
moteur
Compte-tenu des conditions fixées par la Région
et pour essayer de faire avancer leur dossier, la Ville de Marseille
et la Chambre de Commerce rencontrent Philippe Langevin. Mais
celui-ci fait alors valoir à ses interlocuteurs qu'il n'est
"pas question qu'un pôle technologique régional
ne couvre que 55 hectares... Il nous faut 200 hectares !".
Selon le généalogiste, c'est là ce qui fait le déclic: "cette petite phrase a élevé l'ambition du projet de Chateau-Gombert et du PTR".
Dans ce nouveau cadre, notamment au niveau de la recherche scientifique
et de fait, l'ESIM ne semble plus présenter les qualités
et les proportions requises pour être à la hauteur
du projet. L'ESIM cesse d'être, dés lors, un élément
structurant de l'histoire à venir.
En conséquence il s'agit de trouver un système de potentiel de recherche plus ambitieux : d'où l'idée de la création de ce qui deviendra par la suite l'IMT.
"Cela permettait d'englober les besoins financiers dans un
ensemble plus gros, tout en gardant le rôle de management"...
à propos d'une ébauche de forme
globale......
La gestation de l'IMT
Au départ, l'idée forte pour le nouveau "moteur"
du projet réside dans la notion de carrefour.
Ceux qui réfléchissent à la future structure bénéficient de l'aide importante de Mr Touzot: il a de la crédibilité sur ces questions et de plus, connaît un directeur de laboratoire au CNRS. C'est le duo d'amorce qui permet de faire le contact entre Université et Recherche, indispensable à l'ambition du projet.
L'exemple de l'UTC de Compiègne va beaucoup compter dans
l'évolution tactique du dossier.
Grâce à ce travail, à la fin de 1983, les concepteurs disposent des composantes significatives de l'idée de base. Par contre, ils n'ont pas encore la vision de comment un tel dispositif peut fonctionner.
Face au nouveau modèle qui peu à peu émerge de la réflexion amont, la Chambre de Commerce, réticente, ne modifie en rien les termes de son approche; elle travaille sur des détails, pose les problèmes en terme de modalités juridiques classiques etc.
(insérer slides concernant IMT "p 2 débt 83
84 ?, p 2, IMT structures provisoires,janvier 84, ou en annexe)
Le contenu premier
Un modèle de fonctionnement est finalement mis au point
par Y.Janvier et son équipe: il associe en une même
entité CNRS, École, Université. Il présente
une clarification sur les fonctions, les projets pédagogiques
et les relations avec le secteur économique. C'est Mr Neyrol
qui crée le nom: Institut Méditerranéen de
Technologie, IMT. Le "M" du sigle caractérise
l'ambition du projet à l'échelle méditerranéenne.
La méthode qui préside à la mise au point du contenu global consiste à travailler sur la définition des situations des étudiants à la sortie du dispositif. L'idée est donc qu'ils sont diplômés quand ils ont effectivement un rôle dans l'économie: c'est-à-dire, soit comme chef d'entreprise, soit comme associé à une PMI par apport d'un produit nouveau, soit comme ingénieur à double compétence (compétences croisées).
Ces situations de sorties impliquent deux filières ESIM : une consacrée à "l'assemblage" des technologies et l'autre à la création d'entreprise.
Cette conception nouvelle et d'ensemble "a beaucoup plu !".
La Chambre de Commerce retravaille alors, sur ce schéma
pour "le traduire en termes plus compréhensibles par
les universitaires". Le schéma officiel date de 1984.
Trouver, convaincre, recruter les partenaires-participants
Parallèlement, et dans le même temps, les inventeurs du dispositif démarchent les laboratoires pour qu'ils s'installent dans le site.
En 1983 par exemple, ont lieu des pré-négociations avec le L.I.S.T. associant, l'UTC Compiègne, Département de Mr Neyrol, un département d'U3.
C'est dans cette même période qu'ont lieu les discussions du Contrat de Plan.
Après 1983, beaucoup acceptent le principe. La DATAR se
positionne sur les questions d'aménagement. Pour la première
fois, trois présidents d'Université signent ensemble
un document.-"On était particulièrement fiers
d'avoir obtenu ça !-
Dans ce contrat de Plan, établi en 1984 et signé
en 1985, Chateau-Gombert apparaît sous ces trois aspects:
l'IMT, l'Aménagement, La Fonction Économique.
Les questions que posent alors les futurs partenaires sont: quand ? comment ? combien ?
De l'avis d'Y.Janvier, le fait d'avoir "tant travaillé
sur le système de production de l'IMT a fait qu'on a oublié
de mettre en place la réflexion sur les fonctions économiques.
Sur le papier, elles figuraient sous la forme d'une "Maison
de l'Economie".
Réalisation: des dates-clés
Le 4 mars 1983: création du GIP IMT
En avril 1986: création de la ZAC
Le 16 octobre 1987: pose de la première pierre de l'IMT
En mars 1988 : dossier de réalisation de la ZAC (document opposable). Il donne au projet une assise juridique, financière
Décembre 1989 : "naissance réelle":
(crée par Defferre). Elle est un gage de crédibilité
pour l'opération.
à propos de la position des institutions......
Pourquoi un tel projet a-il pu émerger ? Quelles sont les
conditions de son émergence, comment s'expliquent les différentes
rencontres ?
On peut se demander cependant si l'opération se serait réalisée sans ce "saut" qui a fait passer des 50 hectares initiaux à la dimension supérieure, de 200 hectares.
Un faisceau de convergences
Beaucoup de convergences ont eu lieu au départ, selon Guy Ravoux "sur un mode mineur".
Des convergences se sont cumulées.
La première intervient entre la Ville et la Chambre de
Commerce. Elle concerne la localisation sur Chateau-Gombert. Il
y a également accord pour changer d'échelle. Le
passage au projet plus ambitieux a été possible,
entre autres, dans la mesure où 180 hectares supplémentaires,
propriété de la Caisse des Dépôts ont
pu être acquis à un prix raisonnable.
Un deuxième élément de convergence réside
dans la couleur politique qui fut la même pendant plusieurs
années, au plan de l'Etat, de la Région et de la
Ville.
Le troisième type de convergences peut se lire dans la
rencontre entre des individualités, au niveau de la Ville,
de la Région, (Yves Janvier, Langevin, Fourcour, Orsolini
etc), des relations fortes entre des personnes. Cela couvre la
période 1978/82 et ces liens se forment dans la circulation
des individualités entre diverses institutions.
Le concept de technopôle était émergeant à
cette époque: c'est Yves Janvier qui l'an défini
clairement. Les acteurs se le sont appropriés. Pour mémoire
Guy Ravoux rappelle qu'une réunion avait eu lieu, en cachette,
avec des responsables de Sophia-Antipolis: mais, en l'occurrence
c'étaient eux qui étaient demandeurs sur le concept,
et non pas l'inverse...
En 84, et bien que tardive la prise de conscience par G.Deferre
de l'intérêt de ce projet fait ouvrir des portes.
Il l'imposée à la signature du contrat de Plan 85;
une détermination forte qui s'est traduite par le passage
en force. En outre, au plan pratique, il impose la création
d'une Mission Chateau-Gombert, directement rattachée à
lui et bénéficiant de pouvoirs sur l'administration;
le Syndicat Mixte est responsable de la production des documents.
Un délégué technique est chargé du
contrôle interne.
Pour mémoire Guy Ravoux rappelle le scepticisme et les
mots d'un élu de la Ville qui ne croyait pas à ce
projet, "parce que trop ambitieux pour Marseille: les forces
de la division l'emporteront !" disait-il. Plus tard, à
la pose de la première pierre, le même élu
avait tenu à déclarer: "je vous dois des excuses
car vous y êtes arrivés."
En outre, dans le cadre du SDAU il y a une volonté de créer
un vrai nouveau quartier: cela implique une dimension habitat
importante. Pour Chateau-Gombert, on ne voulait donc"ni campus
comme Luminy qui se vide régulièrement, ni de zone
d'activités qui se vide le soir...".
Les modalités pluri-institutionnelles
Ces convergences se concrétisent aussi par le fait que
le Contrat de Plan est finalement signé par :
- l'État (maître d'ouvrage de l'IMT, et S8)
- le Département des Bouches-du-Rhône
- la Région (compétences en matière de :
recherche et développement économique au niveau
de l'IMT, grandes infrastructures, services communs, fonctionnement
du pôle)
- la Ville de Marseille ( équipement du quartier, desserte,
superstructures, vie quotidienne)
- la Chambre de Commerce (maîtrise d'ouvrage déléguée
du Groupement d'Intérêt Public pour la constitution
de l'IMT, réalisation de la Maison du Développement
industriel, et de programme immobilier locatif pour les entreprises).
S'il n'y avait pas eu la réunion de l'ensemble de ces conditions
particulières, il n'y aurait probablement pas eu de réalisation.
Les multiples "forces de la division": résistances,
problèmes d'images, concurrences
Contrairement à ce à quoi ils s'attendaient, les acteurs du projet Chateau-Gombert rencontrent des problèmes avec les universitaires. "Nous croyions que le mariage entre l'ESIM (institution consulaire) et l'Université était imaginable facilement: grosse erreur !"
A l'époque les universitaires perçoivent ce projet comme l' opération qui allait accaparer tous les investissements publics: d'où leur résistance à s'associer. Il a fallu des années pour nouer le dialogue.
Les conditions de partenariat entre État et Université
n'étaient pas assez clairement définies: c'était
le cas des postes mis à disposition, par exemple. (cf les
problèmes avec l'IMT).
Dans le projet global, des problèmes se posent également
avec la Chambre de Commerce. Elle souhaitait d'abord le transfert
de l'ESIM sur Chateau-Gombert, et ensuite seulement, une montée
en charge.
