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INDUSTRIES EN PROVENCE
En collaboration avec
Mémoire,
Industrie, Patrimoine en Provence
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Marseille et le pétrole
Des prémices à la
naissance d'une aventure industrielle
(1862-1938)
Le pétrole a fécondé le tissu économique
de la région marseillaise et lui a
offert une des plus grandes aventures industrielles de
ce siècle. En effet, à
la faveur de l’intervention active de l’Etat
français dans le secteur pétrolier à
partir de la Première Guerre mondiale et surtout
avec la législation de 1928,
un complexe pétrochimique se met en place sur
les rives des étangs de
Berre et Caronte ; la croissance est rapide ; un nouveau
cycle succède
alors, dès la fin des années trente, à celui
fondé sur les industries agroalimentaires
qui dominait l’économie portuaire depuis
le XIXe siècle. Or
cette aventure avait déjà été ébauchée,
plusieurs décennies avant que ne
lui soit donnée, au cours de l’Entre-deux-guerres,
une impulsion décisive.
Des prémices jusqu’à la naissance
de cette industrie majeure du littoral provençal
: c’est cette histoire qui sera ici relatée,
une histoire à cheval entre
deux siècles, entre deux temps forts d’une économie
régionale dont elle a
contribué à forger le destin.

Les raffineries françaises de pétrole à Lavéra (1937)
Revue
pétrolifère, 19 juin 1937
● Des débuts difficiles
(1862-1913)
M arseille et le pétrole, c'est au début
des années
1860 que commence l'aventure. Sous l'impulsion
des progrès réalisés dans l'emploi
du pétrole pour
l'éclairage, on assiste à un boom de l'extraction
pétrolière.
De 6.000 barils en 1859, la production mondiale dépasse
les 2 millions de barils en 1861. Dans un tel contexte,
les
entrepreneurs marseillais ne restent pas inactifs. Quelques
barils sont importés en 1862 en provenance des
Etats-
Unis. En 1863, ce ne sont
pas moins de 28 demandes
d’autorisation qui
sont présentées dans la
région pour l’établissement
d’entrepôts d’huiles
de pétrole (1). Trois ans
plus tard, en 1866, Marseille
reçoit déjà près de
15.000 tonnes d’hydrocarbures,
pour moitié
brut, pour l'autre raffiné
(2). Phénomène majeur,
ces nouveaux échanges
s’inscrivent d’emblée
dans un environnement
industriel. En effet, dès le
départ, les importations
de pétrole induisent la
création de raffineries
dans le port phocéen. Au nombre de quatre en 1865,
elles
traitent alors 40.000 barils par an. Deux d’entre
elles semblent
promises au plus bel avenir : la société La
Pensylvanienne
qui a monté une usine de distillation en 1863
sur le
chemin de Sainte-Marthe, quartier du Canet, et surtout
la
Compagnie des Huiles de pétrole d’Amérique,
fondée la
même année par un groupe d’armateurs
(Imer, Baux et
Fraissinet) dont l’installation industrielle se
situe dans le
quartier des Petites Crottes, le long de la route d’Aix.
L’industrialisation
constitue alors l’élément le plus
dynamique
de la chaîne économique, une fonction stratégique
au moment
où « l’usine se substitue au négoce
pour constituer le
marché attractif pour la marchandise » (3).
Les échanges
pétroliers semblent avoir été établis
pour et par elle.
La croissance est cependant de courte durée. Après
les
niveaux élevés atteints en 1866, ce nouveau
secteur d’activité
entre dans une phase récessive durable. Le mécanisme
d’industrialisation s’enraye. En 1867, La
Pensylvanienne
est mise en liquidation après quatre années
d’exploitation
seulement. De 40.000 barils en 1865, la production
locale chute à 30.000 cinq ans plus tard. Il semble
que
Marseille ne soit pas parvenue, pour ce produit, à étendre
ses débouchés à l’exportation.
Après des premiers
résultats satisfaisants, le
marché méditerranéen se
dérobe : l’Espagne, l’Italie,
l’Autriche et le Levant
lui échappent progressivement
(4) au profit du
principal pays producteur,
les Etats-Unis. De nouvelles
entreprises sont
néanmoins créées : en
1879, par exemple, la
société La Phocéenne,
fondée par Gaston Bosc,
monte une unité de production
dans le vallon de
Lun, près de Mazargues.
