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L’art est le premier utilisateur des progrès de la lumière

JF-ChougnetIl est fascinant de voir à quel point l’art et la science ont la capacité à s’aventurer ensemble sur de nouveaux territoires. C’est particulièrement flagrant avec la lumière : chaque progrès scientifique dans ce domaine s’est immédiatement accompagné d’une révolution artistique. On peut parler de la Renaissance, mais c’est encore plus vrai avec l’impressionnisme. En 1829, le chimiste Eugène Chevreul rendu célèbre pour ses recherches fondamentales sur les corps gras, publie un essai sur la loi du contraste simultané des couleurs où il démontre l’influence réciproque des tons voisins. Si on place un jaune près d’un vert, il prend par exemple une nuance violette. Des couleurs complémentaires peuvent donc s’éclairer mutuellement, à l’inverse de couleurs opposées qui se ternissent côte à côte, en conclu Chevreul. Après Delacroix qui a esquissé quelques contrastes simultanés après des échanges de correspondances avec le chimiste, les impressionnistes ont déployé toute la palette des possibles à partir de ces travaux. Ce sont l’orange doré et le bleu indigo du Waterloo Bridge de Claude Monet, les contrastes fauves utilisés par Alfred Sisley dans Gelée Blanche et plus tard le courant pointilliste illustré par Georges Seurat qui va réaliser les premiers mélanges optiques en juxtaposant de petites touches de couleur pure sur la toile à la façon, pourrait-on dire aujourd’hui de « pixels ».

Depuis lors, l’influence réciproque de l’art et de la lumière n’a jamais cessée de grandir avec une appropriation technique toujours plus rapide. Il y a bien plus de connexions qu’on le pense entre l’ingénieur et l’artiste. Ils sont tous deux la même intuition des choses. Avec l’art contemporain, ces connivences ont même atteint un paroxysme. Des pionniers tels que Gyula Kosice et Lucio Fontana dans les années 40 ont commencé à « jouer » avec les néons du chimiste Georges Claude brevetés quinze ans plus tôt, et désormais, aucune déclinaison technologique de la lumière n’échappe aux compositions artistiques : la fibre optique, les leds, le laser, les affichages, les projecteurs, le mapping lumineux… De nouveaux écrins se prêtent même à ce jeu de construction éphémère et cyclique (le jour et la nuit) qui s’accommode à « l’art comme processus » : monuments historiques, façades, nuages, et de plus en plus de pièces noires qui s’inscrivent dans les musées comme les murs blancs qui accueillent les oeuvres. C’est sûr : le futur de la lumière sera artistique.

Jean-François Chougnet, directeur de Marseille Provence 2013

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