Théoriquement dans le Syndicat Mixte d'Aménagement le partenariat entre la Chambre de Commerce et la Ville se répartit en 50%-50%. Or, pratiquement il y a prééminence de la Ville (aménagements). Ainsi peu à peu, les entreprises intéressées se tournent vers les collectivités locales et vers la Ville, plutôt que vers la Chambre de Commerce.
En outre un problème de personne se pose: en effet dans
l'équipe technique, avec Mr Perrin, il y a un technicien
de la Chambre qui s'occupe de la promotion des autres Zones d'activités
et est en particulier attaché à l'Arbois. Cette
confusion de fonctions est préjudiciable à la promotion
spécifique de Chateau-Gombert.
Avec le Conseil Général, les choses se passent très mal au départ. En effet, sans qu'il y ait eu ni discussions ni négociation préalable, G.Defferre signifie au Conseil Général qu'il devra payer 30 millions pour cette opération.Dans ces conditions, un partenariat réel et serein est évidemment très difficile...
Alors qu'avant 1989, l'opération du plateau de l'Arbois
était une initiative de la Chambre de Commerce, après
1989, l'Arbois devient une opération structurante pour
le Conseil Général...
Avec le Conseil Régional, tout se passe parfaitement jusqu'à 1985 et le Congrès de Fos.
En 1986, avec le changement de majorité, le Plan Technologique
Régional disparaît et c'est la Route des Hautes Technologies
qui arrive : Sophia-Antipolis y bénéficie d'un rôle
particulier et prépondérant. Quant à "Chateau-Gombert,
il n'en est pas le chouchou !"Cela se traduit, entre autres
choses, par le fait que dans ce nouveau dispositif, l'Arbois détient
plus de voix que Chateau-Gombert...
Le projet pâtit également de problème avec l'Etat. Celui-ci n'a pas honoré ses engagements sur l'IMT Dans le Conseil de Surveillance, il y avait au départ des Ministères, après, ce sont les universitaires qui y siègent .
La S8 relevait de la responsabilité de l'Etat, la Ville
n'était pas le maître d'ouvrage. Le contrat de Plan
n'a pas été respecté...
En 1989, des problème avec la Ville émergent. Mr Perrin est alors remercié. La mission Chateau-Gombert n'est plus rattachée directement au Maire, mais au Secrétaire Général. Cela entraîne plusieurs "guerres". Cette mission fera l'objet de tentatives d'OPA de la part d'élus, d'élus à lÉconomie (?), des Services de la Ville. Licenciements et recrutements se succèdent à ce rythme.
Ces concurrences et péripéties font qu'en fait à
aucun moment, les Services de la Ville n'ont promu véritablement
Chateau-Gombert.
C'est seulement depuis peu de temps que Chateau-Gombert existe
et apparaît dans les documents généraux et
la promotion de la Ville...
Le rôle de la presse et des journalistes pour relayer et
faire connaître le projet à l'époque apparaît
comme très faible voire négatif "des articles
parus à l'époque, aucun n'a traité et présenté
l'opération Chateau-Gombert de façon honnête".
Pour ce qui est des "intellectuels" en général,
la question est posée: "combien d'entre eux nous ont
aidé de façon constructive ??"
A ce propos on rappelle quelques uns des "conseils" émis à l'époque sur Chateau-Gombert. Mr Laffitte, l'initiateur de Sophia-Antipolis déclarait par exemple: "il fallait faire ce projet à Saint-Charles...en déplaçant la Médina voisine (sic), ou bien à Luminy, site formidable, ou bien l'Arbois aussi !"...Un universitaire déclarait: "Chateau-Gombert, il ne fallait pas le faire là, à cause de l'accessibilité...Il fallait le faire à Luminy" !
Si la bonne foi, la cohérence ou la rationalité
de ces arguments semblent très relatives, les réticences
qu'ils sous-tendent sont, elles, tout à fait patentes.
"Pourquoi fallait-il aider ?"interroge un participant
au séminaire. En réponse, un responsable actuel
évoque le problème d'Euroméditérranée
aujourd'hui: "il y a un problème de contenu, c'est
vrai; mais on attend les propositions. Où sont les intellectuels
pour nous dire ce qu'on doit faire ?"
Des intentions sujettes à caution, représentations
négatives et erreurs de communication
Un participant ayant vécu les événements "dans la partie adverse" auprès du Recteur d'Académie "une institution antagoniste", rappelle les positions qui avaient cours alors.
Les universités, établissements autonomes ne voulaient pas de Chateau-Gombert: elles avaient connu l'épisode Luminy. Mais Hubert Curien, lui, a signifié clairement aux universitaires: "Vous irez à Chateau-Gombert !"
Parallèlement le Ministère a octroyé des
postes ciblés Chateau-Gombert, seulement pendant 2 ans.
Ensuite les Universités ont reculé (?vérifier
ce ? G. Guye).
L'opération était également perçue comme une "bonne affaire immobilière de la Chambre de Commerce".
D'une part les Universités avaient été sollicitées
pour la caution de sérieux, mais, d'autre part elles n'avaient
pas de pouvoir de s'exprimer dans le GIP IMT...En effet, La Chambre
de Commerce avait la minorité de blocage sur le GIP IMT
!
De plus, dans l'imaginaire des universitaires, l'ESIM était considérée comme une petite École sans envergure...
Cette représentation est d'ailleurs confirmée par une autre source, "chercheur de base en 1960: pour nous, l'ESIM c'était une petite école, toute juste bonne à arrondir nos fins de mois en y faisant quelques cours. Et encore, faire cours à l'ESIM, c'était un peu trahir ! La Chambre de Commerce faisait ainsi l'économie des postes de chercheurs-enseignants..."
Ce type de critique se trouve encore renforcée dans l'analyse
selon laquelle la Chambre de Commerce se faisait payer le déménagement
de l'ESIM par l'Etat.
Un participant souligne que, dans cette opération d'aménagement
"une institution -la Chambre de Commerce- a, elle, montré
une belle constance...Pour arriver à ses fins, cette structure
joue d'ailleurs toujours sur son caractère public, son
impunité électorale et son aisance financière
que lui confèrent ses fonds publics..."
Il semble patent que de grosses erreurs de communication aient été faites dans cette phase-là et qu'elles ont entaché l'image de marque du projet. Pour illustration de ce climat défavorable, on rappelle que chaque avancée du projet Chateau-Gombert "était vécue comme une défaite par les universitaires et les chercheurs de Marseille"...
"Si on nous l'avait présenté autrement, le
projet aurait été mieux compris pour ce qu'il était
vraiment, et non pas le simple transfert de l'ESIM habillé
par des idées glorieuses !..."
Certains s'interrogent sur les raisons qui ont fait que "la
communication de Chateau-Gombert était catastrophique".
Ainsi, on cite l'exemple de l'Association Française des
Technopôles à laquelle Marseille et Chateau-Gombert
n'ont adhéré que très tardivement, alors
même qu'à ce niveau national les qualités
de l'équipe étaient connues et que celle-ci avait
bonne réputation...
Le rôle du pouvoir politique local et le foncier
On évoque sur le site de Chateau-Gombert, l'importance de la figure politique de Jeannot Masse. On rappelle l'affrontement avec celui-ci lors d'une réunion à l'AGAM, concernant un tour de table sur l'estimation des domaines sur les coûts des terrain avec la Ville. Pour les électeurs de sa circonscription, J Masse souhaite obtenir un prix de 9 frs le m2 alors que la proposition faite le fixe à 5 ou 6 frs le m2.. En conséquence de quoi il n'y pas eu de déclaration d'Utilité Publique...
Par rapport à cette anecdote significative, on souligne que le foncier n'a jamais été maîtrisé dans de bonnes conditions, ni assez tôt et on le déplore pour Chateau-Gombert en particulier: "ainsi, cette non-déclaration d'utilité publique a retardé le projet de 1O ans !".
Où est le rôle du pouvoir politique dans ce type
de projet ? La question reste posée... En tout cas, il
est patent que tout projet d'aménagement ne peut se faire
qu'avec l'accord de la collectivité locale.
Précisions pré-historiques: les extensions de
la Faculté des Sciences à Saint-Jérôme
Un intervenant rappelle qu'au lendemain de la guerre la question de l'extension de la Faculté des Sciences s'est posée.
Une idée commune anime alors les protagonistes: non seulement construire des bâtiments mais aussi mettre un environnement autour. Pour le choix du site, deux thèses s'opposent. D'un côté, Gaston Defferre est partisan d'une extension sur le site de Luminy que la Ville avait acheté. On peut faire l'hypothèse que son idée se référait à celle des campus américains. De l'autre côté le Doyen de la Faculté Rouart est partisan d'une extension vers le nord. La bagarre s'est conclue sur un compromis: une extension sur Luminy et une extension sur Saint Jérôme...
Pour ce qui est du site de Luminy, le doyen Rouart choisit les 1OO meilleurs hectares. On peut se demander s'il ne l'a pas fait pour bloquer de la sorte les développements ultérieurs de l'ensemble du site.
Un participant souligne à ce propos, qu'à l'époque,
les doyens étaient nommés par l'Etat...
Saint-Jérôme s'est fait..."mais on n'avait pas
d'instructions pour y faire des efforts particuliers: si on a
localisé le métro à la Rose et transformé
la S8 en autoroute urbaine, ce n'est pas à cause de Saint-Jérôme,
mais simplement pour améliorer la desserte..."
Chateau-Gombert aujourd'hui
4300 personnes travaillent aujourd'hui sur le site, 85 entreprises
y sont installées, 3200 étudiants fréquentent
les installations universitaires.
De l'avis des responsables, le bilan est contrasté.
Du point de vue de l'Université, de l'enseignement supérieur et de la Recherche,"on est allés plus loin que prévu".
Pour ce qui est des entreprises, on est en dessous des prévisions, à cause de problème d'accessibilité qu'il faut résoudre rapidement.
Quant à la création d'entreprises, cela s'est globalement bien passé, en regard de moyens assez modestes mobilisés à cette fin.