C’est également la création
du Standard français
des oléonaphtes par Henri Rastit qui se spécialise
dans les
huiles de graissage. A partir des années 1890,
les échanges
retrouvent leur marche ascendante, à la faveur
de
nouvelles applications notamment en matière de
force motrice.
Les importations marseillaises dépassent les 40.000
tonnes en 1913. De grands projets apparaissent. En 1893,
Bedford et cie, liée à la Standard Oil
Cy de Rockefeller,
songe à construire une raffinerie dans le quartier
de la Madrague-
Ville susceptible de traiter 300.000 barils de brut
par an. En 1904, Louis et Théodore Mante fondent
la Compagnie
industrielle des pétroles, au capital de 8 millions
de
francs, avec l’appui de la Compagnie de navigation
mixte
et des banquiers-négociants grecs de Marseille
Zafiropulo
et Zarifi (5).
Ces chiffres cachent pourtant une situation peu favorable. La part
de la place de Marseille n’a cessé de s’effriter
au
des échanges nationaux avec des importations pétrolières
qui y entrent seulement pour 5 % en 1913, contre une moyenne
de 30 % au cours des années 1860. Parti très tôt
dans la course, le grand port méditerranéen n’a
pas réussi à s’imposer
dans le traitement des pétroles comme un des principaux pôles
français. D’autre part, une mutation importante se dessine
dans la structure de ses flux commerciaux. Au début du XXe
siècle, la part des essences, jusqu’ici négligeable,
devient
plus en plus importante. En 1913, leur proportion dans les volumes
importés par le port phocéen atteint 25 % alors qu’elle
n’était que de 1 % quelques années plus tôt.
Au même moment, le pétrole raffiné occupe les
premières places avec
des arrivées. Or, ces deux produits – essence et raffiné -,
déjà transformés, n’entrent que partiellement
dans le processus
industriel ; ils sont avant tout l’objet d’un négoce.
On touche ici une des principales faiblesses structurelles qui affectent
l’économie pétrolière à Marseille.
Ce secteur végète surtout en raison du peu d’envergure
d’une industrialisation qui
pourtant un caractère précoce. A la veille de la Première
Guerre mondiale, avec une production de 26.000 tonnes
pour une valeur de 7,5 millions de francs, le pétrole se place
au 27ème rang seulement dans le classement des industries
marseillaises (6). A cette date, une seule entreprise se livre véritablement à des
opérations industrielles : la Compagnie
générale des Pétroles, qui a succédé à l’affaire
créée par Imer, Baux et Fraissinet.

Société générale des huiles de pétrole.
Dépôt de Caronte pour le
stockage du mazout.
Coll. C.C.I.M.-P.
A cela, plusieurs raisons. D’abord, l’espace urbain et
portuaire
s’avèrent peu adaptés au travail d’un produit
inflammable
et polluant. Depuis les premières tentatives, les oppositions
ne cessent de s’affirmer vis-à-vis de ces usines
tant redoutées. En 1872, lorsqu’un homme d’affaires
décide
de reprendre l’activité de La Pensylvanienne mise en
liquidation, le quartier se soulève. Quelques années
plus
tard, c’est le projet de Bedford et cie, à la Madrague-Ville,
qui suscite une véritable levée de boucliers. Hostilité des
riverains, opposition de la municipalité qui compte ouvrir à
proximité un abattoir, craintes du P.L.M. dont les lignes
ferroviaires passent à proximité… Quant au domaine
portuaire,
il est peu aisé d’y établir des entrepôts
de pétrole.
Marseille souffre alors d’une insuffisance chronique d’équipements
adaptés à un tel trafic. A la fin du siècle,
la Compagnie
des Docks, en dépit des autorisations obtenues, a
renoncé à construire des dépôts au Cap
Pinède, chemin
de la Madrague-Ville. L’explosion en 1909 du voilierpétrolier
Jules Henry alors à quai confirme les craintes et
les hésitations des acteurs locaux vis-à-vis de ce
secteur
d’activité. La ville et le port ne peuvent accueillir
son expansion.