Pour ce qui est de la dimension urbaine, on fait le constat que
du retard a été pris: en effet, si des logements
ont été construits, ils ne forment pas encore une
véritable quartier.
De l'avis des acteurs, aujourd'hui," Chateau-Gombert n'est
plus un échec". Il y a là des écoles
dotées de laboratoires, le transfert des sections mathématiques
à Chateau-Gombert est terminé, etc.
Un responsable actuel remarque: "on a l'impression qu'à l'époque évoquée, Chateau-Gombert était comme une verrue ! Mais il y a toujours de la passion à Chateau-Gombert aujourd'hui !"
"Nous sommes aujourd'hui dix ans après la signature...Dix
ans de préliminaires, d'approches, une minute de signature
et dix de réalisation: c'est pas si long que ça,
finalement !"
Travail de genèse contre perte de mémoire
Un participant qualifie de douloureuse la matinée qu'il vient de vivre. En effet, alors qu'il appartient à l'IMT depuis 10 ans c'est au cours du séminaire du Club qu'il a "découvert l'existence et le rôle d'Yves Janvier ! Il souligne en l'occurrence " ce véritable problème de mémoire".
Le GIP IMT est dissous dix ans après la pose de la première
pierre. Ce ne sont pas les mêmes hommes qui font le site
aujourd'hui. Malheureusement entre ces différentes phases,
les papiers, les documents se sont perdus. "Quand on sait
que les PME sont en crise justement à cause de cela, de
cette perte, de cette non-transmission. Il faut qu'il y ait une
navette dans le temps: une transmission de ces savoirs.Il faut
une formalisation "
remarques, questions, pistes pour la réflexion
......
Modalités complexes, marque d'origine et retour du naturel...
A propos du montage du projet Chateau-Gombert, via le Syndicat Mixte, un participant rappelle, qu'ailleurs, dans l'ensemble des villes ayant créé des technopôles, la formule se présente ainsi: d'un côté la maîtrise d'ouvrage, et de l'autre une association à trois collèges représentant: le monde économique, l'Université (avec un rôle de promotion et d'animation) et les collectivités locales. On se demande pourquoi cette formule-là n'a-t-elle pas été choisie dès le départ.
Un des initiateurs rappelle que si la Chambre de Commerce a accepté d'entrer dans le processus, c'est pour financer le transfert-déménagement de l'ESIM. "Pour pouvoir avoir l'ESIM, il fallait l'IMT, pour faire l'IMT, il fallait faire Chateau-Gombert qui a été placé dans le Pôle Technologique Régional..."
On rappelle qu'à l'époque l'importance des projections
sur l'avenir était peu perçue par les universitaires
comme par le milieu économique. Pour illustrer ce flou:
"en 84, on a visité le site, c'était un champ
de betteraves. Mr Perrin a dit :"on ne sait pas trop ce qu'on
va faire, mais on va faire quelque chose !. Ce n'était
pas un homme de contenu"...
En 1984 toutes les imbrications obtenues de haute lutte se sont finalement trouvées rassemblées, mais après la signature du Contrat de Plan"chacun est rentré à sa maison". C'est à dire qu'en pratique, chaque rôle a été délégué à des entités différentes et dont Chateau-Gombert, n'était, pour aucune d'entre elles, la seule mission !... On ne peut que déplorer qu'il en ait été ainsi, car il était indispensable de maintenir une cohérence de l'ensemble du système. C'est d'autant plus regrettable aussi, que des octrois de subventions avaient été assortis d'engagements à la participation au rayonnement économique, qu'il s'agissait de constituer un milieu technologique propice, permettant la négociation contractuelle etc.
Pour illustrer l'émiettement du projet d'ensemble, on peut
noter que les Services qui avaient la charge de "vendre"Chateau-Gombert,
se contentaient en fait, de vendre de façon très
classique, des terrains...
Sur le processus du projet
Le processus général du projet Chateau-Gombert donne
l'impression que "le combat économique est à
Marseille, plus facile que le combat institutionnel. Ailleurs,
les luttes ont l'air moins féroces..."
Faisant l'analyse que Chateau-Gombert est un bon projet économique, un des participants souligne que sa rigidité semble tenir à son système institutionnel. Sur la mise en oeuvre, il semble que Chateau-Gombert ait été fragilisé entre autres par les conditions particulières, le faible respect des engagements, les OPA des élus..
Il semble que le projet Chateau-Gombert ait commencé comme
"projet d'entreprise sans entrer toutefois dans une logique
de projet-territoire"...Pour certains, Euroméditerrannée
serait dans le même cas de figure.
Un participant fait remarquer qu'un Projet peut se caractériser
soit comme une démarche classique, "soit comme une
espèce de bulle, un concept, sur le projet émergent,
approprié par peu de gens : et quand il entre dans un montage
en vue de la réalisation, alors il y a blocage..."
Un participant insiste sur "cette force des choses, alors
même que les oppositions étaient si farouches".
Il constate que "l'ensemble a véritablement avancé,
à partir du moment où G.Defferre, c'est -à
-dire, "le Politique, un homme politique, a pris les choses
en mains". C'est selon lui, l'occasion de pointer la force
du politique.
Projet et durée
On souligne la flexibilité du concept tout au long des
14 années. Ce qui pose la question: comment maintenir un
système de partenariat dans le temps, comment faire en
sorte qu'il y ait appropriation permanente du concept et du projet
qui se déroule dans le temps ?Comment analyser l'écart
entre le projet de départ et ce qu'il est dans la réalité
aujourd'hui ?
Un invité souhaite faire un parallèle avec les Alpes-Maritimes qui ont eu dans le même domaine une réussite, Sophia-Antipolis, et un échec le Plateau Tercier (qui n'a jamais vu le jour)...Selon lui, le concept de départ ne sert qu'à générer un projet; quand une idée se développe, elle change les conditions de son développement...
Dans le cas de Sophia-Antipolis, les outils institutionnels ont
changé très vite: les artisans initiaux perdent
du terrain." Il y a une crise institutionnelle sur Sophia,
mais c'est légitime qu'une institution cherche à
préserver et gérer ses intérêts au
mieux..."
Projet innovant et contexte
Pour souligner encore le caractère de difficulté,
d'aventure et de défi qu'a représenté Chateau-Gombert,
on rappelle que le projet "consistait, à créer
quelque chose de largement en décalage avec la culture
marseillaise de cette époque". En effet, la technicité,
les technologies n'étaient pas les catégories et
les valeurs dominantes dans le contexte ambiant. A Grenoble ou
à Rennes, les greffes se sont avérées plus
aisées du fait que les valeurs et la culture technique
y étaient davantage ancrées.
Pour les concepteurs de départ, en 1982-83 le sentiment que ce projet était une aventure venait du fait que les données de faisabilité étaient quasi-nulles. Il y a eu aventure parce qu'il y a eu défi.
"Un projet a besoin au départ d'un noyau de complices: ce peut-être un noyau technique, un noyau politique etc."
Face à une dynamique de ce type les forces de résistances
sont forcément et toujours très fortes...Mais si
on introduit toutes les contraintes dès le départ,
ou trop tôt, alors on ne peut pas faire de projet !.
Et pendant ce temps-là...
S'il est légitime de s'interroger de plus en plus sur les
conditions de possibilités des projets, en terme de contenus,
de localisation, d'accessibilité, on doit aussi faire le
constat que des zones ne faisant pas l'objet de projet particulier
se sont développées et ont connu de véritable
réussite. C'est le cas de la Zone Aix-Les Milles, qui a
produit plus d'emplois que Sophia-Antipolis..."Des zones
(Aix, Montpellier...), qui sont des machines à produire
des emplois et qui ont de meilleurs résultats que ceux
des projets conçus..."
Des questions pour l'AMM
La région AMM connait, par rapport au reste de la France, une métropolisation très avancée. C'est comme le dit la DATAR, une métropole extensive.
Mais il semble bien qu'il y ait un "écart excessif entre le degré de métropolisation et celui de métropolité".
On rappelle que cette région, au début du siècle, a été très en avance sur les modalités de décision collective ( mutuelles, coopératives etc) avec un système municipaliste lié à une histoire très ancienne.
Un participant fait l'hypothèse qu'il y a ici, des élus
"aux egos bouffis, archaïques et entourés par
des gens qui n'ont pas de branchements directs avec les réalités"
Selon lui "Le Club serait une des seules assemblées
à peu près sensée et qui puisse se forger
ainsi des convictions !"
De l'avis général, en face de la métropolisation,
il faut qu'il y ait aussi "une métropolité
très avancée" Développer cet effort
avec tous ceux qui contribuent à la métropolité,
parmi lesquels, les journalistes, les intellectuels etc"
Comment fabriquer de la ville, du développement ?
A propos de Saint-Jérôme, on constate que"ce monstre est loin d'avoir produit du Quartier Latin ! Alors comment réussir la greffe,"fabriquer de la ville" de bon niveau autour de Chateau-Gombert et de Saint-Jérôme ?
Un établissement d'enseignement peut-il produire du développement
? Une opération techno-économique peut-elle produire
de la ville ?
II genèse du projet ZUP N°1 ou ZUP du CANET
préalable: les sources documentaires
Le premier intervenant indique qu'il est difficile de retrouver
des documents d'époque sur la gestation de la ZUP N°1.
Il a collecté et consulté: un document de présentation
de la ZUP N°1 paru dans le N°84 de la revue "Marseille
informations" (1977), des comptes-rendus de séminaire
du CERFISE (1988/89 "le temps les acteurs et les figures
de l'aménagement à Marseille) le rapport de Synthèse
du CLARB sur les monographies et les études sociologiques
des bidonvilles de l'agglomération marseillaise (1971),
ainsi que des éléments d'analyse présentés
au Colloque de Dieppe en 1974 (F.Fourquet: exposé sur les
équipements collectifs du Ier au VIème Plans).
Les témoignages des différents acteurs locaux du
projet et participant au séminaire préciseront et
enrichiront la réflexion sur la genèse de la ZUP
N°1.
à propos de l'histoire nationale......
Rappel du contexte national: les quatre Plans successifs
Au sortir de la guerre la préoccupation prioritaire de l'Etat est de reconstruire l'appareil productif et reconstituer les capacités de production du pays. Les documents officiels de présentation du Ier Plan de Modernisation et d'Equipement, en 1946, subordonnent clairement l'équipement social à l'équipement économique qui "est la base de départ pour entreprendre, dans une seconde étape, les transformations des conditions de vie et notamment du logement". Le logement n'est pas prioritaire, alors que le besoin de logements est criant, non seulement du fait des destructions de guerre, mais aussi de la stagnation de la construction qui a caractérisé la période précédente.
En 1946-47, sous la pression des sans-abri, on construit des baraquements:
certaines familles y vivront plus de dix ans, dans l'attente de
bâtiments définitifs...
Le 2ème plan de Modernisation concerne la période 1954-1957. Sa mise en oeuvre officielle figure dans la loi du 27 mars 1956. Dix ans après la seconde session du Conseil du Plan (novembre 1946), les moyens de production ayant été reconstitués, "la seconde étape" commence donc. La crise du logement se manifeste alors dans toute son ampleur. Le logement considéré comme "équipement social" par excellence au sens du Ier Plan, est alors perçu comme besoin N°1 et devient une priorité. On commence à cette époque à réaliser de grands ensembles.
Ce 2ème plan recommande l'économie en matière
d'équipement collectif, dénommé "service
public". Dans cette logique on préconise de créer
des moyens de production là où il y a déjà
de la main-d'oeuvre logée et équipée..."Comme
dans les industries de transformation, une usine coûte sensiblement
moins cher à construire que les logements et les services
publics nécessaires à la main d'oeuvre qu'elle emploie:
il y a le plus souvent avantage à créer les affaires
nouvelles et à réaliser les extensions éventuelles
dans les parties de la France où l'on peut trouver disponible
de la main d'oeuvre déjà logée. On évitera
en même temps d'accroître le coût déjà
lourd pour la collectivité, des services publics exigés
par le développement des grandes agglomérations..."
La notion d'équipement d'accompagnement émerge mais
n'est pas encore une préoccupation. La priorité
absolue est donnée à la production de logement au
sens strict, la réalisation des équipements, même
élémentaires, étant le plus souvent reportée
"à plus tard".
Pour le 3ème plan de modernisation et d'équipement (1958-61, décret du 19 mars 1959) on se rend compte des difficultés et des problèmes des grands ensembles. La pression sur le logement est toujours très forte.
Les ordonnances de 1958 apportent des modifications importantes
dans le droit de l'urbanisme avec, entre autres, la création
des ZUP. La procédure définit les rapports entre
les acteurs concernés : administrations, collectivités
locales, SEM, constructeurs. Comblant des lacunes constatées
dans la réalisation des grands ensembles, cette réglementation
est imposée à toute opération de plus de
5OO logements, s'il résulte de celle-ci la réalisation
de nouveaux équipements. Les opérations doivent
réserver et prévoir les emplacements pour les réaliser.
Dans la mesure où elle correspondait à ces critères,
l'opération du Canet ne pouvait qu'être une ZUP.
Les grilles d'équipements collectifs mises au point nationalement
prendront peu à peu un caractère de normes.
Les ZUP devaient donc marquer un progrès déterminant. Toutefois, il faut constater que dans le 3ème Plan, les dits "équipements collectifs" sont limités en fait aux équipements éducatifs. Ceux-ci remplacent alors le logement au rang d'objectif social prioritaire.
La notion "d'équipement urbain" commence à
apparaître dans ces documents: il se compose des réseaux
urbains ( eau, assainissement, voirie) de l'habitat urbain (lotissements
des collectivités locales, travaux de desserte extérieure,
destruction des îlots insalubres), des constructions publiques
(mairies, préfectures, casernes de pompiers, palais de
justice...).
Toutefois ce n'est qu'en 1961, à partir de la publication
du rapport de la Commission de l'Equipement Urbain du 4ème
Plan que ce nouveau concept sera explicite.
L'ambition générale du IV ème Plan dans laquelle
s'inscrivent les préconisations concrètes s'exprime
ainsi: "A partir des avis recueillis, il se dégage
l'idée d'un plus large recours aux équipements collectifs.
On peut penser en effet, que la société de consommation
que préfigurent certains aspects de la vie américaine,
et qui a trouvé aux Etats-Unis ses critiques les plus pénétrantes,
se tourne à la longue vers des satisfactions futiles, elles-mêmes
génératrices de malaise. Sans doute vaudrait-il
mieux mettre l'abondance progressive qui s'annonce, au service
d'une idée moins partielle de l'homme. En particulier le
mouvement d'urbanisation entretenu par la modernisation de l'agriculture
et le développement des activités de services, doit
être conduit en vue d'un meilleur équilibre de ses
groupements humains. L'occasion doit être saisie d'accomplir
une grande oeuvre durable au sein de laquelle les hommes vivront
mieux ."
S'appuyant toujours sur la priorité donnée à
l'expansion, le 4ème Plan de "Développement
économique et social" (1961-62) décrit et regroupe
sous l'intitulé "les équipements sociaux"
les équipements collectifs et l'équipement urbain.
Celui-ci fait l'objet d'une Commission spécifique de la
préparation du Plan. Elle le définit comme l'ensemble
des travaux nécessaires au fonctionnement matériel
de l'agglomération: transports en commun, stationnement,
réseaux, voirie et "...et par extension, rénovation
urbaine".
On commence en même temps à recenser l'ensemble des autres équipement collectifs: scolaires, sportifs, culturels, sociaux, sanitaires, de distribution etc, et ce, en vue de totaliser les charges et les coûts incombant aux structures urbaines.
La plupart des équipements collectifs étant à
la charge des collectivités urbaines, celles-ci auront
souvent de grandes difficultés à faire face aux
besoins recensés par l'Etat...
Visant à assurer la cohérence de l'aménagement
et de l'urbanisme, les actions de l'Etat vont se poursuivre: création
de la DATAR en 1963 ; en 1964 la politique des "Métropoles
d'équilibre" dont l'objectif est de contribuer à
la limitation de la croissance de la région parisienne;
en 1967 la Loi d'Orientation Foncière (LOF) réforme
en profondeur le code de l'urbanisme en instituant la hiérarchie
de documents -toujours en vigueur-: schéma directeur, plan
d'occupation des sols, zones d'aménagement concerté.
En 1966, la création de l'OREAM concrétise la désignation
de Marseille comme une des huit métropoles d'équilibre.
Dans son document sur les perspectives d'aménagement de
l'aire métropolitaine marseillaise, l'OREAM souligne la
destinée particulière de la ville "qui tient
à sa situation au débouché de l'Europe du
Nord sur le monde méditerranéen et aux atouts exceptionnels
dont elle dispose à l'égard des facteurs modernes
de développement".
à propos des prémices locales......
Contexte et facteurs aggravants
Il faut rappeler qu'en 1946, à Marseille, on dénombrait déjà 2000 familles logeant dans des squatts, et qu'on ne construisait que peu de logements.
Au début des années soixante, Marseille connaît une forte pression pour la construction de logements. Entre 1954 et 1960, le rythme de construction est multiplié par trois; on passe de 3328 logements construits par an, à 9446. Pour la même période la construction de HLM passe de 1236 à 2812 par an... En 1960, Marseille compte 15 000 HLM pour 750 000 habitants ce qui représente un déficit considérable pour une ville de cette taille.
Pour la période suivante, de 1960 à 1974, on observe
que le rythme de la construction n'augmente pas. En outre, sur
8000 à 9000 logements construits, 2500 seulement sont des
HLM. Leur rythme de construction ne permet pas de rattraper le
retard accumulé et ce déficit se creuse.
La pression augmente avec les afflux de populations, Marseille étant confronté à un solde migratoire très nettement positif.
Un ensemble des moyens de production se constitue alors ( entreprises du bâtiment, promoteurs, etc.) et se développe en conséquence.
La Ville lance une opération dite des "4000 logements" pour faire face à la crise.
Avec la reprise économique vers 1956, il faut rappeler
que les industriels vont recruter beaucoup de main d'oeuvre au
Maghreb. Vu la crise du logement, elle s'installe tant bien que
mal et va participer de fait au développement des bidonvilles.
Au contexte général que connaissent toutes les grandes villes, s'ajoutent, pour Marseille deux facteurs particuliers qui démultiplient les besoins en logements sociaux.
16000 personnes vivent en bidonvilles, en cités précaires
ou en camps. En 1970 elles seront encore environ 12000. Les actions
de résorption sont indispensables. La répartition
de ces ménages en HLM devant se faire théoriquement
dans une proportion ne dépassant pas 5 à 15 %, cela
induisait un effet démultiplicateur sur le besoin de HLM:
probablement supérieur à 7 fois la population concernée...
En 1962, l'afflux de rapatriés d'Afrique du Nord dont beaucoup
se fixent à Marseille, augmente encore la demande de logements.
Ces facteurs impliquent un effort intense et soutenu pendant de nombreuses années. Il se traduit par des opérations de taille assez considérable.
La résorption des bidonvilles
Pour ce qui est des actions de relogement, on n'a pas mesuré dés le début, toute la complexité (humaine, sociologique, psychologique) et les effets de ce type d'opération. On a procédé à des relogements qui faisaient passer les habitants directement des bidonvilles aux HLM .