Des solutions sont néanmoins ébauchées. Certaines
entreprises
se tournent en effet vers la région des étangs où
l’espace est libre de toutes contraintes notamment celles
de l’urbanisation. Le négociant Gaston Bosc, déjà implanté
à Marseille dans les pétroles avec sa société La
Phocéenne,
entend, à la fin du XIXe siècle, monter une unité
de raffinage à Port-de-Bouc. C’est également
la maison A.
André fils de Paris, spécialisée dans les pétroles
russes,
qui établit un dépôt à Port-Saint-Louis-du-Rhône
puis cherche
à y créer une raffinerie au début du siècle.
Un frémissement
se dessine ainsi au-delà des frontières naturelles
du port phocéen, mais peu saisissent l’opportunité.
Paradoxe
et non des moindres, la principale affaire fondée à la
veille de la Première Guerre mondiale par le capitalisme
marseillais – la Compagnie industrielle des pétroles – choisit
d’établir sa raffinerie à Sète-Frontignan,
dans l’Hérault,
qui semble offrir à cette industrie un environnement plus
propice que celui de la région phocéenne.
A ces défaillances, s’ajoute le contexte national. Depuis
les débuts de l’économie pétrolière,
la France n’est pas parvenue à mettre en œuvre
une politique capable de développer son appareil industriel.
Très tôt, la protection
douanière – c’est-à-dire le différentiel
entre les taxes prélevées
sur le brut et celles sur le raffiné à l’entrée
du territoire
– s’est avérée insuffisante pour permettre
aux industriels
de lutter contre l’importation des produits déjà raffinés.
Or celle-ci, déjà peu efficace, ne va cesser de décroître
: 12 francs par tonne en 1873, 7 francs en 1881, puis 5
francs dix ans plus tard. Le coup de grâce est porté en
1903 lorsque les pouvoirs publics instaurent une taxe d’entrée
en raffinerie de 3 francs par tonne. C’est ainsi qu’au
début du siècle les industries nationales ne pourvoient
plus
qu’au quart de la consommation française en pétrole
raffiné.
Elles n’ont pu s’opposer aux appétits de la puissante
Standard Oil Cy. Les vicissitudes rencontrées par Marseille
sont alors pour une large part à l’image de celles qui
pèsent
sur l’ensemble du secteur en France (7).
● Vers le « take-off » pétrolier : une conjonction
d’événements favorables (1913-1928)
A u cours des années vingt, les échanges pétroliers
connaissent une expansion rapide dans le port phocéen, supérieure
à celle enregistrée à la veille de la Première
Guerre mondiale. Les volumes importés sont pratiquement
multipliés par cinq avec des taux moyens de croissance de
45 % par an entre 1920 et 1928. C’est un véritable
boom qui s’affirme, plaçant le pétrole parmi
les principaux produits du commerce portuaire. Il est porté par
l’essor de la
consommation à la faveur notamment du développement
de l’automobile et de l’emploi de plus en plus fréquent
du mazout
dans la propulsion des navires. Cette relance d’une branche
quelque peu atone jusqu’ici s’inscrit aussi dans un ensemble
de conditions favorables qui se mettent en place au fil des années
vingt.
Le port phocéen profite tout d’abord du rééquilibrage
des échanges internationaux. De nouvelles régions pétrolières,
comme le Moyen-Orient, entrent en jeu (8).
Après les manœuvres financières du début
du siècle, la
guerre précipite la mise en valeur des ressources du
Proche-Orient, entre Asie mineure et golfe Persique.
Déjà, la Grande-Bretagne développe la production
en
Perse afin de ravitailler sa flotte. Puis, une fois la paix
retrouvée, avec le démembrement de l’empire Ottoman,
les pétroles d’Irak sont en ligne de mire. Tant bien
que
mal, la France parvient à s’imposer dans le capital
de la
Turkish Petroleum Company (T.P.C.), qui y possède
des permis de recherche, s’emparant, comme prise de
guerre, de la part détenue avant-guerre par la Deutsche
Bank (9). Après quelques années de prospection, le
pétrole jaillit en 1927 près de Kirkouk, au Nord de
l’Irak.
L’entrée en lice du Moyen-Orient place Marseille à
proximité de gisements qui ont un potentiel considérable.
Les courants d’échanges qui se mettent en place
empruntent ses routes maritimes traditionnelles, celles
de Suez, puis de la Méditerranée orientale quand sera
construit l’oléoduc de Kirkouk à Tripoli au Liban
(10). La
possibilité lui est offerte de recevoir, à des coûts
compétitifs,
une matière première susceptible de favoriser le
développement d’une secteur industriel timoré.
Ensuite,
le port de Marseille entreprend enfin de se dédoubler
dans la région des étangs. Quelques mois
après l’armistice, l’Etat consacre l’annexion
des étangs
de Berre-Caronte au domaine portuaire de Marseille.
Les travaux peuvent alors commencer, d’abord autour
du littoral compris entre Port-de-Bouc et Martigues,
puis, à partir de 1930, dans l’étang de Berre
dont l’aménagement
doit permettre l’arrivée de navires de fort tonnage.
Avec Caronte, puis Berre, le secteur des pétroles
trouve ainsi un support capable d’alimenter sa croissance.
Les résultats ne se font pas attendre : à la veille
des années trente, ce sont plus de 250.000 tonnes qui
arrivent dans la région marseillaise contre 50.000 tonnes
au début de la décennie.
Ces deux facteurs n’auraient pas pu susciter un processus
d’industrialisation de grande envergure sans l’élaboration
par la France d’une nouvelle politique pétrolière.
Or, en ce domaine,
la Première Guerre
mondiale vient de
susciter une véritable
prise de conscience.
En effet, à
mesure que le
conflit s’enlisait
dans la durée, le
pays a été confronté
à une situation
dramatique en
terme d’approvisionnement,
conséquence
d’une dépendance
trop
étroite vis-à-vis de
l’étranger. Après
l’instauration d’un
dirigisme d’Etat sur
les échanges, les
pouvoirs publics
entendent assurer
une réelle indépendance
énergétique.
Déjà, en entrant
dans le capital de la Turkish Petroleum, la France prend
pied dans l’exploitation de gisements. En 1924, en vue
de gérer ses actifs irakiens, une société d’économie
mixte est créée : la Compagnie française des
pétroles
(11). C’est autour d’elle que doit s’organiser
l’économie
pétrolière nationale (12). Un seuil décisif
est franchi en
1928. Décidé maintenant à se lancer dans une
phase
industrielle, l’Etat adopte un cadre législatif cohérent
et
durable. Deux mesures joueront un rôle déterminant :
l’application de droits véritablement protecteurs favorisant
l’importation des pétroles non raffinés et un
régime
stable au bénéfice des importateurs de brut qui se
voient
délivrer des licences d’une durée de vingt ans.
La France
allait pouvoir accroître rapidement des capacités industrielles
réduites à peu de chose depuis le début du siècle.
Au cours des années vingt, cette conjonction d’événements
favorables permet à Marseille d’affirmer sa vocation
à devenir un pôle pétrolier à part entière.
De nouveaux
acteurs entrent en scène au premier rang desquels
on trouve la Société générale des huiles
et pétroles
(S.G.H.P.). Au capital de 100 millions de francs, celle-ci a
été fondée en 1920 ; c’est la filiale
française de la toute
puissante Anglo-Persian Oil Company (A.P.O.C.),
connue plus tard
sous le nom de British
Petroleum (13).
Depuis la fin de la
guerre, les intérêts
britanniques cherchent
un point d’appui
en Méditerranée
pour assurer la liaison
avec leur production
du Moyen-
Orient. A la croisée
des routes maritimes,
Marseille s’impose
alors. Outre sa
position géographique,
elle offre maintenant
un site de
choix aux activités
pétrolières avec la
rade de Port-de-
Bouc et, en tant
qu’escale ou point de
départ de nombreuses
lignes maritimes,
un marché porteur,
celui de l’approvisionnement des soutes des navires.
C’est ainsi qu’en 1922 la filiale française de
l’A.P.O.C.
décide de constuire, dans le vallon de Lavéra, à proximité
de Caronte, de vastes dépôts reliés directement
au
chemin de fer. En février 1924, le premier tanker touche
l’appontement de la S.G.H.P. pour y livrer sa cargaison.