Les difficultés, les échecs de ces relogements ont
conduit à penser qu'il fallait une étape, une transition
entre les deux modes d'habitat: émerge alors l'idée
de cité d'accueil sensée permettre d'observer les
pratiques, l'adaptation...C'est vers la fin des années
60 qu'un schéma complet de résorption part du constat
que seules 50% des familles peuvent intégrer rapidement
de l'habitat HLM classique. Dans l'autre moitié, on considère
qu'une partie est susceptible d'accèder aux structures
de la société globale dans un délai de 5
à 10 ans...Enfin on considère qu'une fraction (le
1/4 de la population totale) ne s'y adaptera pas du tout et requiert
un habitat spécifique de stabilisation ou de première
nécessité...Le schéma prévoit la réalisation
de cités d'accueil recevant toutes les familles issues
de bidonvilles et où serait organisée une action
socio-éducative particulièrement étoffée,
avec des classes de mise à niveau scolaire. Ces cités
prépareraient le passage en logement HLM, à la fin
d'un délai variable selon les familles, ou en logement
spécifique pour celles qui ne pourraient pas s'adapter
aux conditions classiques des HLM. "Peu à peu, il
a fallu leur apprendre à habiter"...
On calcule et établit des "taux de dilution",
selon lesquels, par exemple, "il faut 20 logements pour un
logement occupé par une famille" provenant de bidonvilles.
Au delà des seules bonnes intentions, lorsque l'encadrement
social a effectivement été mis en oeuvre et l'a
accompagné, le relogement a été un succès:
la Logirem a été exemplaire de ce type d'effort.
Par rapport au type d'approche qui prévalait à l'époque, sur" l'inaptitude" de certaines personnes à occuper des HLM, on fait remarquer que cela n'est guère un point de vue technique. Il s'agissait d'un choix politique " fabriquer du logement et le distribuer à des électeurs qui voteraient bien..."
"En outre, on pensait que des gens étaient indignes
d'occuper des HLM..." Ce qui s'accompagnait d'une "méconnaissance
complète de ces populations et de ce fait, par leur stigmatisation".
C'est d'ailleurs, sous d'autres formes, ce qu'on peut constater
encore aujourd'hui.
Le contexte de production: la question du foncier, les compétences...
Vers 195O le Responsable du service de l'urbanisme de la Ville pensait qu'il fallait se rendre maître du foncier le plus tôt possible. Il avait d'ailleurs obtenu la possibilité d'acquisitions, mais malheureusement pas l'accord de Gaston Defferre.
A la fin des années 5O cette idée est reprise avec
la création de la ZUP concédée à la
Semica. Il y a alors de grandes propriétés d'agréments
avec des parcs: le terrain ne vaut pas très cher. Cela
autorise à bon compte, un passage facile pour la deuxième
rocade: c'est pourquoi la ZUP N°1 se retrouve ainsi coupée
en deux par celle-ci.
On constate qu'il y a eu également déficience de
politiques foncières de la part des offices HLM, à
l'exception de l'OPAC. En conséquence, n'ayant pas constitué
de marge de manoeuvre, les Offices faisaient pression sur la Ville
sur le thème "si on ne peut pas construire à
cet endroit, on va perdre des logements..." Sur la ZUP N°1
cela a impliqué la construction en forte proportion de
HLM alors qu'à l'origine, on y avait imaginé des
opérations de plus haut standing.
En contrepoint, un ancien administrateur d'Office HLM rappelle
que, jusqu'aux années 8O, toute la construction et la maîtrise
d'ouvrage étaient publiques et que "l'Office n'avait
rien le droit de dire". L' Office recevait les plans et
les appartements clés en mains.
Un participant fait remarquer l'importance en la matière
du système defferriste entre 1953 et 1973: "L' idée
de Defferre était: je me réserve les hommes, le
clientélisme, et toutes les autres questions, les biens,
les choses, le foncier, l'économie, c'est pour la Chambre
de Commerce..."
En matière de compétences de production, on souligne qu'à cette époque-là, "les décideurs ne savaient pas construire. On n'avait rien construit pendant la guerre. Les décideurs n'étaient pas du tout qualifiés...
Il ne nous restait que des fabricants de ponts, des ingénieurs
et des adjudants du génie..."
Une longue gestation
Quelques témoignages permettent de situer en 1956 le principe d'un projet d'aménagement, sur le site du Canet .
La date officielle de création de la ZUP par arrêté ministériel est le 6 janvier 1960. Les études sont confiées à la SOMICA, Société d'Economie Mixte de la ville, en avril 1961 et la concession le 22 juin 1963.
La gestation de l'opération s'étend sur une période
assez longue, durant laquelle la politique du logement commence
à évoluer assez profondément, sans toutefois
s'inscrire dans une véritable politique d'urbanisme de
la ville.
Plusieurs programmes de la ZUP concernent des emplacements occupés par de grands bidonvilles : Font-Vert, Picon, Saint-Barthélémy.
Par ailleurs, il semble que le schéma de résorption
des bidonvilles n'ait été appliqué qu'à
partir de 1968 alors que la réalisation de la ZUP N°1
est déjà largement engagée. On peut dés
lors faire l'hypothèse plus que probable qu'une partie
des programmes de la ZUP ont accueilli des familles issues de
ces bidonvilles, avec les caractéristiques et les problèmes
spécifiques afférents (problèmes scolaires
en particulier, taille moyenne des familles: 7 personnes). Les
premières opérations de la ZUP n'ont pas bénéficié
des enseignements de la réflexion sur le relogement et
les précautions à prendre. Ainsi beaucoup de familles
venant des bidonvilles seront installées sans transition
en HLM, ce qui sera source de problèmes.
De fait, alors que la ZUP N°1 est pour la plus grande part
réalisée entre 1969-7O, ce sont les concepts des
années 1960 qui y prévalent.
Les caractéristiques du programme
Il comporte finalement 9OOO logements collectifs sur 16O hectares (cf Document "Marseille Informations" N°84, Juin 1977), et qui seront construits sur des espaces plus restreints que ce qui avaient été prévus.
La répartition d'origine prévoyait 7O% d'HLM locatives
et 3O%de logements en accession...A l'exception du groupe de la
Caisse des Dépôts et Consignations, les constructeurs
de logements en accession firent défaut, et la proportion
des HLM locatives dépasse 9O%. En dans les 10% (en accession)
restant figure également des HLM.Une seule opération
privée sera réalisée, avec 17O logements
( "les peupliers").
Pour ne pas trop peser sur l'équilibre financier de la
concession, et maintenir sa rentabilité il semble qu'une
certaine densification aie été apportée au
coup par coup aux programmes élémentaires, pour
aboutir au programme total en 1977.
Au départ, l'emplacement des équipements avaient été prévus selon les normes établies au niveau national. Or, les besoins en constructions scolaires engendrés par une population à forte proportion de familles nombreuses, atteignaient le double des normes utilisées au moment de la conception du plan de masse...Il fallait donc gagner de la place sans diminuer le nombre de logements à construire: une cause supplémentaire de densification sur les parcelles construites.
On fait également l'hypothèse que les besoins de
ces catégories de populations ne pouvaient pas être
réellement satisfaits par l'application des grilles d'équipements
standardisées ou une gestion selon les pratiques habituelles.
Le programme: décision forte ou processus technocratique
?
En prenant en compte l'ensemble de ces éléments,
on peut se demander si le projet ZUP N°1 ne relève
pas davantage d'un processus technocratique que de décisions
( politiques) au sens plein du terme.
Quand on l'analyse, avec le recul, ce programme s'avère un peu déconcertant .
Prendre l'arrêté ministériel de création de la ZUP, désigner l'organisme chargé des études, choisir un architecte parisien pour le plan de masse d'ensemble, attribuer la concession de l'opération sur la base d'un programme, désigner les constructeurs admis à réaliser les logements, font figure de décisions qui témoignent d'une volonté...
D'un autre côté, si on se replace dans le contexte
de l'époque, il semble qu'en fait c'était plutôt
quelque chose "qui allait de soi". Quoi de plus logique
que d'utiliser un tel site pour construire des logements neufs
? un endroit encombré de bidonvilles, bientôt traversé
par le tracé d'une grande voie prévue dans le Plan
d'Urbanisme ?...
On peut dire que ce sont des décisions administratives qui présidèrent au programme. Procédure et contenu se sont enchaînés tout naturellement à travers les rapports habituels des services du Ministère de la Construction avec ceux de la Ville...On a là une succession d'actes s'inscrivant dans une procédure administrative fixée et les acteurs sont restés dans leurs rôles normaux.
En même temps, la notion de "ZUP" était
nouvelle, c'était le "dernier cri" en matière
d'urbanisation, ce qui peut expliquer qu'on "y soit allé
franchement et en confiance " ...
Il semble que la présence de la voie L2 sur le site a pu jouer un rôle non négligeable dans la conception de l'opération. L'inauguration du premier tronçon de la L2 fait d'ailleurs l'objet de commentaires très positifs (in "Marseille Informations"): "elle va améliorer les choses".
En effet, à l'époque il n'était pas considéré comme choquant de mettre à profit les programme de construction pour obtenir la cession gratuite des emprises des grandes voies prévues au plan d'urbanisme: on avait l'habitude de construire ainsi, le long des voies, mêmes importantes.
Par ailleurs, pour un architecte un peu lointain (Mr Gillet- Paris,Grand
Prix de Rome), la voie L2 a pu apparaître comme un moyen
de liaison intéressant avec le reste de la ville..."il
faisait des images mais ne connaissait pas du tout le lieu".
A ce sujet, on évoque une lettre de Mr Meyer (??) qui, lui, "regrette que le plan de masse ne s'articule pas autour des noyaux de villages plutôt que de la L2"...
Dans la réalité et pour des raisons de topographie,
la voie L2 ne pouvait qu'être une coupure profonde entre
les quartiers...C'est pourquoi, aujourd'hui encore, la définition
du périmètre et le plan d'ensemble de la ZUP surprennent
ceux qui les découvrent.
On fait remarquer que si le processus de la ZUP N°1 est en
apparence un entrelacs de méandres techniques, en fait
il s'agit d'un véritable système de gestion politico-économique.
à propos des modes d'urbanisation pendant 20 ans...
quels responsables ?: une lecture générale pour
le contexte local
Ayant lui-même travaillé sur une ZUP en 1962, un participant rappelle que très tôt on s'est posé la question de la responsabilité; ainsi une étude avait été mené sur le thème "Qui a décidé de la ZUP de Mâcon ?" et ce, pour "identifier un coupable". Cette étude avait conclu que ce n'était personne en particulier...
L'intervenant expose trois étapes des modes d'urbanisation
en France.
Première étape
La première est celle de l'urbanisme planificateur, de forme "totalitariste", basée sur "on sait que...","pour le bonheur du peuple, il faut...". En 1964 la revue Architecture reprend l'idée de ces normes pour tous, et totalement planifiées.
"Du côté de l'Etat cela implique des mécanismes
de planification nationale. Les décisions sont prises par
le Directeur de la Construction, assisté d'un architecte.
Le périmètre d'une opération est défini
par l'architecte-conseil et fait l'objet d'un arrêté
ministériel: tout cela se fait en quelques heures. La collectivité
locale elle, consulte.
Tous d'accord...
Dans cette période, l'Etat "et bien sûr le lobby des BTP, ont besoin de faire tourner la machine. Pour avoir bonne conscience, on conçoit des équipements et on prévoit des emplacements pour eux". Le niveau local ne dit rien et ne se plaint pas de ce mode: en effet ce sont des réponses au problème aigu du logement. De plus la distribution de logements permet le clientélisme électoral.
Quand on sait que les habitants des bidonvilles n'étaient pas des électeurs, on peut se dire que le l'hypothèse d'un problème, voire d'une incapacité d'adaptation de ces populations aux HLM, était bien commode.
Les élus acceptent donc ce système planifié
par l'Etat, ils ne posent pas la question du comment doivent être
conçus ou agencés les logements, les constructeurs
et les entreprises non plus !.
On assiste à un auto-développement des entreprises pour créer des équipements.
La grande bourgeoisie marseillaise est d'accord pour vendre ses
terrains à des conditions intéressantes pour elle.
La population, enfin, accepte aussi, parce qu'elle trouve là les réponses aux problèmes urgents du logement. "Personne n'était contre la ZUP N°1".
Au final tout le monde est d'accord sur ce mode d'urbanisation
et sur le terrain, les responsabilités de ce qui s'en est
suivi sont partagées.
Un responsable reconnaît que "Longtemps, on a conçu
le logement comme les autres équipements". Il s'agissait
de fabriquait du contenant, "avant de connaître le
contenu", au contraire des équipements de transports
qui eux, obligeaient à connaître, analyser les comportements
et les déplacements des usagers potentiels...
Des conséquences pour la bourgeoisie marseillaise
Un économiste rappelle qu'à Marseille, il y a eu un véritable capitalisme, différent de celui du reste de la France A partir de 1920, la ville devient rentière. On y fait des alliances de rentes.
Plus tard, à la fin des années 50, la crise économique
est absolument profonde et la bourgeoisie possédante cherche
à valoriser son foncier: les m2 pour la ZUP sont vendus
environ deux fois plus cher qu'ailleurs en France. Cela lui permet
de se recadrer et de créer des entreprises de BTP (auto-entretien).
De ce fait, elle fait pression sur le politique pour continuer
à construire. Ce qui fait dire "la vente du patrimoine
bourgeois a été l'âme du développement
de Marseille.". Cela crée aussi du politique : "la
ZUP n°1 se construit sur des campagnes, " et c'est sur
une zone frontière au Parti Communiste..Il s'agit aussi
de faire barrage aux communistes".
Seconde étape
La seconde étape est celle de l'urbanisme réglementaire: ZAC, POS, etc. "Les procédures juridiques camouflent la place de l'Etat. C'est l'époque de la réhabilitation: c'est le programme "Habitat et vie sociale"( logements mal équipés, erreurs de gestion, gestion de proximité, etc).
Sur la ZUP N°1, la Somica est toujours en place et c'est
elle qui s'occupe de tout. Aucun autre organisme n'a pris le relais.
A l'occasion de la présentation du rapport qu'il a rédigé
sur la zone et qui souligne pas moins de"29 points noirs",
l'auteur rappelle que les Services de la Ville arrivent "penauds,
et que la majorité d'entre eux, n'étaient jamais
venus dans le quartier". "9000 logements n'étaient
pas pris en compte par la collectivité", 19 km d'égouts
existants n'étaient même pas connus des services
!
La démarche nationale "et intelligente" consiste alors à consulter localement; mais il s'agit là encore d'une initiative de l'Etat, pour corriger les erreurs. On emploie beaucoup le préfixe "re-": réhabiliter, rénover, requalifier, etc. Il s'agit d'un rattrapage qui se poursuit jusqu'à la fin des années 70.
Dans la période de construction de la ZUP, le mouvement
associatif est puissant et a, relativement, une place dans la
négociation. Cet encadrement (appartenant à la classe
moyenne) s'épuise à cause, notamment de l'absence
de décisions concrètes et des réponses évasives
qui sont faites à ses demandes. A la fin des années
70, la structure sociale est éclatée. Ceux qui ont
pu le faire ont quitté la ZUP vers les villas, les lotissements,
et la propriété privée. Les équipements
scolaires sont insuffisants. La ZUP est devenue un lieu de relégation.
1975-76 l'invention d'"Habitat Vie sociale": Frais-Vallon
L'ensemble Frais-Vallon compte 1500 logements dont 400 sont à
l'époque vacants. Les problèmes s'accumulent: le
bâti se dégrade, il n'y a pas d'espaces publics.
On envisage même de faire passer une bretelle d'autoroute
autour d'un immeuble. Il n'y a pas de moyens financiers pour travailler
sur ces problèmes. Mais quelques responsables mettent au
point un projet et le présente à G.Defferre: le
feu vert est donné, il n'y aura pas de So8, mais une piscine
ainsi qu'une station de métro exceptionnelle à Frais-Vallon.
Aucune subvention d'Etat n'est prévue. Les porteurs du
projet vont à Paris, rencontrent des hauts fonctionnaires.
Avec la Direction de l'Habitat et en particulier Mr Deport (??),
ils montent l'opération "Habitat et Vie Sociale",
ce qui permet de débloquer des fonds en 1976.
La deuxième opération intervient en 1979. "Les
gestionnaires d'HLM ne savent pas gérer leurs contenus".
Une "équipe de farfelus" (sociologues, architecte)
M.Anselme, A. Jolivet, P. Saadoun propose une étude gratuite
pour le plan de construction de la Cité du Petit Séminaire.
C'est là qu'avec des responsables locaux, est inventée
la maîtrise d'Oeuvre Sociale, avec les nouvelles approches
de travail avec les locataires
Troisième étape
La troisième étape est encore liée à
une initiative de l'Etat. L'Etat propose d'aider les communes
selon des relations contractuelles. Une commission Nationale est
créée. En même temps qu'on dit "c'est
aux élus de prendre des initiatives", c'est l'Etat
qui propose : Politique de la Ville, DSU, etc, relèvent
du même système de décision. L'organisation
de la ville, le processus d'urbanisation dépendent du niveau
national, ne serait-ce qu'au plan du financement.
"Contenant" et "contenu", une dichotomie
d'origine...
Un participant fait remarquer qu'en France, la dichotomie est liée dés le départ à la responsabilité en matière d'organisation et de commandes des études.
En effet d'un côté il y a des gens chargés de la réalisation : ce sont les bureaux d'études parisiens. Les ingénieurs et les commerciaux ont intérêt à ce que les opérations "sortent" le plus vite possible.
De l'autre côté, et dès 1965, il y a les sociologues
(Labos: CEDES, CERO,etc, Henri Coin, Calame, Averous, Conan),
qui produisent des études. "Tout ce travail allait
au Commissariat au Plan et non pas vers les équipes de
réalisations, ni vers les décideurs. Avec cette
coupure dans la diffusion de la réflexion des différentes
équipes, "on a perdu dix ans".
On rappelle qu'à l'époque de la ZUP N°1, les
quelques sociologues qu'on faisait travailler sur ce type d'opération,
n'intervenaient qu'au démarrage et après cela "disparaissaient
très vite".
Du côté du terrain, si on reconnaît "qu'à l'époque on avait une conception unique: produire du contenant, des logements..Et l'OPHLM poussait à la roue", d'autres évoquent le fait que "dans les services municipaux, on avait conscience que c'était de la fabrication et qu'un jour ça poserait des problèmes".
Quant à "la difficulté de fabriquer un contenant
sans connaître le contenu"!", elle ne dédouane
pas tout à fait de des choix qui ont été
faits à l'époque, dans la mesure où la réflexion
amont était tout de même connue dans les milieux
concernés : "il y avait eu des efforts de réflexion
sur ces questions pendant la guerre, et puis on connaissait la
bagarre sur la sarcellite: on ne peut pas plaider l'ignorance
!"
remarques d'un architecte sur l'urbanisme
Un intervenant cite l'architecte Emile Aillaud qui a fait un constat
très pessimiste des productions de cette époque
(Sciences et Avenir N°spécial "Des villes et
des Hommes" 1979): "Devant le résultat catastrophique
des grands ensembles, on concède parfois que l'urbanisme
a évolué, que cela se passait il y a dix ans. Non.