Certes, l’économie pétrolière locale ne
se trouve pas
pour l’instant modifiée en profondeur. On reste dans
une
phase d’entrepôt. Ce sont surtout des essences qui sont
massivement importées et l’industrie demeure encore
marginale. Mais, de nouvelles raffineries, d’une dimension
jusqu’ici inconnue, vont bientôt s’installer dans
la
région et y fonder un pôle industriel à part
entière.

Vue aérienne du site de Lavéra (1961) - Coll. C.C.I.M.-P.
● La naissance d’un complexe industriel
(1928-1938)
C ’est en 1928 avec le nouveau cadre législatif sur
les pétroles qu’intervient un déclic décisif
en faveur d’une véritable
industrialisation. A partir de cette date, des investissements d’une
grande ampleur vont se déployer dans la
région marseillaise. Premier acteur à entrer en lice,
Saint-Gobain – déjà établi depuis la guerre à Port-de-Bouc
pour la fabrication des superphosphates – fonde une filiale,
la Compagnie des produits chimiques et raffineries de Berre
(P.C.R.B.). L’usine commence ses activités en 1932 sur
les rives de l’étang de Berre. C’est une des premières
en France
à réaliser la transformation complète des pétroles
bruts, de l’essence jusqu’aux paraffines et bitumes.
Sa capacité de
traitement fixée au départ à 600.000 tonnes
est atteinte dès 1936. Puis en 1931, c’est au tour de
la Société générale des
Huiles de pétrole de se lancer dans la partie. Après
celle qu’elle possède depuis sa création en Normandie,
une nouvelle raffinerie entre en exploitation au cours
de l’année 1933
dans le vallon de Lavéra, à proximité de Caronte,
où l’entreprise
dispose déjà d’installations de stockage. Elle
a
été conçue pour traiter 330.000 tonnes de brut
par an et
en obtenir par distillation et craquage 130.000 tonnes
d’essence, 20.000 tonnes de gas-oil et 140.000 tonnes
de fuel. Enfin, une troisième raffinerie s’établit
dans les
annexes portuaires,
à la Mède, au
milieu de la décennie.
Son maître
d’œuvre : la
Compagnie française
de raffinage
(C.F.R.), filiale de
la Compagnie
française des pétroles
(C.F.P.) –
future société Total
- qui gère les
intérêts que détient
la France en
Irak. Une première
usine a été
construite près du
Havre au lendemain
des lois de
1928 afin de ravitailler
la région
parisienne. Puis
l’essor de la production
irakienne
rend nécessaire
une nouvelle phase d’équipement. On choisit alors Marseille
pour recevoir le pétrole qui transitera par le futur
pipe-line entre Mossoul et la Méditerranée. Commencée
en 1934, la raffinerie de Provence livre ses premiers produits
l’année suivante. D’une capacité voisine à celle
de
Lavéra, la C.F.R. y développe surtout des essences.
Au cours des années 30 à la faveur de ce processus
d’industrialisation,
le commerce des pétroles bénéficie alors
d’une nouvelle phase d’expansion, une croissance rapide
et des plus larges avec des importations qui progressent
au rythme de 22 % par an en moyenne. Dès 1936, les
arrivées de produits pétroliers dépassent le
million de
tonnes pour atteindre 1,5 million à la veille de la Seconde
Guerre mondiale. Surtout, la structure de ces flux commerciaux
connaît une profonde mutation. Le pétrole brut
fait un retour en
force et Marseille ne
reçoit pratiquement
plus de produits raffinés
et d’essences.
En l’espace de quelques
années seulement,
on assiste ainsi
à la naissance
d’un complexe pétrochimique
sur les rives
des étangs
d’une capacité supérieure
au million de
tonnes : 600.000
tonnes à Berre pour
l e s P . C . R . B . ,
400.000 tonnes à
Lavéra pour la
S.G.H.P. et 400.000
tonnes à Port-de-
Bouc-Caronte pour
la C.F.R. Marseille
est devenue une des
principales régions
françaises dans ce
secteur. En 1938, elle représente 20 % des importations
nationales d’hydrocarbures contre seulement 2 à 6 %
tout au plus au début des années vingt.