Ces formes d'urbanisme ne sont pas maintenant dépassées:
elles ont toujours été une erreur." Il poursuit
:"la "forme" offerte actuellement à la vie
urbaine n'était pas fatale; une toute autre conception
de la ville était possible, qui aurait été
moins pernicieuse, peut-être même bénéfique...On
entend dire que a rigueur des règlements, l'exiguïté
des crédits, les nécessités de l'industrialisation
ont contraint à la misère et à la monotonie
qu'on constate. N'en croyons surtout rien; nous avons affaire
à un choix fait d'académisme, de paresse et d'un
peu de ségrégation...La modernité s'est caractérisée
par la détermination d'optima qu'il suffisait d'additionner
pour aboutir à la meilleure des architectures ! Ce futile
sérieux évitait le grave inconfort de l'invention
et détournait l'architecte du monde purement spirituel
où il doit se mouvoir...On a négligé le caractère
essentiel de la ville qui consiste à rendre possible la
vie en commun..."
à propos de processus de concertation....
La croyance, l'enthousiasme des pionniers du terrain : tentatives
et lenteurs
A Marseille, dès 1963, des animateurs, des responsables associatifs, en particulier dans un Comité d'Action logement s'intéressent aux problèmes de l'urbanisme, de la vie sociale et de l'habitat.
Certains présentent à la Mairie et à la Somica une étude accompagnée d'un plan d'actions. Une enquête a été réalisée dans la ZUP ainsi qu'un travail de sensibilisation (exposition, etc). Le principe est qu'il faut " mettre l'urbanisme sur la place publique".
Face à ces initiatives et à ses questions sur l'animation,
la sensibilisation, la concertation nécessaires, la réponse
des élus et responsables est décevante: pour quoi
faire ?. Le manque de formation des élus à ces questions
est évident.
En 1965, la Caisse des Dépôts souhaite voir la création d'un centre social à Picon. Le constat est clair: il n'y a aucun espace pour se rencontrer, mis à part une chapelle.. Un animateur d'alors évoque les réunions qui se tiennent sur la pelouse. "Les jeunes de la cité sont virés de l'école le jour de leur 14 ans: et ce jour-là ils le fêtent !". On recense les caves à vélos: on y installe des ateliers de serrurerie-soudure pour les jeunes qui ne vont plus à l'école. Un travail de sensibilisation des habitants est mené.
La première revendication qui émerge alors est: Qui va pouvoir nous écouter ?.
Le groupe s'adresse d'abord à la Somica, qui le renvoie
à la Logirem, qui le renvoie à la CIC, et de là
à la Mairie et sans résultats tangibles.
D'autres modes d'actions sont utilisés pour faire pression, faire respecter les normes d'équipements publics. C'est le cas des manifestations de rue pour empêcher par exemple la suppression d'une piscine et son remplacement par une tour, pour obtenir plus d'équipements scolaires etc.
En 1969 quand le processus de concertation est lancé, "en fait, il n'y avait pas d'interlocuteur à la ville. La concertation, ils ne la voulaient pas réellement parce qu'ils ne pouvaient pas répondre aux doléances". Les animateurs-militants et les responsables de terrain eux ne veulent pas entrer dans un système purement formel, qui ne sert à rien. "on a fait la grève de la concertation".
En même temps la mobilisation du terrain est importante
et s'illustre entre autres par une "manifestation monstre
pour sauver le Parc de Font-Obscure" sur lequel on a prévu
la construction de 3 tours de 40 étages. Le bras de fer
commence avec la Mairie. "C'est Lucien Weygand qui va accepter
dans un premier temps d'être "agressé"
et interpellé sur ces questions par nous". A partir
de là une concertation va commencer...
Une association est fondée. Les animateurs de terrain proposent la création d'une "Maison des Familles" permettant d'accueillir les fêtes familiales (sur deux jours et deux nuits). 100 % des financements sont obtenus pour sa construction. La ville accepte le principe de prendre en charge son fonctionnement.
En commentaire, on fait remarquer qu'ainsi, à partir du
moment où un contact est établi avec un élu,
on peut commencer à parler de décision politique.
Pour conclure le témoin et acteur de ces épisodes
indique que, selon lui, la concertation a été obtenue
"par les actions de rue, de masse et qu'en même temps
cela a essoufflé des tas de militants."
L'après - ZUP N°1
En 1968, émerge la critique de la ZUP et de l'Urbanisme. A ce moment-là, plus personne ne peut dire que la ZUP est une bonne chose.
En 1972, le Ministre Chalandon, celui-là même qui
par sa politique "coup de poing" avait largement encouragé
ce type d'opération- se positionne sur un "plus jamais
ça !".
Pourtant, alors que le consensus est à la critique, on
continue à construire comme ça."Après
la ZUP N°1, on a fait pire: par exemple, à la cité
de la Savine"...
En même temps, au Sud, on construit la ZAC Bonneveine - et avec les mêmes organismes que sur la ZUP N°1- qui, elle, est une réussite.
On fait remarquer que pour réaliser Bonneveine on a pris
beaucoup plus de temps que pour la ZUP N°1. "On a mis
le paquet sur les équipements publics et l'équipement
urbain". Un véritable débat politique a eu
lieu, avec nombre de batailles, sur la vente des terrains, le
centre commercial etc. "Le pouvoir local s'est impliqué
en permanence. On s'est situé dans la durée, et
Bonneveine est très différencié".
Si personne n'a été contre la ZUP N°I, il y
a des gens contre la ZUP N°2 (opérateurs, agents immobiliers)
à laquelle G.Defferre est contraint de renoncer publiquement.
Quant à la ZUP N°3 on y a renoncé pour des
problèmes fonciers et technico-administratif
Corriger les erreurs...
En 1972, devant l'ampleur des problèmes qui se manifestent, la Ville de Marseille engage réellement un processus de concertation: il se traduira par la réalisation effective de nombreux équipements et par un important correctif du programme, permettant l'introduction de deux éléments importants dans la vie des habitants: le Parc de Font Obscure et le Centre Urbain du Merlan.
C'est à partir de ce moment-là qu'on peut dire que
commencent à se prendre de véritables décisions...
à propos d'un exemple aixois: la ZUP d'Encagnane......
Tout exemple fabrique son contre-exemple. C'est le cas du Quartier Encagnane à Aix qui a été conçu en 1965, et livré entre 1969 et 1971.
A l'époque le discours dominant était celui de l'urbanisme centralisateur.
On retrouve sur cette opération les mêmes caractéristiques que sur la ZUP n°1 à Marseille: nécessité de résorption d'habitat insalubre, bidonvilles, une forte demande d'habitat social, collectif (rapatriés), une urbanisation anarchique...
Cette opération a été présentée
par le maire d'alors, comme la première opération
d'Aménagement volontaire (architecture, maîtrise
foncière). Aujourd'hui ce quartier est cité comme
un exemple de réussite de l'urbanisme de ces années-là,
une réussite de l'habitat populaire. Il est devenu une
réussite d'habitat des classes moyennes.
Encagnane présente à la fois une relative uniformité, voire une monotonie de la volumétrie, et en pied d'immeubles, un véritable urbanisme de rue. On a conçu et réalisé des transitions entre les espaces publics et les espaces privés. La participation à la centralité se fait sous la forme d'équipements publics, de mixité de l'habitat, de l'intervention de différents maîtres d'ouvrages, publics et privés.
13 000 habitants y sont restés, ils "vieillissent"
dans ce quartier.
Quand on replace la dimension d'Encagnane (15 000 habitants environ)
par rapport à la taille d'Aix (60 000 habitants) au moment
de la création de ce quartier, on constate que cette opération
était plus importante que celle de la ZUP N°1 à
l'échelle de Marseille.
Ce rapport d'échelle semble être un facteur important dans la réussite ou l'échec de ce type d'opération.
On ajoute qu'il n'y a pas de fatalité, qu'il y a des endroits
qui fonctionnent bien et que les conditions de succès et
d'échecs sont liées aussi à la variété
des acteurs.
remarques sur les projets, questions et pistes de réflexion......
Toute une histoire à (ré-)écrire, des
images à balayer
Des intervenants soulignent et confirment la "très
grande richesse sociétale de la ZUP N°1". Cependant,
il est clair qu'en réalité on connaît encore
très mal les sociétés qui se sont formées
dans ces lieux-là.
Un sociologue souligne le fait que pour aborder de façon neuve l'analyse de ce type d'opération, il conviendrait de bien séparer deux Histoires...
D'un côté il y a l'histoire de l'architecture, de l'urbanisme: "une histoire en vase clos et qui parle en terme d'Utopie qui serait dévoyée par l'ignorance et la banalité des pratiques quotidiennes". Le sociologue trouve d'ailleurs "très grave qu'ainsi la monotonie et la misère soient mises sur le même plan, associées systématiquement, comme si elles découlaient naturellement l'une de l'autre".
De l'autre côté, une histoire reste à écrire:
c'est celle des habitants, celle de "communautés d'habitants",
de "morceaux de ville". Celle de tous ces habitants
dont on sait qu'ils vont de fait accéder aux classes moyennes.
L'histoire attentive de ces trajectoires qui n'ont pas droit au
chapitre.
En outre, il déplore la confusion permanente, dans les analyses, qui est faite avec les "problèmes sociaux, à moins que ce soient en fait, les problèmes sociaux que ces habitants posent à ceux qui les regardent !"
A propos de ces représentations stigmatisantes qui grèvent
considérablement une prise en compte intelligente des réalités
urbaines, il rapporte l'anecdote suivante: " Quand l'opération
de rénovation du Petit Séminaire a été
terminée, devant les façades repeintes et pimpantes,
un élu nous a dit: 'c'est bien ce que vous avez fait'...Et
d'ajouter: 'le problème, c'est qu'on voit quand même
des gitans..."!
Plus encore, il importe d'aller au delà des lieux-communs et de la critique des dérives et des ratages de l'urbanisme, tel qu'on peut en effet le déplorer à la Savine. Les idées toutes faites sont alors battues en brèche...
Ainsi par exemple, une étude sur les habitants de cette
cité a montré que les jeunes sont deux fois plus
mobiles que les jeunes de la zone voisine vivant dans de l'habitant
pavillonnaire...Or, on sait bien que la mobilité est une
dimension propre à l'urbain; sans mobilité(s), pas
de ville. Ainsi les jeunes de la Savine, avec leur grande mobilité,
"font de la ville", à part entière.