Vue aérienne de la raffinerie Shell-Berre (1953) - Coll. C.C.I.M.-P.
Le développement
des activités pétrolières
permet de
rénover le tissu industriel local. Au lendemain de la Première
Guerre mondiale, les secteurs traditionnels issus
de la première révolution industrielle entrent dans
une
période de turbulences et certains commencent même à
perdre pied. Le pétrole permet de relayer la croissance
qui s’essouffle. Dès la fin des années trente,
les importations
d’hydrocarbures dépassent celles qui alimentent
les huileries, les savonneries, les raffineries de sucre et
les minoteries. C’est la naissance d’un nouveau cycle.
A
la veille de la Seconde Guerre mondiale, les pétroles
représentent déjà plus de 20 % des volumes importés
par le port phocéen. L’Algérie constitue alors
un des
principaux débouchés de cette toute nouvelle industrie.
Marseille y écoule près de 50 % de ses exportations
de
fuel. Finalement, le pétrole s’insère pleinement
dans
l’hinterland marseillais tel qu’il fut façonné par
les industries
de la première génération.
Après des débuts difficiles, le secteur des pétroles
devient
au cours de l’entre-deux-guerres un complexe industriel
à part entière qui allait jouer, tout au long de ce
siècle, un rôle dominant au sein de l’économie
portuaire.
Sur la lancée de cet essor, de nouvelles entreprises
s’installeront sur les rives de l’étang de Berre
(Naphtachimie, Shell-Chimie, Esso, Imperial Chemical
Industries) et les importations d’hydrocarbures augmenteront
jusqu'à dépasser les 80 millions de tonnes à la
veille du choc pétrolier de 1973. De nos jours, elles représentent
encore près des trois quarts du total des volumes
importés par le port phocéen. Malgré sa localisation
en dehors de l’espace urbain et son impact relativement
faible en terme d’emplois, le secteur pétrochimique
n’en a pas moins permis de perpétuer une des grandes
traditions de Marseille, celle de l’industrie portuaire.
Olivier LAMBERT
MIP Provence
1. A.D.B.D.R., XIV M 12/104.
2. C.C.M., Compte rendu de la situation…, 1862-1866.
3. PIERREIN (L.).- Industries traditionnelles du port de Marseille.-
Marseille : Institut historique de Provence, 1975.- p. 27.
4. C.C.M., Compte rendu de la situation…, 1869, p. 99.
5. A propos de Zafiropulo et de Zarifi, voir : CATY (R.), RICHARD
(E.), ECHINARD (P.).- Les Patrons du Second Empire. Marseille.-
Paris : Picard éd ., 1999.- p. 310-312.
6. Les Bouches-du-Rhône, encyclopédie départementale,
t. 8, p. 342-344. Les données portent sur l’année
1910.
7. BAFFET (B.).- « Le raffinage de pétrole en France
avant 1919 », dans L’Hydrocarbure, 3ème trim.
1986, p. 5-10.
8. NOUSCHI (A.).- Luttes pétrolières au Proche-Orient.-
Paris, 1970.- 144 p.
9. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la répartition
du capital au sein de la Turkish Petroleum, qui deviendra l’Irak
Petroleum
Company en 1929, est la suivante : D’Arcy Exploration Petroleum
(Anglo-Persian) 23,5 %, Anglo-Saxon Company (Royal-Dutch
Shell) 23,75 %, Near East Development Corporation (pool américain)
23,75 %, Etat français 23,75 %, Participations and Investments
Company (Gulbenkian) 5 %. La société doit livrer à ses
actionnaires la quantité de pétrole correspondant à leur
participation.
10. MADELIN (H.).- Pétrole et politique en Méditerranée
occidentale.- Paris, A. Colin, 1973.- 323 p.
11. NOUSCHI (A.).- « L’Etat français et les pétroliers
anglo-saxons, la naissance de la C.F.P. », dans Relations internationales,
n°7, p.
241-259.
12. Idem, « Les investissements pétroliers français
dans l’Entre-deux-guerres », dans LEVY-LEBOYER, La Position
internationale de
la France, Paris, 1977, p. 377-385.
13. FERRIER (R.W.).- The History of the British Petroleum company.-
Cambridge, 1982.
MIP-Provence © 2003
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