Les projets, les hommes, le politique...
Pour les deux projets examinés dans le séminaire,
ce qui est frappant c'est le fait que ce sont des histoires d'individualités,
de complicités entre des hommes. Ce sont des relais absolument
nécessaires pour les politiques, qui eux, ne repèrent
pas forcément les choses au bon moment.
A examiner la genèse de ces projets, on se rend compte
combien les projets évoluent, comment ils sont "dévoyés"
d'une certaine façon, ce qui d'ailleurs n'est ni étonnant,
ni choquant.
Pour des projets innovants, il apparaît qu'il ne faut pas prendre en compte trop tôt et trop fortement les systèmes de contraintes, sinon, ces projets ne voient pas le jour.
En même temps, on souligne les limites qu'ont les discours
d'intention s'ils ne sont pas relayés par l'action. Ainsi
"les noyaux villageois: tout le monde en parle, mais personne
ne s'en occupe concrètement en matière d'urbanisme
(nature du bâti, réseau viaire, etc). Ce sont encore
des éléments de sauvetage".
et comment faire de l'urbain ?...
quand on sait que la problématique de la vie d'un système
urbain n'est pas dans le bâti, mais bien dans l'humain et
que la ville est un processus continu...
Selon un participant la ZUP N°1 a failli sur une énorme
utopie: celle selon laquelle on pouvait inventer la ville à
partir de conditions techniques. C'est un système politico-technique
qui a failli. De sorte qu' "il faut faire le procès
de la prétention des techniques à faire (de) la
Politique"...
Où et comment commence la responsabilité (du) politique au delà de l'enjeu et de l'analyse strictement électoral ?
On laisse faire aujourd'hui des opérations (d'habitat individuel)
qui sont les sources-mêmes des problèmes de demain
(exemple Gignac). Comment orienter l'action de la puissance publique
?
D'un côté on a la rigidité du Plan de Masse,
des infrastructures, et de l'autre la complexité. Quelles
répartitions doit-on faire de la gestion entre le public
et le privé ??
La gestion partenariale est certes complexe, mais "il faut
répondre au social avec plus de gestion, plus de de partenaires
institutionnels etc". Il faut sortir des modes de "gestion
thème par thème", "équipement par
équipement".
Il y a 20 ans, la notion de territoire était conçu
moins largement que nous ne le faisons aujourd'hui. ...Cependant,
cela ne suffit pas de le considérer ainsi: car dans les
questions de relation entre métropolisation et métropolité,
on se rend compte que l'on n'aborde pas assez les questions du
côté des gens, du point de vue de l'humain...
III l'aménagement en question (de l'aménagement à l'urbanisme opérationnel)
Yves Janvier présente quelques éléments d'un
rapport d'étude sur l'aménagement initié
à l'époque où commence une forte crise immobilière
(1992-93). Face aux aménageurs qui lui font part de leurs
grandes inquiétudes et problèmes, la position du
Ministère peut alors s'exprimer ainsi: " Vous avez
fait de la spéculation. Vous êtes des pros, alors
débrouillez-vous..."
Face à un phénomène de crise, on se demande toujours: est-ce structurel, est-ce conjonctuel ?
Le consultant et son équipe remarquent que toute les pratiques d'aménagement s'appuient en fait sur des visions qui ont cours depuis les années 5O/6O, alors que, depuis cette époque-là, de nombreuses mutations multidimensionnelles sont intervenues dans le monde. Même s'ils ont été légèrement ré-adaptés, les outils conceptuels restent les mêmes...
A l'occasion de cette crise il va s'agir de comparer et d'évaluer
les décalages entre inertie des concepts et pratiques de
l'aménagement.
L'étude qui est menée se concentre sur l'urbanisme opérationnel, les pratiques et les problèmes des opérateurs (ceux qui faisaient des ZAC pr exemple)
En outre le travail de réflexion des consultants est accompagné
par un groupe composé d'administrateurs, de fonctionnaires
normaux, d'opérateurs, promoteurs, responsables du commercialisation,
chercheurs...
Le sujet est complexe. L'étude ne va rien dire de nouveau, ni faire de révélation...En fait l'originalité du travail réside dans le fait de mettre en système l'ensemble des transformations. Mis en système ça on se rend compte que tous les éléments représentnt effectivement une profonde mutation.
Cette analyse a eu un impact très fort sur les intéressés:
chacun a reconnu dans le système ainsi présenté,
ce qu'il vivait concrétement.
Méthodologie, éléments de constats et
d'analyse
Le travail a croisé deux deux types d'approches:
-l'une "du haut" s'intéresse aux données et problèmes généraux importants dans le contexte (économie, finance, etc )
-l'autre à partir du terrain, s'intéresse aux problèmes des responsables opérationnels, et à la façon dont leurs problématiques se trouvent perturbées par ces phénomènes..
L'investigation montre que les mécanismes perturbateurs
sont de même nature, qu'on fasse l'approche par "le
haut", ou à partir du terrain.
Mécanismes perturbateurs:
- Passage d'un modèle socio- économique (consensus) à une hétérogénéité des fonctionnements
- Foisonnement des pouvoirs: la décentralisation a entrainé, plus ou moins, une stimulation et des prises de pouvoirs non-institutionnels: cf les associations écologistes, les associations de propriétaires contre le bruit, etc )
- le démarrage d'une action d'aménagement déclenche des contre-pouvoirs; elle ne peut pas pré-négocier). "Après 2O ans à faire du global, le système se réveille dans sa complexité. c'est en quelque sorte la révolte de la réalité par rapport au modèle"...
- l'intérêt général:
Au début de l'urbanisme organisé, il y avait consensus. Quand des conflits se déclaraient, l'Etat disait l'intérêt général. De plus il y avait consensus sur le besoin de logements (Conflits sectoriels).
Le changement c'est qu'il y a maintenant beaucoup d'intérêts généraux différents, mais pas régulés. Ils sont légitimes: communes, régions, départements etc.
S'y ajoutent les intérêts collectifs, traités comme des intérêts généraux. Cela implique qu'on n'a pas de références pour considérer qu'on est plus ou moins près de l'optimum. On n'a pas de grille de mesure de l'optimum.
- la tranformation des valeurs, des attitudes générales:
Ce sont par exemple les notions de développement durable, de patrimoine (attachement aux traces du passé), la maîtrise de la consommation (ne pas trop consommer, d'espace, d'air, d'eau, de matériaux, d'énergie, d'objets etc).
- la revendication de protection maximum, de sécurité, d'assurance. Ce qui se traduit par la responsabilisation de personnes et de fonctions jusque là intouchables (les préfets etc)
- la pratique financière, équilibre des opérations
Toute la dynamique financière des ZUP est arrêtée. Les conditions ont changé de façon durable. Par exemple:transformation dans le marché de l'immobilier d'entreprises. On se pose la question à quels moyens de production l'entreprise doit elle consacrer son argent ? Du coup, l'immobilier n'a plus la même place dans la stratégie des entreprises. Ce n'est plus la même stratégie patrimoniale.
Ce type de nouvelle attitude s'oppose au stratégies marketing classiques de du secteur immobilier.
Plus il y ajustement produit/marché, plus cet ajustement est fin, plus le produit devient facilement obsolète et invendable...
- Il n'y a plus de capacité prévisionnelle.
Les horizons prévisionnels des promoteurs se limitent aujourd'hui à 1an, 1 an et demi.
Si on doit s'engager dans des opérations sur 15 ans, on sait que le projet est susceptible de beaucoup changer. C'est l'effondrement de la spéculation qui a permis de prendre conscience de tout cela.
Les actions de petites associations peuvent tout bloquer pendant de longues périodes, les contentieux n'en finissent pas etc. Or si on prend un retard de 2 ans dans une opération, on ne retrouve plus le marché (cf fugacité). De là découlent les divergences financières (coûts financiers).
Dans la période antérieure on s'en arrangeait avec les bénéfices financiers. Plus on gardait un terrain (stockage foncier) plus c'était -en général- bénéfique, producteur d'argent...
Avec l'arrêt de l'inflation (et taux d'intérêt entre 5 et 8%) les conditions changent beaucoup. Jusque là, l'aménagement était financé par l'emprunt à court terme et moyen terme...La bulle spéculative s'est effondrée et elle ne reforme pas. Il faut absorber les stocks. Parallèlement il n'y a plus de phénomène de rareté.
- les raisonnemments financiers et de conception
La structuration financière et la conception déterminent les dépenses de construction.
Avant la crise, toute l'énergie etait orientée vers la production des biens. Aujourd'hui les aménageurs sont obligés de prendre en compte le fonctionnement dans la gestion, dans les coûts d'exploitation. D'ailleurs le marché, lui-même, pose davantage de questions sur les frais de fonctionnement que sur le strict prix d'achat.
Les "pouvoirs sauvages" (associations etc) parlent de
"l'usage de l'opération après réalisation".
L'environnement sociologique manifeste son désaccord sur
les usages.Tout cela oblige les aménageurs à se
poser des questions nouvelles.
Or dans cet univers de flexibilité, le concept d'opération reste toujours le même:
Opération = limite périmétrique + programme
prédéfini + durée limitée + un ensmble
juridique fermé réglements, procédures +
un montage particulier + un bilan financier autonome.
Du point de vue de cette étude, il faut arrêter de
considérer qu'une opération est un système
fermé dans l'espace. Aujourd'hui une "intervention
opérationnelle c'est un phénomène d'insertion
dans un tissu sociologique, dans un système réactif".
L'arrivée d'une opération dans un système
urbain est d'ailleurs souvent perçue comme une agression.
La temporalité, incertitude sur l'avenir
Actuellement une solution consiste à faire du partenariat foncier: c'est-à-dire qu'on reporte sur le propriétaire les risques de l'aménageur :"j